Nombreux à voter, les habitants d’Argenteuil, une banlieue du nord-ouest de Paris, espéraient que le futur président puisse régler les problèmes ayant conduit aux émeutes de 2005. Sous un soleil printanier, les électeurs d’origine maghrébine et africaine ont été très nombreux à se rendre aux urnes dans cette banlieue déshéritée, comme dans tout le reste du pays. « Une file d’attente comme ça, je n’ai jamais vu cela ! » a lancé Claudine Billiet, une responsable du bureau de vote, en montrant les 20 à 30 électeurs patientant devant chaque isoloir.
Venir voter, « c’est important pour moi, comme vous le voyez, je ne suis pas une “Européenne type”, mais je me sens profondément française », confie Wahyba Kheshiba, 37 ans, née en France de parents algériens. Pour elle comme pour beaucoup de ceux croisés au milieu des hautes tours d’Argenteuil, Nicolas Sarkozy, le candidat UMP, représente « un changement pour le pire ». « Y’en a certains ici qui vont être en colère » si Sarkozy est élu le 6 mai, prédit Wahyba Kheshiba, qui craint que le brasier mal éteint des émeutes ne se rallume. « La France a changé. Elle compte tellement de monde différent. La France devrait se construire à partir de toutes ces différences », juge cette partisane de Ségolène Royal, candidate socialiste, première femme à pouvoir espérer accéder à la présidence.
Samir, un ouvrier de 40 ans d’origine turque, vient de voter Royal. Il déplore que Sarkozy, quand il était ministre de l’Intérieur, ait, selon lui, suscité dans les banlieues un sentiment d’état de siège. « Madame Royal apportera plus de travail et de liberté. Sous Sarkozy, on a été pressés et pressés, on n’avait pas de libertés », dit-il. C’est à Argenteuil que Nicolas Sarkozy avait usé à la fin 2005 du terme de « racaille », qui l’a transformé en « ennemi » pour de nombreux jeunes d’origine immigrée. Les détracteurs les plus virulents de Sarkozy l’accusent d’être responsable de l’embrasement des banlieues, théâtre de trois semaines d’émeutes sans précédent en octobre-novembre 2005. Mais pour Abderrahmane Seghir, 67 ans, arrivé en France à l’âge de 22 ans, une présidence Sarkozy n’est pas source d’inquiétude. « Il faut respecter les lois, respecter l’autorité. Ceux qui ne le font pas auront des problèmes », dit-il, en écho aux promesses d’ordre faites par Sarkozy.
Marjorie Capel, une mère au foyer de 32 ans venue voter avec son bébé, espère que le nouveau chef de l’État combattra « le racisme, la pauvreté et le problème des sans-abri ». Pour elle, la victoire de Sarkozy ne serait pas un désastre, contrairement à celle du leader du FN Jean-Marie Le Pen, qui veut « l’immigration zéro » et susciterait, selon elle, la révolte dans les banlieues.
Omar Idbelbema, 32 ans, a voté pour le centriste François Bayrou, le « 3e homme » de la course. Il le croit capable de régler les problèmes du logement, du chômage et de l’immigration, qui sous-tendent le sentiment d’exclusion ressenti dans les banlieues. « Bayrou peut changer les choses », dit cet homme dont les parents ont immigré du Maroc. Myriam Diedhiou, étudiante de 18 ans d’origine sénégalaise, appréciait les « bonnes idées » de Sarkozy mais l’a jugé « trop agressif » et a préféré Royal. « Pour les jeunes, Sarkozy est un ennemi. Mais beaucoup de personnes âgées qui se sentent en insécurité vont voter pour lui », pronostique-t-elle.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Nombreux à voter, les habitants d’Argenteuil, une banlieue du nord-ouest de Paris, espéraient que le futur président puisse régler les problèmes ayant conduit aux émeutes de 2005. Sous un soleil printanier, les électeurs d’origine maghrébine et africaine ont été très nombreux à se rendre aux urnes dans cette banlieue déshéritée, comme dans tout le reste du pays. « Une file d’attente comme ça, je n’ai jamais vu cela ! » a lancé Claudine Billiet, une responsable du bureau de vote, en montrant les 20 à 30 électeurs patientant devant chaque isoloir.
Venir voter, « c’est important pour moi, comme vous le voyez, je ne suis pas une “Européenne type”, mais je me sens profondément française », confie Wahyba Kheshiba, 37 ans, née en France de parents algériens. Pour elle comme pour beaucoup de ceux...