Au troisième jour des affrontements entre les miliciens de Fateh el-Islam et les soldats de l’armée libanaise, les développements sur le terrain indiquent que la situation pourrait encore se prolonger. Les différentes factions palestiniennes, et à leur tête le représentant de l’Autorité palestinienne au Liban Abbas Zaki, cherchent pourtant à conclure un cessez-le-feu avec les militaires libanais, à la demande des Palestiniens eux-mêmes, mais les négociations semblent difficiles et ont, dit-on, peu de chances d’aboutir.
Selon une source proche de l’armée, il est en effet impensable pour une troupe régulière de négocier un accord de cessez-le-feu avec un groupuscule terroriste, fût-il aussi puissant que Fateh el-Islam. La même source s’étonne d’ailleurs de la soudaine montée en puissance de ce groupuscule qui, il y a quelque temps encore, était qualifié par certains responsables de « poignée de jeunes excités, importés d’au-delà des frontières, mais peu efficace ». Et voilà que très rapidement, le groupe Fateh el-Islam est devenue une métastase qui s’est étendue dans tous les camps palestiniens, et même au-delà.
La source proche de l’armée rappelle que le chef de ce groupe, le fameux Chaker Absi, palestinien né à Jéricho en 1955, a longtemps été l’adjoint de Abou Moussaab Zarqaoui le Jordanien devenu responsable d’el-Qaëda en Irak, tué par la suite par les Américains. Chaker Absi avait d’ailleurs été condamné à mort en Jordanie pour l’assassinat d’un diplomate américain, en même temps que Zarqaoui. C’est donc cet homme qui s’est installé dans le camp de Nahr el-Bared et qui en a fait une sorte de « terre d’asile » pour combattants islamistes, accueillant tous ceux qui sont pourchassés dans leurs pays, qu’ils soient saoudiens, yéménites, jordaniens ou autres, moyennant d’importantes sommes d’argent, puisque la nébuleuse islamique semble assez riche. Ses deux adjoints, Abou Leith al-Chami et Abou Abdel-Rahmane el-Chami, de nationalité syrienne, ont été récemment tués à la frontière syro-irakienne. Mais cela n’a pas empêché Chaker Absi de poursuivre son activité dans le camp et ses environs, s’implantant dans les quartiers sunnites défavorisés entourant les grandes villes, à Tripoli et Saïda en particulier. Depuis la découverte de l’implication de ce groupuscule dans les attentats de Aïn Alak, les services de sécurité l’ont dans leur collimateur. Et le hold-up de la banque Méditerranée à Amioun a été le détonateur d’une action contre lui que les forces de l’ordre croyaient déterminante et plus facile. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les unités de l’armée en poste autour du camp de Nahr el-Bared n’avaient pas été alertées de l’imminence de l’opération.
Le style el-Qaëda
La source proche de l’armée raconte ainsi qu’en découvrant en face d’elles, au moment de la perquisition à Tripoli, une véritable troupe organisée et armée jusqu’aux dents, décidée aussi à mener des combats violents sans craindre de mourir, les forces de l’ordre ont demandé du renfort à l’armée. Mais avant qu’elles n’aient eu le temps d’alerter toutes les unités concernées, les positions de l’armée avaient été déjà la cible d’attaques meurtrières dans le plus pur style d’el-Qaëda, avec, pour objectif, de créer un traumatisme chez les soldats. L’armée a été contrainte de riposter en attaquant les positions de Fateh el-Islam à Nahr el-Bared et les caches des terroristes à Tripoli. L’opération s’est avérée plus difficile que prévu, les miliciens étant bien implantés dans leur environnement et s’étant préparés depuis longtemps à être la cible d’attaques de ce genre. De plus, le fait que le camp de Nahr el-Bared, comme tous les camps palestiniens d’ailleurs, soit bourré de civils n’a pas facilité la tâche de l’armée. D’ailleurs, les combattants se sont très vite cachés au milieu des civils, alors que toutes les factions palestiniennes, soudain unies, ont commencé à réclamer un cessez-le-feu humanitaire, augmentant la pression sur l’armée. Pourtant, la source proche de l’armée est catégorique : Fateh el-Islam est formé à 20 % de Palestiniens et à 80 % de repris de justice d’un grand nombre de pays arabes et musulmans. Le groupe est donc bien plus proche d’el-Qaëda que des organisations palestiniennes en dépit des allégations de Chaker Absi. Et pourtant, ces mêmes organisations s’empressent de crier au danger qui guette les civils palestiniens, pour arracher des concessions aux autorités libanaises et, surtout, pour s’imposer de nouveau dans l’équation interne libanaise. Ce qui, pour la source proche de l’armée, serait une grave erreur pour le Liban et un retour en arrière.
La même source explique qu’aujourd’hui la situation est très difficile. Plus le temps passe et plus les forces palestiniennes se mobilisent et mobilisent avec elles les pays arabes, toujours heureux de clamer leur solidarité avec les Palestiniens tant qu’ils ne bougent pas sur leurs territoires respectifs. D’un autre côté, l’armée ne peut pas entrer dans le camp par la force sans risquer de faire des victimes civiles et en même temps, elle ne peut pas négocier un cessez-le-feu, même par le biais de l’Autorité palestinienne, car cela pourrait affaiblir le Liban.
Une opération de longue haleine
Alors que faire ? La source proche de l’armée laisse entendre que le plus utile serait de continuer à encercler le camp de Nahr el-Bared, tout en laissant entrer les convois de secours – sous contrôle strict toutefois, pour éviter une catastrophe humanitaire – jusqu’à ce que le groupuscule de Fateh el-Islam décide de livrer à la justice les auteurs des assassinats – puisque c’est de cela qu’il s’agit – des soldats dans leurs positions. Comme ce groupuscule a des ramifications hors des camps, dans les milieux islamistes défavorisés, il faudrait aussi, après avoir recueilli les informations nécessaires, opérer des perquisitions dans les cachettes hors des camps et procéder à des arrestations de façon à augmenter la pression sur le groupe et de parvenir au fur et à mesure, à le neutraliser. Il s’agit donc d’une opération de longue haleine, nécessaire car il y va de la crédibilité de l’État libanais. Autrement, c’est l’État tout entier qui pâtirait de la conclusion d’un compromis négocié ou d’une opération coup de force dont les résultats ne sont pas garantis et qui pourrait être coûteuse.
La source proche de l’armée affirme que ce scénario serait le plus sage mais il suppose un consensus interne sur cette question. Or, au lieu de se ressouder dans un élan de solidarité dans des moments aussi difficiles, la classe politique reste toujours aussi divisée et, selon la même source, les éloges faits de toutes parts à l’armée ne vont pas au-delà des paroles. Mais les soldats, eux, continuent de mourir pour que vive tout le Liban...
Scarlett HADDAD
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Au troisième jour des affrontements entre les miliciens de Fateh el-Islam et les soldats de l’armée libanaise, les développements sur le terrain indiquent que la situation pourrait encore se prolonger. Les différentes factions palestiniennes, et à leur tête le représentant de l’Autorité palestinienne au Liban Abbas Zaki, cherchent pourtant à conclure un cessez-le-feu avec les militaires libanais, à la demande des Palestiniens eux-mêmes, mais les négociations semblent difficiles et ont, dit-on, peu de chances d’aboutir.
Selon une source proche de l’armée, il est en effet impensable pour une troupe régulière de négocier un accord de cessez-le-feu avec un groupuscule terroriste, fût-il aussi puissant que Fateh el-Islam. La même source s’étonne d’ailleurs de la soudaine montée en puissance de ce groupuscule...