Repli sur soi de circonstance ou tendance longue ? En ne consacrant que quelques minutes sur deux heures trente de débat, mercredi soir, aux questions internationales, les deux candidats à la présidentielle ont donné l’image d’une France recroquevillée sur ses problèmes internes : 35 heures, retraites, sécurité, logement, enseignement... Tous ces sujets, de la plus haute importance certes, ont été âprement débattus par Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy à grand renfort de chiffres et d’exemples « de proximité ». Mme Royal a rencontré des infirmières, M. Sarkozy des responsables d’associations de défense des femmes battues... Les deux candidats ont également discuté, comme ils l’ont régulièrement mis en exergue, avec de nombreux leaders européens, mais simplement pour comparer leurs systèmes socio-économiques avec celui de l’Hexagone.
A contrario, la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, le nucléaire iranien ou encore l’Afrique ont été succinctement abordés en quelques phrases. Du Proche-Orient ou de l’Irak, de la guerre contre le terrorisme ou du dossier russe par exemple, il n’a simplement pas été question.
Une absence d’autant plus regrettable que la politique étrangère est traditionnellement le domaine réservé du chef de l’État sous la Ve République. Une absence également surprenante alors que près de 15 000 soldats français sont déployés à travers le monde sur de nombreuses zones de tensions, dont les Balkans, le Liban, l’Afghanistan ou la Côte d’Ivoire.
La réduction des affaires internationales à la part congrue a d’ailleurs été relevée par la presse internationale. Pour une journaliste du New York Times, « parfois, il semblait que les candidats étaient engagés dans une campagne pour un scrutin local plutôt qu’une course à la présidentielle. L’Irak, les relations entre la France et les États-Unis, par exemple, n’ont jamais été abordés ».
Si l’argument d’un éventuel manque de compétence par les candidats sur ces dossiers a été avancé par certains analystes, il serait plutôt le reflet du manque d’intérêt de la grande majorité des électeurs français pour les affaires du monde. Depuis plusieurs années, l’Hexagone est en effet en proie à un repli sur soi. Dans ce contexte, les candidats ont essentiellement traité les questions internationales dans le cadre d’interviews accordées aux médias étrangers.
Cette tendance n’en demeure pas moins regrettable et ce d’autant plus que d’autres puissances européennes, à commencer par l’Allemagne et l’Italie, ont montré, ces derniers temps, un niveau d’implication croissant sur les dossiers internationaux, et ce notamment au Moyen-Orient. Rome a par exemple su s’engager au Liban en envoyant un important contingent militaire dans le cadre de la Finul renforcée, au moment où Paris se montrait frileux. Berlin, pour sa part, multiplie l’envoi d’émissaires au Moyen-Orient, notamment en Israël et dans les territoires palestiniens, reprenant la main sur un dossier pourtant cher à la France. En début de semaine, le gouvernement allemand proposait en outre un plan pour sortir de l’impasse sur le dossier du nucléaire iranien.
Reste à espérer que ce manque de débat soit purement conjoncturel, une adaptation des candidats au désintérêt des Français pour la politique internationale, et que la « voix de la France » reprenne du volume une fois le second tour passé.
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