Il est des lieux, comme autant de souvenirs, terrés dans notre mémoire émotionnelle, qui demeurent des trésors indélébiles. Des repères affectifs, rues, impasses, qu’empruntait un autocar essoufflé au retour de l’école. Des jardins, qui paraissaient alors si grands, labyrinthes dans lesquels il faisait bon se perdre… Des immeubles, ceux des amis, des grands-parents, qui semblaient immortels. Même vieux, même bouffés par l’usure du temps, la folie de la guerre, ils étaient là. Immuables, protecteurs et silencieux.
Puis un matin, comme tous les matins, comme la veille, c’est le grand vide. L’espace n’est brusquement plus le même. Il est vidé de sa substance et de son âme. Mort de mort violente. Les tracteurs carnivores sont passés par là. Il ne reste plus de ces lieux sacrés qu’un tas impressionnant de pierres, fantômes d’une autre vie. Comme un cimetière de la mémoire, un attentat au passé. Il ne reste plus qu’un goût de poussière et le constat amer du pouvoir de l’argent. Le constat cruel, sans cesse renouvelé, de l’inconscience et de l’indifférence de ceux qui vendraient leur âme et tout leur patrimoine pour une poignée de dollars.
Puis un matin, comme les autres matins, en repassant par les sentiers de la nostalgie, des immeubles gigantesques, les tentacules dressés vers un ciel qui n’a plus la même couleur, auront définitivement gommé les jours heureux. Tellement qu’on pourra se demander si ces images d’Épinal ont vraiment existé.
Et l’on repart, une grande douleur en soi, emportant cet être cher qu’était notre maison, et qui n’est plus. Tout comme l’enfant qui vivait en nous.
Carla HENOUD
Il est des lieux, comme autant de souvenirs, terrés dans notre mémoire émotionnelle, qui demeurent des trésors indélébiles. Des repères affectifs, rues, impasses, qu’empruntait un autocar essoufflé au retour de l’école. Des jardins, qui paraissaient alors si grands, labyrinthes dans lesquels il faisait bon se perdre… Des immeubles, ceux des amis, des grands-parents, qui semblaient immortels. Même vieux, même bouffés par l’usure du temps, la folie de la guerre, ils étaient là. Immuables, protecteurs et silencieux.
Puis un matin, comme tous les matins, comme la veille, c’est le grand vide. L’espace n’est brusquement plus le même. Il est vidé de sa substance et de son âme. Mort de mort violente. Les tracteurs carnivores sont passés par là. Il ne reste plus de ces lieux sacrés qu’un tas impressionnant de...
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