La Russie s’est engagée à investir des milliards de dollars dans les nanotechnologies pour rattraper son retard sur l’Occident, mais l’épanouissement du secteur demeure bridé par l’indifférence de la communauté d’affaires russe, selon des experts.
Les députés russes ont examiné début juin un projet de loi prévoyant la création de Rosnanotech, une structure d’État dotée d’un budget de 5 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros), qui injectera des fonds dans ce secteur longtemps négligé en Russie.
« Pour la Russie, cela représente beaucoup d’argent. C’est une somme que les scientifiques russes n’avaient pas vue depuis longtemps », souligne Mikhail Melnikov, rédacteur en chef adjoint du magazine Nanotechnologies russes.
« Mais le problème, c’est l’intérêt de la communauté économique. D’où la création d’une structure (non commerciale) : parce que les hommes d’affaires ne se montrent pas tellement intéressés », ajoute-t-il, notant que c’est donc l’État qui prendra les risques à sa charge.
Le projet de loi, qui devrait être validé sans accroc, est un nouvel indice de la détermination des autorités russes à prendre pied dans un marché en pleine croissance à l’échelle mondiale, et qui demeure pour l’heure dominé par les États-Unis.
Le terme nanotechnologie couvre beaucoup d’applications différentes, mais le dénominateur commun est le recours à des structures de très petite taille (un mètre contient un milliard de nanomètres).
Celles-ci peuvent être utilisées dans la mise au point d’appareils du type panneau solaire ou semi-conducteurs. Les nanotechnologies peuvent aussi être utilisées en médecine pour la reconstitution d’un organe endommagé.
Les entreprises occidentales privées espèrent étendre encore leur utilisation : le marché des biens de consommation contenant des nanotechnologies a été estimé à 2 600 milliards de dollars à l’horizon 2014.
En Russie, les secteurs de la métallurgie, de la médecine et de la chimie moléculaire sont perçus comme porteurs du meilleur potentiel.
« Les nanotechnologies sont en train de devenir un élément-clé du développement de l’industrie et de la science modernes », a affirmé en avril le président russe Vladimir Poutine, lors d’un discours solennel au Parlement.
Un programme courant jusqu’en 2015 a déjà été adopté au début de l’année avec pour objectif déclaré de « se hisser et se maintenir au même niveau que les pays les plus avancés dans certaines sciences et technologies capitales ».
Outre les 5 milliards de dollars de financement dont bénéficiera Rosnanotech, le secteur des nanotechnologies recevra 2 milliards de dollars sous forme d’initiatives gouvernementales diverses, a indiqué M. Poutine.
Par comparaison, le gouvernement américain investit environ 1 milliard de dollars par an dans les nanotechnologies et l’Union européenne s’est engagée à fournir à elle seule plus de 3 milliards d’euros entre 2007 et 2013.
Mais le secteur bénéficie en Occident d’un bien meilleur soutien de la part des entreprises privées qu’il ne peut l’espérer en Russie, soulignent les experts.
« La Russie dispose d’une bonne base de recherche, mais elle doit la mettre à profit. Elle se rend compte qu’elle doit creuser sa propre niche dans ce marché », relève Mark Morrison, directeur scientifique à l’Institut des nanotechnologies de Grande-Bretagne.
« Je pense que la Russie est en train d’essayer de rattraper » l’UE, le Japon et les États-Unis, note-t-il.
Le pays surveille aussi les évolutions en Chine et en Inde, où les nanotechnologies se développent à grande vitesse et qui veulent s’assurer qu’elles créent leur propre base technologies au lieu de se contenter de l’acheter à l’étranger, souligne M. Morrison.
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Les députés russes ont examiné début juin un projet de loi prévoyant la création de Rosnanotech, une structure d’État dotée d’un budget de 5 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros), qui injectera des fonds dans ce secteur longtemps négligé en Russie.
« Pour la Russie, cela représente beaucoup d’argent. C’est une somme que les scientifiques russes n’avaient pas vue depuis longtemps », souligne Mikhail Melnikov, rédacteur en chef adjoint du magazine Nanotechnologies russes.
« Mais le problème, c’est l’intérêt de la communauté...