Le député Boutros Harb a manifesté une opposition farouche à un éventuel amendement de la Constitution, dans la perspective de la présidentielle, partant du principe qu’une telle mesure affaiblirait la présidence de la République. Il a aussi déploré une exploitation politique des positions exprimées par les membres du Rassemblement du 14 Mars.
M. Harb a tenu hier une conférence de presse, qu’il a principalement axée sur la proposition, formulée par certains, d’élire un président de la République pour une période transitoire de deux ans. D’emblée, le député a indiqué, citant l’ambassadeur américain, Jeffrey Feltman, que le nombre de Libanais qui ont demandé cette année à renouveler leurs passeports américains s’est accru dans une proportion de 524 % par rapport à la même période l’année dernière, durant la guerre de juillet. « Ce chiffre, a commenté M. Harb, reflète l’état psychologique dans lequel les Libanais se trouvent. »
Dressant un tableau sombre de la situation politique dans le pays, M. Harb a affirmé être submergé par un sentiment de honte à chaque fois qu’un État ami appelle les Libanais à s’entendre sur ce qui est dans l’intérêt de leur pays, tout en soulignant la nécessité de briser le cercle vicieux de la crise politique et de trouver des issues « saines » au conflit en cours entre les deux camps du 14 et du 8 Mars. « Les règlements possibles ne peuvent pas être bâtis sur l’échange de mensonges, dans un climat de méfiance et de haine croissantes entre les Libanais, et avec la poursuite des dissensions confessionnelles et sectaires », a-t-il ajouté, précisant que « les solutions saines qui peuvent favoriser un avenir sûr ne peuvent pas être fondées sur la violation de la Constitution et des pactes nationaux ».
Le député de Batroun a jugé indispensable que les hommes politiques « abandonnent les réserves qu’ils ont les uns vis-à-vis des autres et se retrouvent sans intermédiaire » autour d’une table de dialogue. Selon lui, le conflit en cours ne porte par sur la personne du prochain chef de l’État, sur la forme du nouveau gouvernement ou encore sur la nouvelle loi électorale. « L’enjeu principal est l’entité libanaise, le sort et l’avenir du pays », a-t-il estimé.
Après avoir reconnu que des pôles du 14 Mars, dont lui-même, ont parfois adopté de nouvelles positions politiques, « exprimant leurs inquiétudes et leur désir de tendre la main aux autres pour briser le cercle vicieux de la crise », M. Harb a déploré le fait que « certains aient exploité ces positions en les situant dans le cadre d’une désintégration des forces du 14 Mars et d’une victoire du camp du 8 Mars ». Selon lui, cette attitude est « en contradiction avec l’intention des pôles concernés du 14 Mars et leur volonté de faire en sorte, sans pour autant renier les principes nationaux auxquels ils croient, que leurs positions constituent une force de pression dans l’espoir de pousser toutes les parties, notamment (...) les esprits libres qui croient encore, au sein des camps, à l’unité du Liban et à la raison, à essayer de trouver une solution à la crise ».
M. Harb a invité particulièrement le président de la Chambre, Nabih Berry, à réagir positivement à son appel pour essayer de rapprocher les points de vue dans l’espoir d’une entente sur la personne du nouveau chef de l’État.
Commentant ensuite les propositions d’élire un président pour une période transitoire de deux ou de trois ans, au cours de laquelle des législatives seraient organisées, le député les a qualifiées de « suspectes » et a accusé leurs auteurs de vouloir affaiblir le poste de chef d’État et d’instituer un déséquilibre au niveau des pouvoirs.
Farouchement hostile à cette formule, il a estimé que « la présidence de la République ne fait pas simplement partie du décor politique pour que son mandat soit rallongé ou écourté suivant les intérêts de tel ou de tel autre courant ». « Tout amendement de ce mandat, quel qu’il soit, est une atteinte à la présidence de la République dans la mesure où il l’affaiblit et engendre un déséquilibre au niveau des pouvoirs, à l’origine de crises semblables à celles dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui », a précisé M. Harb, jugeant inadmissible que la Constitution soit continuellement bafouée, surtout dès qu’il s’agit de la présidentielle.
Il a ainsi rappelé que la Loi fondamentale a déjà été violée trois fois jusque-là, en rappelant la prorogation du mandat Hraoui, la réduction de la période définie par la Constitution pour qu’un fonctionnaire – en l’occurrence le commandant en chef de l’armée à l’époque, le général Émile Lahoud – puisse accéder à la première magistrature, et la prorogation du mandat Lahoud.
Pour M. Harb, même si les Libanais aspirent à une solution de la crise politique, « ils n’accepteront jamais de mauvaises solutions consacrant de nouveau le principe de la violation de la Constitution et l’affaiblissement de la présidence de la République ».
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