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Actualités - Analyse

ANALYSE Musharraf peut-il se permettre une offensive en zones tribales ?

Après la mort de 71 personnes ce week-end dans des attentats-suicide, le président pakistanais fait l’objet de pressions renouvelées pour mater la région frontalière de l’Afghanistan, refuge présumé d’el-Qaëda, mais le général peut-il se permettre un nouveau coup de force ? Le président Pervez Musharraf « est dans une position très difficile, ne disposant que de choix limités » : pour Rasool Bakhsh Raees, politologue à l’Université de gestion des sciences de Lahore (Est), M. Musharraf est pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté, les États-Unis le poussent à accélérer sa « guerre contre le terrorisme » et à éradiquer les membres d’el-Qaëda qui auraient trouvé refuge dans les zones tribales pakistanaises frontalières de l’Afghanistan. La série d’attentats-suicide survenus ce week-end dans cette région, qui a fait 71 morts, renforce ce sentiment. Mais de l’autre côté, le général président sait que la force n’a jamais fonctionné dans cette région qui a toujours farouchement défendu son indépendance depuis la colonisation britannique. « On doit être très prudent quand on emploie la force », ajoute M. Raees. Le président Musharraf s’est attiré les foudres des islamistes après l’assaut qu’il a ordonné la semaine dernière sur la Mosquée rouge fondamentaliste d’Islamabad, qui a fait 86 morts, la plupart originaires de cette région frontalière. L’expert admet que l’opération contre la Mosquée rouge a été largement soutenue par la population. Mais le pouvoir du président avait auparavant été « considérablement affaibli » par la crise politique suscitée par le limogeage controversé du président de la Cour suprême. Ce licenciement avait déclenché des manifestations monstres au niveau de l’ensemble du pays. La zone tribale couvre environ un tiers de la région à cheval sur la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, longue de 2 500 km. Elle est réputée être le refuge de milliers de jihadistes qui avaient combattu contre les forces soviétiques en Afghanistan dans les années 80. À la chute du régime taliban à Kaboul, la région tribale a accueilli les talibans en fuite ainsi que les membres d’el-Qaëda fuyant l’invasion de l’Afghanistan. Dans le Waziristan du Nord et du Sud, l’armée pakistanaise a perdu plus de 700 soldats depuis 2004, tandis qu’un millier de radicaux ont été tués. Face à cet échec de la force, Islamabad a signé des accords de paix avec des chefs tribaux, mais l’un d’eux a été dénoncé dimanche, quelques jours après l’assaut de la Mosquée rouge. Des responsables américains, afghans et de l’OTAN voient en outre dans ces ententes la raison d’une recrudescence des offensives talibanes dans l’est et le sud de l’Afghanistan. Washington estime même que les accords de paix ont permis à el-Qaëda de se regrouper. Une offensive en zones tribales risquerait d’être un bain de sang que Musharraf « ne peut pas se permettre », estime Rahimullah Yusufzai, expert de l’Afghanistan et des zones tribales. « À Islamabad (à la Mosquée rouge), il était obligé d’agir car ça ternissait son image, mais (les zones tribales), c’est une toute autre affaire », souligne-t-il. Les opérations lancées dans le Waziristan — qui ont opposé l’armée pakistanaise à des compatriotes membres de tribus — ont souvent été mal vues au sein même des militaires. Et pas seulement en raison du danger, rappelle l’analyste. « Musharraf ne fera rien de manière abrupte. Il sait les conséquences que cela pourrait avoir », estime M. Yusufzai. Par ailleurs, les souks de la ville principale de la province du Waziristan du Nord, Miranshah, étaient déserts hier après le départ de centaines de familles qui ont trouvé refuge dans des zones plus sûres. La radio publique Radio Pakistan n’émettait plus, ses employés ayant également quitté Miranshah, imitant les autres fonctionnaires, ont indiqué des habitants. Danny KEMP (AFP)
Après la mort de 71 personnes ce week-end dans des attentats-suicide, le président pakistanais fait l’objet de pressions renouvelées pour mater la région frontalière de l’Afghanistan, refuge présumé d’el-Qaëda, mais le général peut-il se permettre un nouveau coup de force ?
Le président Pervez Musharraf « est dans une position très difficile, ne disposant que de choix limités » : pour Rasool Bakhsh Raees, politologue à l’Université de gestion des sciences de Lahore (Est), M. Musharraf est pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté, les États-Unis le poussent à accélérer sa « guerre contre le terrorisme » et à éradiquer les membres d’el-Qaëda qui auraient trouvé refuge dans les zones tribales pakistanaises frontalières de l’Afghanistan. La série d’attentats-suicide survenus ce...