C’est pour tous les Libanais, c’est pour le pays entier que l’armée et les FSI livrent bataille aux terroristes de Fateh el-Islam. La troupe reste, contre vents et marées, la seule institution solidement unifiée, sa cohésion tenant en grande partie de sa parfaite impartialité dans les conflits politiques internes. Son état de santé contraste fortement avec celui des autres constituants de l’État, que les ennemis du Liban sont parvenus sinon à disloquer, du moins à paralyser. Comme on le voit tant au niveau des trois présidences qu’à celui de la magistrature, qui attend toujours la signature des décrets de permutations, pour activer les tribunaux.
Est-il besoin de le préciser, la neutralité de l’armée et des FSI ne joue pas, pas du tout même, quand il s’agit de leur mission de défendre le Liban en danger, sur le terrain. Elles s’impliquent également dans la protection de l’État, de ses institutions, du régime républicain parlementaire, menacés d’effritement, suite aux tentatives d’actions ou aux velléités déterminées de certains agresseurs.
Condition
Il n’est donc pas étonnant que les Libanais de tous bords se rangent aux côtés des forces régulières dans la confrontation actuelle, dont les résultats peuvent être décisifs en termes de destin national. Ainsi qu’en termes d’identité libanaise, de système et d’ordre public. Mais, comme on le relève du reste de tous côtés, il ne suffit évidemment pas de condamner verbalement les terroristes et les manipulateurs présumés. Il faut encore assurer un soutien multiforme actif, d’arrière-garde si l’on peut dire, aux forces régulières combattantes. Pour remporter une bataille consolidant et pérennisant le couple stabilité-sécurité.
Cela implique, on s’en doute, qu’il faut se garder de tout compromis bancal, de tout règlement partiel tronqué. Chacun, notamment le Hezbollah, étant tenu d’apporter son concours de logistique, et sa vigilance, à l’armée et aux FSI. En prévenant, par exemple, toute incidence susceptible de constituer pour la troupe une préoccupation de diversion pour le moins inopportune. Avant que l’on n’en arrive à étudier la suggestion de Walid Joumblatt d’ouvrir la porte du recrutement de volontaires pour renforcer les effectifs de l’armée d’une manière substantielle. Ce qui pourrait devenir indispensable, au cas où les affrontements devaient s’élargir. Ou au cas où les parties qui ciblent le Liban n’inventent encore autre chose que Fateh el-Islam pour en attaquer les fondements.
Les formations politiques, le Hezbollah en tête, peuvent, dans le cadre du soutien précité, exercer des pressions sur les parties qui soutiennent Fateh el-Islam, ouvertement ou en secret, afin que les éléments criminels de Fateh el-Islam soient livrés à la justice libanaise. Cela, en prélude à un plan global pour résoudre la question des camps palestiniens. Tant, du reste, pour qu’ils cessent d’être des îlots d’insécurité qu’afin d’en améliorer les déplorables conditions de vie.
Les Palestiniens
Quant aux organisations palestiniennes régulières, il est évident qu’elles ne doivent pas se contenter de se laver les mains de Fateh el-Islam. Et qu’il leur faut contribuer efficacement à nettoyer les camps, qui sont placés d’ailleurs, du fait de leur extraterritorialité, sous leur autorité et leur contrôle sécuritaire direct. Tant que ces organisations n’assument pas leurs responsabilités sur le terrain, elles se trouvent bien mal placées pour exiger que l’armée cesse les tirs, abandonne la bataille, au titre qu’il faut épargner la population civile palestinienne, prise en otage pratiquement par les terroristes. Une fois la purge effectuée à Nahr el-Bared, une fois les criminels livrés à la justice libanaise, le feu cesserait automatiquement. Et pour qu’il ne se renouvelle pas un jour, les organisations palestiniennes doivent verrouiller la sécurité dans les camps, juguler les diverses cellules activistes, mafieuses ou criminelles qui y pullulent.
La Syrie
La Syrie, quant à elle, prétend qu’elle combat également Fateh el-Islam, ou d’autres cellules terroristes similaires, et qu’elle en emprisonne les cadres. Mais elle les en tire au bout de quelques mois. Résultat : avec son aval, son laisser-passer ou à son insu, ils se trouvent exportés au Liban ou en Irak. Et quand on le lui reproche, elle prétend qu’elle n’est pas en mesure de contrôler les passoires que sont ses frontières avec ces deux pays. Ces derniers temps, elle a sans doute fait des efforts, doit-on dire, du côté de l’Irak. Par contre, on attend toujours qu’elle fasse mine d’aider effectivement l’armée et les FSI libanaises pour neutraliser le terrorisme mobile, sa contribution devant commencer par des rafles sur son territoire, base de repli des activistes de tout crin. Le régime syrien est en conflit avec le gouvernement libanais et il tente de le faire renverser par tous les moyens. Mais son propre intérêt sécuritaire et frontalier commande qu’il coopère avec l’armée et les FSI libanaises. Surtout qu’il ne cesse de répéter, depuis des années, que la sécurité de la Syrie et la sécurité du Liban sont liées comme des jumelles siamoises. De plus, on imagine facilement qu’une anarchie généralisée au Liban, l’effondrement de son système, n’irait pas sans conséquences sur la situation intérieure de la Syrie et sur sa stabilité.
Relais
Cependant, une vraie-fausse coïncidence saute aux yeux. Après la guerre de juillet, le déploiement de l’armée et le renforcement de la Finul, le Liban-Sud a beaucoup perdu de son caractère de front semi-ouvert face à Israël, en lieu et place du Golan occupé. Cette carte de pression se trouvant de la sorte pratiquement annulée, on constate l’ouverture d’un deuxième front, cette fois au nord du Liban, sans parler des attentats à la bombe, assassinats et autres crimes. L’objectif, ou plutôt l’un des objectifs principaux, restant le même : faire pression sur les États-Unis et les Occidentaux. Pour leur montrer que l’on dispose toujours de l’atout libanais. Cela, sans se dévoiler, du moment que Fateh el-Islam se compose d’éléments hétéroclites, de nationalités multiples qui ne relèvent pas directement de la Syrie. Et, également, sans indisposer les partenaires iraniens et les Saoudiens, dont Damas veut se rapprocher, qui ont mis un holà à tout affrontement entre chiites et sunnites au Liban.
Par rapport à la scène locale, et aux efforts d’y rétablir la tutelle syrienne, il s’agit de la déstabiliser encore plus fortement, à travers une anarchie sécuritaire. Pour tenter de forcer la majorité parlementaire à accepter un cabinet où les prosyriens disposeraient du tiers de blocage. En prélude à l’élection d’un président de la République favorable à Damas.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats