Comme de nombreux membres du puissant clan Doghmouch, Abou Achour est garagiste à Gaza. Connu surtout pour être un cadre de l’Armée de l’islam, il affirme ouvertement : « Nos relations avec el-Qaëda sont très bonnes. »
Abou Achour est cousin et bras droit de Moumtaz Doghmouch, chef de l’Armée de l’islam, le groupe extrémiste qui a retenu pendant 114 jours le journaliste de la BBC, Alan Johnston, et participé à la capture du soldat israélien Gilad Shalit en juin 2006. Il n’y a pas très longtemps, cet homme trapu et corpulent appartenait au Comité de la résistance populaire, un petit groupe armé palestinien créé en 2000 au début de la seconde intifada. Mais tout récemment, il a rallié le « jihad » dont son cousin se veut le fer de lance.
L’Armée de l’islam revendique désormais ouvertement des liens et des contacts avec la nébuleuse el-Qaëda d’Oussama Ben Laden. « Nous avons les mêmes principes et la même discipline qu’el-Qaëda », assure Abou Achour, portant une galabiya qui laisse entrevoir des bras couverts de blessures reçues lors des violences israélo-palestiniennes. Son garage, qui ne désemplit pas, est situé à quelques mètres de la mountada, l’ex-QG de la présidence palestinienne.
Quant au financement de l’Armée de l’islam, l’argent « arrive comme il se doit », dit l’homme à la longue barbe noire. « El-Qaëda à l’étranger nous envoie de l’argent », assure-t-il. Par quels moyens ? Il refuse de répondre. Les armes ? « Nous avons des tunnels à nous (entre l’Égypte et la bande de Gaza). Et nous travaillons aussi avec les marchands d’armes » qui ont leurs propres tunnels.
Abou Achour affirme que les débuts de l’Armée de l’islam remontent à environ trois ans. « Au début, des Afghans, présents à Gaza, sont venus pour prodiguer un enseignement religieux », affirme-t-il en se référant à des Arabes ayant combattu en Afghanistan. « Tous les Afghans sont d’el-Qaëda. Nous les nommons avec des noms d’emprunt. » « Nous avons formé les Comités de la résistance populaire à cause de la corruption du Fateh. Ils ne veulent que le pouvoir et se sont éloignés de la cause. Ensuite, des différends entre les chefs des comités a poussé Moumtaz à créer l’Armée », explique-t-il.
L’enlèvement de Gilad Shalit puis d’Alan Johnston ont propulsé le groupe sur le devant de la scène. Ses membres se sont fixé deux objectifs : « libérer la Palestine » et instaurer un État islamique à Gaza. « On ne pourra libérer Jérusalem et la Palestine que par le vrai jihad. Notre jihad est contre les juifs, pas contre notre peuple », poursuit Abou Achour. « Nous savons quel est notre voie : le martyre sur le chemin de Dieu. Nous avons choisi notre destin et sommes conscients des risques. »
Abou Achour réalise que la création d’un État islamique semble pour l’heure un vœu pieux, malgré la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas. « C’est très difficile pour le moment. Le Hamas, le Fateh, les États-Unis, Israël et l’Europe sont contre. » « Lors des négociations pour libérer Alan Johnston, nous avons proposé d’être des soldats fidèles au Hamas s’il mettait en place un État islamique. Mais ils ont refusé et nous ont dit qu’il était pour eux impossible d’être dans un gouvernement et d’instaurer cet État », indique Abou Achour.
Alan Johnston a été libéré le 4 juillet après d’intenses pressions du Hamas sur les Doghmouch, qui ont été menacés d’une vaste opération armée si Moumtaz ne libérait pas le journaliste. Abou Achour prétend que l’Armée de l’islam a agi sur commande. « Je ne peux pas trop parler mais la décision (d’enlever Alan Johnston) est venue d’el-Qaëda à l’étranger. La décision de le libérer est aussi venue de l’étranger pour éviter que le sang coule. » Le moukhtar ou chef de la famille, Salah Doghmouch, confirme cette version. « Moumtaz nous a dit que la décision de libérer Johnston ne lui appartenait pas. Nous avons dû faire appel à un dignitaire religieux qui a édicté une fatwa, autorisant sa libération. »
Mehdi LEBOUACHERA (AFP)
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