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Actualités - Opinion

Les Libanais laissés à eux-mêmes, jusqu’à nouvel ordre

Le sommet arabe l’avait assez clairement laissé entendre : la solution de la crise libanaise devait sourdre du Liban même, de nulle part ailleurs. Autrement dit, il n’est plus question d’une quelconque médiation arabe proposant un règlement déterminé, mais, tout au plus et au mieux, de bons offices d’un facteur doublé d’un pompier, transmettant des messages entre protagonistes et prodiguant des conseils d’apaisement. C’est ce que confirme, à l’adresse des pôles qu’il rencontre tous les jours, l’ambassadeur saoudien, M. Abdel Aziz Khoja. Le royaume répond par la négative aux sollicitations de M. Nabih Berry. Estimant que le dialogue intra-muros ne saurait porter de fruits (pourquoi, on se le demande), le président de la Chambre avait appelé Ryad à réunir en son giron les Libanais, comme cela avait été fait pour les Palestiniens. Or, selon les dires de M. Khoja rapportés par nombre de ses interlocuteurs, l’Arabie saoudite pense qu’elle ne peut se substituer aux parties prenantes pour trouver la sortie de crise. Elle les invite donc à se rabibocher et ne les recevrait qu’au cas où ils souhaiteraient proclamer leur accord à partir de son territoire. Selon les mêmes sources, le diplomate ne cesse d’insister sur ce point : les Libanais doivent s’assumer pleinement et la responsabilité du dialogue leur incombe totalement. Cela suivant la logique qui veut que tout arrangement parachuté resterait forcément précaire, friable à tout moment, alors qu’une entente directe entre compatriotes serait solide et fiable. Cela étant, et en tant qu’ami parlant sur un mode personnel, M. Khoja ne cache pas qu’à son avis propre les Libanais ne se sont laissé qu’une chance, une seule, de sauver leur pays, en mettant un terme à la dégringolade par la réactivation des institutions, via la reprise du dialogue. Cette occasion, il faut qu’ils la saisissent d’urgence, indique-t-il selon les mêmes témoins. Sinon le Liban irait tout droit dans le mur de l’anarchie et de la dislocation. Il conclut en répétant que son gouvernement est prêt à aider, mais ne peut mâcher le travail pour les Libanais, qui doivent faire montre de raison en reprenant le dialogue dans un esprit constructif. Projet Mais le dialogue sur quoi au juste ? Sur le tribunal, la présidentielle, le gouvernement ou les législatives anticipées ? Selon des observateurs avertis, ces questions ne sont en réalité qu’un trompe-l’œil. Dans ce sens que le vrai conflit de fond va beaucoup plus loin, et porte sur la nature même du régime institutionnel et politique libanais. Sur la répartition des pouvoirs et des prérogatives. Sur le dispositif du pacte national de Taëf, que le Hezbollah remet expressément en cause. Lors des échanges autour de la table ronde du dialogue, Hassan Nasrallah avait ouvertement réclamé une refonte totale du contrat, affirmant que les donnes avaient complètement changé depuis Taëf. Sur le plan des équations régionales d’abord, avec l’émergence de l’Iran comme joueur principal. Et sur le plan des équilibres, ou déséquilibres locaux, avec la montée en puissance de la communauté chiite. Partant de là, le Hezb, auquel le mouvement Amal emboîte le pas, veut que la parité simple, chrétiens-musulmans, tourne à la règle de trois : chiites, sunnites, chrétiens. Cela pour recomposer l’État sur des bases nouvelles. On sait qu’à ce propos, Nasrallah a lancé dans son récent discours incendiaire : « Il n’y a pas d’État… Nous, nous en avons un… Faites d’abord un État, puis venez parler avec nous. » Il est dès lors évident, poursuivent les observateurs cités, que le Hezb a forgé un vaste projet institutionnel. Une sorte de partenariat remodelé sur lequel il aurait la haute main. Avec, peut-être en mire, une République genre Iran. Étapes tactiques Dès lors, la marginalisation de la présidence de la République, ajoutent ces cadres, apparaît comme l’une des premières étapes du plan que le Hezb aurait mis en chantier, après la guerre de juillet et la « victoire divine » sur Israël. En d’autres termes, tout en appuyant avec éclat le régime, puisqu’il est autant prosyrien que pro-Résistance, le Hezb n’est pas mécontent de le voir isolé, boudé, boycotté. Car il affaiblit de la sorte une fonction de pouvoir essentielle, une institution profitant en principe à une communauté autre que la chiite. Et le Hezb se montre adepte de la maxime qui commande que charité bien ordonnée commence par soi-même. Dans cette même logique, toujours selon les mêmes sources, il ne serait pas étonnant que le Hezb cherche à torpiller la présidentielle, même si on lui promettait un candidat de consensus qui lui conviendrait. Pour qu’à la faveur du blocage, il devienne nécessaire de discuter d’un changement, à chaud, de système. Tandis que d’autres composantes de l’opposition estiment pour leur part qu’il serait préférable d’opérer la reconversion à froid. C’est-à-dire après la présidentielle, dans le cadre d’une conférence interne élargie devant mener à un nouveau pacte national. Naturellement, le patriarche Sfeir ne cesse de mettre en garde, selon ses visiteurs, contre le vide au niveau de la présidence de la République. Donc contre le torpillage de la séance d’élection d’un nouveau chef de l’État. D’après ces témoins, le prélat n’est pas loin de penser qu’il existe effectivement un plan visant à aller encore plus loin dans la marginalisation de la présidence, à sa suppression de fait en somme. Il prévient, disent-ils, que la présidence de la République constitue une ligne rouge dont le franchissement et la transgression auraient d’incalculables conséquences, pouvant remettre en cause l’identité du Liban. La majorité s’en tient quant à elle à Taëf, en affirmant qu’en larguant ce modèle, les Libanais assassineraient non seulement le régime parlementaire démocratique, mais aussi, et surtout, le principe premier et vital de la coexistence. L’un de ses guides, M. Walid Joumblatt, déclare, en réponse à Nasrallah, que s’il doit y avoir divorce et séparation, il faudrait que cela se produise à froid, dans le calme. Ce qui signifie que le pays politique est au bord du gouffre, de la partition. Nombre de parties s’en alarment, en plaidant pour l’unité nationale à l’ombre d’un État souverain, d’un régime démocratique parlementaire baignant dans l’esprit de Taëf. Mais qui les écoute vraiment ? Philippe ABI-AKL



Le sommet arabe l’avait assez clairement laissé entendre : la solution de la crise libanaise devait sourdre du Liban même, de nulle part ailleurs. Autrement dit, il n’est plus question d’une quelconque médiation arabe proposant un règlement déterminé, mais, tout au plus et au mieux, de bons offices d’un facteur doublé d’un pompier, transmettant des messages entre protagonistes et prodiguant des conseils d’apaisement. C’est ce que confirme, à l’adresse des pôles qu’il rencontre tous les jours, l’ambassadeur saoudien, M. Abdel Aziz Khoja. Le royaume répond par la négative aux sollicitations de M. Nabih Berry. Estimant que le dialogue intra-muros ne saurait porter de fruits (pourquoi, on se le demande), le président de la Chambre avait appelé Ryad à réunir en son giron les Libanais, comme cela avait...