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LA situation Gouvernement de six : une proposition bien plus irréalisable que tardive

Après de longs mois de réserve, le président de la République, Émile Lahoud, s’emploie depuis quelque temps à briser le silence. Dans une interview à la chaîne télévisée al-Jazira, il avait ainsi annoncé la couleur en appelant les deux camps politiques rivaux à relancer le dialogue pour trouver une issue à la crise. Ainsi, quelques heures seulement avant le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU du tribunal international pour lequel se bat le gouvernement depuis le 15 février 2005, le président de la République semble avoir retrouvé, de manière bien inopinée d’ailleurs, le rôle d’arbitre qui lui est imparti par la Constitution. C’est donc en rassembleur bien tardif que M. Lahoud s’est rendu à Bkerké pour soumettre à Mgr Sfeir une proposition tendant à mettre en place un gouvernement de salut censé résoudre la crise : un gouvernement composé de six ministres qui représenterait les communautés les plus importantes du pays. Si l’initiative est dans l’absolu fort louable, il reste néanmoins deux points à soulever dans le contexte actuel. D’abord, faut-il rappeler les longs mois et toute la vaine énergie qui a été dépensée à plancher sur la fameuse proposition de ministre-roi neutre, destiné à jouer les arbitres au sein d’un gouvernement formé de 19 ministres pour la majorité et de 10 pour l’opposition ? Est-il nécessaire de rappeler à cet égard l’échec de ces concertations, et l’incapacité de la classe politique à tomber d’accord sur un nom ? Comment et surtout pourquoi aujourd’hui, à moins de 24 heures du vote de la résolution portant création d’un tribunal qui a maintes fois échappé à toutes les formes de sabotage, ces mêmes protagonistes seraient-ils soudain capables de s’entendre, au sens propre comme au sens figuré, sur les noms de six ministres ? Ensuite, deuxième point, sans doute le plus important et le plus vital à l’heure qu’il est, comment sera-t-il pratiquement possible de gérer une guerre qui, pour le moment, demeure cantonnée au seul camp de Nahr el-Bared pendant que le nouveau gouvernement serait en train d’être concocté ? Pour certaines sources parlementaires proches du 14 Mars, la proposition de M. Lahoud deviendrait envisageable à partir du moment où le tribunal ne serait pas remis en question par ce nouveau cabinet de salut. Partant de là, sa formation ne devrait pas empêcher, ni entraver, la mission de l’armée qui resterait maître du terrain et qui continuerait de jouer le rôle qui est le sien, en l’occurrence la protection du territoire. Néanmoins, force est de constater que l’opposition insinue de plus en plus à travers les discours qu’elle tient, et hier à travers la visite de M. Lahoud, que la crise de Nahr el-Bared tire ses racines de la crise politique actuelle. Tout se passe comme si ce groupuscule terroriste, Fateh el-Islam, avait pour mission de déstabiliser encore plus la classe politique au pouvoir pour l’amener à accepter un nouveau cabinet dont la composition ne serait plus favorable aux forces du 14 Mars, pour la simple raison que les portefeuilles seraient répartis par communautés et que, partant de là, majorité et opposition tendraient à obtenir un nombre égal de ministres. Ce qui rendrait la possibilité de blocage encore plus facile que dans l’option du 19+10+1. De plus, cette répartition ne prend pas en compte les clivages politiques réels qui existent aujourd’hui dans deux des six communautés principales : druze et chrétienne. Ainsi, et au-delà de ces considérations d’ordre pratique et technique, pour d’autres pôles de la majorité, l’hypothèse du gouvernement de six est tout simplement irrecevable. Pour elles, cette proposition du président de la République a cela de suicidaire qu’elle a pour but de lancer à la communauté internationale un signal tendant à démontrer que les Libanais sont parvenus à tomber d’accord sur le principe même du tribunal international. La mise en application de cet accord passerait ainsi par la formation d’un nouveau gouvernement dont la principale mission serait de retarder l’entrée en vigueur de la résolution de l’ONU et dont la date-butoir a été prévue pour le 10 juin prochain. Quoi qu’il en soit, et quand bien même cet énième projet aboutirait à un résultat concret, un nouveau gouvernement qui serait créé en l’absence de programme préétabli serait un nouveau piège pour l’avenir du Liban. Sans plan d’action précis, approuvé dans les moindres détails, sans délais précisés pour la mise en application des décisions, ce nouveau cabinet sera voué à l’échec comme cela a été le cas pour ses prédécesseurs. Un programme qui devrait trancher les questions les plus épineuses, à savoir : le dossier palestinien, le devenir de l’armement du Hezbollah et, surtout, l’instauration de relations diplomatiques entre Damas et Beyrouth. Sans oublier bien sûr la problématique de la délimitation des frontières avec la Syrie, y compris les fermes de Chebaa. Mais toutes ces considérations politiques paraissent aujourd’hui tout à fait secondaires face au phénomène Fateh el-Islam. Devant les déclarations de ce groupuscule qui se plaît à faire savoir qu’il préfère aller droit vers la mort plutôt que de se rendre aux autorités, devant la recrudescence des combats qui, chaque soir, remettent en question la trêve, il est difficile d’occulter les incidents – si mineurs soient-ils – qui éclatent dans les autres camps de réfugiés palestiniens. Difficile aussi d’ignorer le blocage dans les médiations amorcées par les ulémas palestiniens qui, après avoir discuté avec Chaker Absi, le leader présumé de Fateh el-Islam, ont presque avoué leur incapacité à parvenir à une solution. Hier soir, les organisations et factions palestiniennes sont parvenues de leur côté à tomber d’accord sur la composition d’un comité de suivi. Il reste que les divergences de vues concernant la manière dont le problème devrait être traité perdurent et ces divergences ne devraient pas se résorber avant l’arrivée de la délégation dépêchée par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. En attendant, le Hezbollah continue d’exprimer un soutien de façade à une armée qu’elle critique pour avoir reçu des armes en provenance des États-Unis, alors que ce parti n’a manifesté aucun complexe à faire circuler en plein cœur de Hazmieh un camion transportant armes et munitions illégales enfouies sous du foin... Lélia MEZHER

Après de longs mois de réserve, le président de la République, Émile Lahoud, s’emploie depuis quelque temps à briser le silence. Dans une interview à la chaîne télévisée al-Jazira, il avait ainsi annoncé la couleur en appelant les deux camps politiques rivaux à relancer le dialogue pour trouver une issue à la crise. Ainsi, quelques heures seulement avant le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU du tribunal international pour lequel se bat le gouvernement depuis le 15 février 2005, le président de la République semble avoir retrouvé, de manière bien inopinée d’ailleurs, le rôle d’arbitre qui lui est imparti par la Constitution.
C’est donc en rassembleur bien tardif que M. Lahoud s’est rendu à Bkerké pour soumettre à Mgr Sfeir une proposition tendant à mettre en place un gouvernement de salut...