Le site est celui du MI5 (pour Military Intelligence, section 5), un organisme responsable de la protection du pays face aux menaces contre la sécurité nationale, et dirigé par une femme, Eliza Manningham-Buller. On y trouve, bien entendu, une présentation détaillée du fonctionnement de ce service, mais aussi une énumération des risques encourus par le pays du fait des activités de divers mouvements dans le monde, la manière dont le public peut aider dans la lutte contre le terrorisme et même une liste des risques potentiels. Un véritable travail de professionnels qui permet de mieux comprendre pourquoi les services spéciaux britanniques sont les meilleurs de la planète. Pourquoi aussi les trois dernières tentatives d’attentat, à Londres même et à Glasgow, ont lamentablement échoué.
Dès le week end dernier, l’un des conseillers du nouveau Premier ministre, lord John Stevens, alertait les départements spécialisés : « Nous nous trouvons devant des adeptes de méthodes apprises sur le terrain à Bagdad, à Bali et en Afghanistan. » Pour cet ancien chef de Scotland Yard, il ne fait aucun doute que les hommes de l’Internationale terroriste sont déjà sur place, prêts à passer à l’action à tout moment, avec une redoutable efficacité que ne laissait nullement présager l’échec de leurs trois dernières tentatives. Les dirigeants des divers organismes spécialisés ont donné l’impression d’avoir été pris de court par la soudaineté des attaques. Pourtant – Richard M. Bennett, un spécialiste en la matière n’a pas manqué de le relever – , le Sunday Times publiait le 22 avril, sous la signature de Dipesh Gadher, un article évoquant, sur la foi de rapports confidentiels des services de police, la probabilité d’une attaque d’envergure par le mouvement d’Oussama Ben Laden, avec l’aide de certaines parties en Iran, « qui aurait l’impact d’un nouvel Hiroshima et d’un nouveau Nagasaki ». Cibles visées : l’Angleterre ainsi que d’autres objectifs occidentaux, dans une tentative de « secouer le trône de Rome ». Le séisme en question, selon des responsables du contre-espionnage, pourrait se produire le 7 juillet, date anniversaire de la vague d’explosions qui avaient secoué en 2005 la capitale britannique, faisant 56 tués et plus de 700 blessés. Un autre complot, d’après ces mêmes sources, pourrait coïncider avec la retraite anticipée de Tony Blair et l’ouverture par la reine Elizabeth de la session ordinaire du Parlement écossais.
À Washington, le vice-président Dick Chenney, peu porté sur les prises de position minimalistes, a parlé d’une attaque atomique contre les grandes villes américaines, alors que le Pentagone entamait les ultimes manœuvres d’un exercice-marathon de quatre jours, baptisé « Noble Resolve 07 », comprenant une explosion simulée d’une bombe nucléaire de 10 kilotonnes « introduite secrètement en Virginie par un pays étranger ».
Dans les grandes capitales ouest-européennes, les polices sont sur les dents et l’état d’alerte a été porté à son seuil maximum sans pour autant que cette mobilisation sans précédent depuis le 11 septembre 2001 réussisse à calmer les appréhensions des responsables. Certes, le MI5 dispose, dit-on, d’une liste de 2 000 suspects présents dans le royaume dans laquelle cependant ne sont pas inclus d’anciens membres d’une vaste panoplie de bandes terroristes allant de l’Irish Republican Army (IRA) aux Tigres de libération de l’Elaam tamoul, en passant par non moins de 200 groupes ou réseaux de résistants plus ou moins clandestins. Concentré presque entièrement dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler le Londonistan, tout ce petit monde représente un réservoir illimité dans lequel les Docteurs Folamour peuvent puiser à loisir les candidats au suicide – ou au gain de quelques milliers de dollars…
Face à cette nébuleuse, la Grande-Bretagne a échafaudé un système de digues composé de quatre services principaux, outre le célèbre MI5 : les Opérations spéciales, une Branche spéciale, un Commandement et une Unité antiterroristes, soit un total de 2 000 hommes. Alors qu’il faudrait, de l’avis des experts, 5 000 agents opérationnels pour des effectifs globaux de 12 000 personnes. C’est que le monde dit libre se retrouve aujourd’hui pris à son propre piège : en partant en guerre contre les talibans afghans du mollah Omar puis contre la dictature de Saddam Hussein en Irak, il a du coup ouvert une boîte de Pandore difficile à refermer, qui a libéré aux quatre coins de la planète des illuminés soucieux d’envoyer rôtir dans les flammes de l’enfer le plus de « mécréants » possible et, pour leur part, pressés d’accéder aux joies du paradis. Pour autant, ce grand bienfaiteur de l’humanité qu’est George W. Bush n’est pas parvenu à instaurer dans les pays concernés cette démocratie chère à son cœur.
Une belle victoire, hélas, pour el-Qaëda. Provisoire, il faut l’espérer.
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Dès le week end dernier, l’un...