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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Dessine-moi un juge

Simultanément déployées, les actuelles démarches du Russe Alexandre Saltanov et du juriste en chef de l’ONU Nicolas Michel ne sont pas nécessairement conjointes pour autant, et encore moins solidaires. Elles tendent toutes deux, certes, à favoriser un accord entre les factions locales sur la question du tribunal international appelé à juger les crimes commis contre notre pays. Et c’est fort bien, puisque les Libanais devraient idéalement se rassembler autour d’une même conception de la justice, même si, pour y parvenir, ils doivent être gentiment mais fermement poussés par l’étranger. Il reste que ces deux missions restent sensiblement différentes, aussi bien par leur approche que par leurs motivations profondes et surtout par les solutions alternatives – celles du dernier recours – qu’elles recèlent en filigrane. Saltanov est le vice-ministre des AE d’une grande puissance, la Russie, qui, comme toutes les puissances, a des intérêts à préserver, des positions à défendre, notamment dans cette partie du monde où sa présence s’était notablement réduite après l’effondrement de l’Empire soviétique. Mais en dépit de ses amitiés régionales, la Russie ne pouvait, sans graves dommages pour son image nouvelle, se désolidariser du vote du Conseil de sécurité portant création du tribunal international, même si elle a obtenu que des adoucissements soient apportés à plus d’un texte onusien. Voilà soudain que l’impasse libanaise et l’éventualité d’une prise en charge totale et absolue de la question par l’ONU viennent une nouvelle fois placer le Kremlin face à des choix difficiles. Plaidant vigoureusement pour une issue constitutionnelle libanaise, Saltanov n’a guère caché les sérieuses réserves de son gouvernement quant à une action internationale, qui ne pourrait être opérée que sous le fatidique chapitre VII des Nations unies. Mais en déconseillant à d’aucuns de parier sur le vote (et même le veto) de pays tiers, il a paru également soucieux d’éviter que cette opposition de principe puisse être interprétée comme une invite à un surcroît d’intransigeance. Lui aussi, le conseiller juridique du secrétaire général de l’ONU appelle de tous ses vœux un consensus libanais sur la question du tribunal. Pour Nicolas Michel cependant, il ne doit faire de doute pour personne que cette instance finira, tôt ou tard, par voir le jour, mais seulement après qu’aient été épuisés tous les moyens possibles et concevables de parvenir à un tel accord. Aux récalcitrants, il se propose d’expliquer par le détail en quoi un tel tribunal, de par ses statuts et sa composition, est absolument digne de confiance : pour quelles raisons, administrées à la petite cuiller comme à des étudiants de première année de droit, il ne risque absolument pas de se transformer en un instrument d’exploitation politique, de vengeance. Mais l’envoyé de l’ONU est là surtout pour entendre ce que l’opposition reproche exactement au projet de tribunal. Dans ce cas, il serait bien le premier, tant en effet le camp du 8 Mars a fait de ses griefs une énigme à l’échelle planétaire. Qu’on ne s’y trompe pas toutefois : pour bien disposées qu’elle soient, ces oreilles-là ne souffrent guère les creuses logorrhées d’usage, du genre nous ne parlerons que dans le cadre d’un gouvernement d’union. Ressortir le même et sempiternel répertoire ce ne serait pas seulement, cette fois, se moquer littéralement du monde entier. Ce ne serait pas seulement défier une organisation internationale qui, comme par hasard, décrète des sanctions contre l’Iran et enjoint régulièrement la Syrie de coopérer au redressement du Liban. S’emmurer dans un éloquent silence en attendant qu’aient été engrangés des acquis, c’est de l’extorsion pure et simple. C’est signifier une fois pour toutes aux Libanais – tous les Libanais – que quelques ministres de plus comptent davantage, somme toute, que la justice enfin rendue au sang des martyrs d’hier, que la protection promise aux martyrs de demain. Dans toute épreuve de force, il arrive un moment où l’on est bien tenu d’abattre ses cartes. S’y refuser envers et contre tout, c’est une peu digne manière d’annoncer quand même la couleur... Issa GORAIEB

Simultanément déployées, les actuelles démarches du Russe Alexandre Saltanov et du juriste en chef de l’ONU Nicolas Michel ne sont pas nécessairement conjointes pour autant, et encore moins solidaires.
Elles tendent toutes deux, certes, à favoriser un accord entre les factions locales sur la question du tribunal international appelé à juger les crimes commis contre notre pays. Et c’est fort bien, puisque les Libanais devraient idéalement se rassembler autour d’une même conception de la justice, même si, pour y parvenir, ils doivent être gentiment mais fermement poussés par l’étranger. Il reste que ces deux missions restent sensiblement différentes, aussi bien par leur approche que par leurs motivations profondes et surtout par les solutions alternatives – celles du dernier recours – qu’elles recèlent en...