Avec l’échec de la mission du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et la sérieuse remise en question de l’initiative lancée par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, par le biais du diplomate Jean-Claude Cousseran, les complications qui se profilaient à l’horizon se sont matérialisées par l’attentat contre la Finul, dimanche dernier.
Cet attentat n’est nullement un simple accident de parcours. Il reflète bel et bien une réelle volonté de saboter l’ensemble du processus qui s’est mis en marche au Liban depuis le déploiement de la Finul II, et bien plus tard, celui qui a abouti au vote du tribunal international sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies.
À cette volonté, le Premier ministre Fouad Siniora a décidé d’opposer une franche détermination.
Une détermination qui s’est d’abord exprimée sur le plan diplomatique, puisque le Premier ministre a tenu à faire en sorte que le Liban s’affirme sur ce terrain. M. Siniora a ainsi tenu à se rendre cette semaine, et malgré la crise aiguë, à Paris, à Rome, au Vatican mais aussi à Madrid où il a exprimé personnellement sa gratitude à l’égard du peuple espagnol après l’attentat perpétré contre le contingent espagnol de la Finul.
À Rome, le Premier ministre a aussi pris le soin de marteler que le Liban ne se laissera pas intimider par les actes de terreur qui visent son territoire.
Reste à savoir si cette double détermination pourra influer positivement sur le cours des développements sécuritaires. Car, d’avertissements en avertissements, la situation globale n’a cessé de se détériorer depuis le 20 mai dernier. Ce jour-là, et les observateurs l’avaient vite compris, le Liban était entré dans une nouvelle phase.
La riposte de l’armée avait néanmoins constitué une sorte d’effet surprise, dont l’impact commence aujourd’hui à se dissiper au fur et à mesure que la victoire, réelle, incontestée et irréfutable, tarde à se manifester. En dépit de la déclaration choc du ministre de la Défense, Élias Murr, qui a indiqué que la bataille était finie, les jours passent et Nahr el-Bared s’enlise.
Rien de pire que l’enlisement. C’est sans doute pour cela que le gouvernement libanais a fait pression pour que le Fateh exhorte Fateh el-Islam à déposer les armes. C’est pour cela aussi que les autorités ont fait en sorte que Sultan Aboul-Aynaïn annonce la prochaine mise en place d’une force palestinienne. « Nous autres Palestiniens, nous devons donner une réponse sincère et claire à la proposition de l’armée concernant la formation d’une force de sécurité à Nahr el-Bared pour nous débarrasser de Fateh el-Islam », a-t-il dit. Il n’a pas manqué d’ajouter que « toute partie palestinienne refusant de participer à une telle force sera considérée comme étant indirectement une partenaire de Fateh el-Islam ». Abbas Zaki est même allé jusqu’à déclarer que « tout Palestinien tirant sur les soldats libanais sera considéré comme un agent d’Israël (...) qui n’échappera pas au châtiment ».
Ce renforcement palpable dans les positions palestiniennes est à mettre sur le compte de l’échec définitif de l’initiative lancée par le Rassemblement des ulémas palestiniens et du raidissement des positions libanaises, précisément par peur de l’enlisement.
Quid de la prochaine étape ? Pourquoi aucun effort n’est en train d’être fourni, côté palestinien, pour procéder à l’évacuation des quelques centaines de civils encore confinés dans le camp ? Pourquoi, et surtout pour qui ces civils tiennent-ils à – ou sont-ils tenus de –(sur)vivre dans un environnement aussi hostile ? Est-il possible de croire que près de 30 mille personnes ont pu être évacuées avec succès alors que l’évacuation d’une poignée seulement pose désormais problème ? Les civils qui ont pris la décision de rester ne peuvent-ils pas être considérés comme complices du projet terroriste ?
Autant de questions qui demeurent sans réponse à l’heure où, d’Abi Samra à Kalamoun en passant par la Békaa et Aïn el-Héloué, les avertissements sécuritaires à répétition surgissent, avec, en filigrane, le spectre d’une guerre perlée.
Les récents incidents de Aïn el-Héloué, où trois terroristes de Jound el-Cham ont lancé des bombes sonores et tiré sur le barrage de l’armée, constituent un mauvais présage pour la suite à venir.
Pour l’heure, les trois coupables ont été arrêtés et détenus par Isbat el-Ansar, mais cela n’empêche pas de craindre une éventuelle dégradation dans le camp de Saïda.
En effet, tout se passe comme si Jound el-Cham s’employait à reproduire, lentement mais sûrement, le schéma de Nahr el-Bared, alors que le commandement de l’armée a clairement fait savoir que toute agression provoquerait la riposte adéquate. L’option de la riposte n’est donc pas à négliger. C’est aussi une option qu’il faudra minutieusement éviter.
Toutefois, le gouffre qui sépare désormais le Fateh et le Hamas dans les territoires occupés ne laisse aucune chance à une solution négociée, et cela est en train de transparaître, jour après jour, chaque fois un peu plus, dans le camp de Aïn el-Héloué.
Ce constat amer contraste singulièrement avec les volontés du chef du gouvernement qui, depuis Rome, avait déclaré qu’il voulait « que le Liban soit une nation, non un champ de bataille ».
Un vœu pieux s’il en est, ce qui fait d’ailleurs dire au Los Angeles Times, dans un éditorial intitulé Losing Lebanon, que « pendant que l’Ouest observe, impuissant, la scène se dérouler de loin, une campagne syrienne tendant à se réapproprier le Liban refait surface, aussi crûment que le complot tissé dans le livre d’Agatha Christie Les Dix Petits Nègres »...
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Cet attentat n’est nullement un simple accident de parcours. Il reflète bel et bien une réelle volonté de saboter l’ensemble du processus qui s’est mis en marche au Liban depuis le déploiement de la Finul II, et bien plus tard, celui qui a abouti au vote du tribunal international sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies.
À cette volonté, le Premier ministre Fouad Siniora a décidé d’opposer une franche détermination....