Ibrahim Kanaan qui a fait l’aller-retour deux fois hier entre Rabieh et Dimane et qui insiste, sur le perron du patriarcat maronite, sur le fait que le CPL fera « tout » ce que Mgr Sfeir lui demandera de faire (et pourtant les tentes sont encore bien plantées au centre-ville…) ; l’archevêque Boulos Matar qui se rend à Bickfaya, Ahmad Fatfat qui souligne que le gouvernement n’est plus en mesure, techniquement, de reporter la partielle du Metn ; Robert Ghanem qui refuse que la justice, par le truchement du Conseil d’État, soit utilisée comme une « barricade » au service de scories politiques ou d’ambitions personnelles, comme un « prétexte » pour ce même report ; cette question lancinante et toute une gamme de réponses contradictoires qui va avec : est-ce que Michel Murr a ouvert les portes de la Aamara, son QG électoral, ou pas, est-ce qu’il va peser dans la bataille ou pas, et dans quel sens, et enfin : comment va se présenter aujourd’hui le communiqué mensuel des évêques, que tout le monde attend ?
C’était hier une valse infinie de rumeurs et d’interrogations, comme en connaît le Liban à chaque veille d’élection(s) majeure(s) ; encore plus pour cette partielle du Metn qui cristallise toutes les passions, qui transcende l’arithmétique et le siège en lui-même, et qui résume désormais, à elle seule, c’est malheureux mais c’est ainsi, la bataille entamée un certain 27 février 2005, c’est-à-dire une bataille de principes. Au milieu de toutes ces hypothèses, de tout ce gossip, une certitude : Amine Gemayel, redevable à ses électeurs, entouré de ses alliés, refuse d’ores et déjà, au nom justement de ces principes, non négociables à l’instar « du sang de Pierre », qui sont ceux de la révolution du Cèdre, la condition de Michel Aoun, jugée à nouveau, selon les milieux proches de Bickfaya, totalement « rédhibitoire ». Cette condition est la suivante : tous les candidats se retirent, les élections sont ajournées, le siège revenant « plus tard » aux Kataëb, à condition que ce ne soit pas Amine Gemayel qui se représente au poste, selon des milieux bien informés.
Ces milieux en question analysent la proposition Aoun comme étant déjà la traduction tangible d’un sentiment d’insécurité électorale ; elles disent que « sinon, il n’y aurait pas eu tout ce ramdam, toutes ces gesticulations vers Dimane ». Selon ces milieux, le CPL mise désormais tout sur cette phrase, surprenante dans la bouche de n’importe quel cadre aouniste : « Ce que veut le patriarche… » ; il veut même « faire croire », ajoutent ces sources, que la proposition Aoun est en fait celle de Dimane. Parallèlement, le CPL essaye de comprendre – et d’inverser – les motifs d’une affection « timide » du Tachnag et de la pyramide murrienne à son égard, une timidité manifeste, déjà, sur le terrain à plus d’un (haut) niveau.
C’est en fonction de tout cela, et de bien d’autres paramètres encore, que se rédigera, aux premières lueurs de l’aube, le communiqué mensuel des évêques maronites. Que va-t-on décider à Dimane ? De demander à Amine Gemayel de faire une contre-proposition à celle de Michel Aoun, de manière à pouvoir trouver des dénominateurs communs aux deux et éviter ainsi une nouvelle déchirure interchrétienne ? De trouver une solution honorable aux deux parties qui ne remette d’abord et avant toute chose pas en cause les principes sacro-saints sur base desquels Amine Gemayel et l’Alliance du 14 Mars ont décidé de mener bataille ? De réaffirmer avec force ce sur quoi Mgr Sfeir, considéré à Bickfaya comme la « boussole », a mis l’accent dans sa dernière homélie dominicale, à savoir la nécessité d’une élection d’office du président Gemayel ?
De Dimane, les Libanais en général et les Metniotes en particulier attendent, comme toujours, de la lumière, de la constance, de la force et de la foi. La foi dans ces valeurs, ces concepts et ces principes que le patriarcat maronite en général, le patriarche Sfeir en particulier, et toute l’Alliance du 14 Mars défendent, qui depuis toujours, qui depuis l’an 2000, qui depuis 2005, mais tous bec et ongles, dans le respect de la démocratie et de la primauté du Droit.
Ziyad MAKHOUL
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