Le mot non-positionniste n’existe évidemment pas, mais il regroupe – on le comprendra à la lecture de ce texte – tous ceux qui rechignent à prendre position. Il y en a des tonnes qui s’éclatent dans cette page, dans d’autres médias ou encore dans les soirées mondaines. Leur discours est à peu de choses près le même : « Nous ne prenons pas position car tous les politiciens sont des menteurs, des égoïstes, des personnages incapables de se mettre autour d’une même table pour trouver une solution. » Et ils s’arment, pour argumenter leur non-position, d’un même genre de preuves, essentiellement historiques. Ainsi, à titre d’exemples souvent cités alternativement par les uns ou les autres, les responsabilités néfastes de ces politiciens ont été avérées historiquement (selon eux) : Geagea pour les agissements de sa milice, Joumblatt aussi, avec en plus une tolérance passée à la Syrie, Aoun pour ses guerres de 1990, les haririens pour les contre-performances des gouvernements successifs, Siniora pour la dette, Murr pour ses affinités, le Hezbollah pour ses guerres iraniennes, Berry pour ses alliances syriennes, etc.
Le même raisonnement critique s’étend aussi aux États : les États-Unis pour avoir livré le Liban à la Syrie (en 1991), la France pour son inaction passée, les pays arabes pour leur passivité… et même l’ONU pour sa disparition de la scène pendant des années.
Donc, dit-on, tout le monde est dans le même sac, pourri en l’occurrence. Sauf que ce raisonnement, qui peut avoir effectivement ses preuves historiques, a ses limites. D’abord, comment « inventer » des leaders du jour au lendemain ? Si l’on doit sanctionner tous les dirigeants actuels pour des agissements passés (réels ou supposés), on en finira, pour gouverner le pays, par être cantonné à Tarek Mitri ou Ghassan Tuéni. Et, comme interlocuteur international, à la Suisse. Les seules parties auxquelles personne ne reproche rien. Mais Tarek Mitri ne peut gouverner seul. Donc on aura, quelle que soit l’issue, un panachage des factions précitées. Et la boucle est bouclée : le non-positionnement érigé par certains comme un étendard ne sert plus à rien ; c’est un coup d’épée dans l’eau, une inutilité absolue.
Une des solutions qu’on propose ici pour ces « inutiles » est de prendre des positions, non sur la personnalité des leaders, mais sur des thèmes d’actualité majeurs : par exemple, êtes-vous pour ou contre le tribunal international ? Pour ou contre le retour de la Syrie ? Pour ou contre l’aide concrétisée à Paris III ? Pour ou contre le monopole des armes en faveur de l’État ? Etc. Une fois que chacun aura pris position sur de tels thèmes, qui concernent de très près sa vie quotidienne, il verra quels sont les leaders qui défendent ouvertement sa position. Et, en même temps, il doit veiller à ce que ces leaders ne retournent pas leur veste à un moment donné. Auquel cas, il n’aura qu’à les vilipender de nouveau.
Enfin, quelqu’un peut arguer qu’il ne veut prendre aucune position car la politique ne l’intéresse pas et que son seul souci est de « vivre en paix ». Sauf que cela n’est pas possible, car la tournure que prendront les événements sur les thèmes ci-haut cités affectera sa capacité à vivre, en paix ou non. Donc il ne peut faire l’économie d’une position car le même cercle vicieux reprendra alors ses droits comme c’est le cas actuellement…
Nicolas SBEIH
Journaliste, consultant média
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