C’est une photo d’une série que j’ai pu prendre personnellement et que j’ai gardée comme je garde mes vœux religieux. Dans cette période de crise où le fantôme d’une guerre pareille frappe aux portes, j’ai jugé opportun de la publier, car il se peut que la nouvelle jeunesse, que tout le monde chante comme étant le futur du Liban, en tire conseil et sache qu’elle pourrait être confrontée à de tels événements. Quelle sera alors la situation de chacun? Bourreau, victime décapitée ou en attente de l’être comme le jeune au centre de la photo? Nul ne le sait. Je ne souhaite à personne de se retrouver à la merci d’autres humains, même pour une seconde. Cela ne pourrait avoir lieu que dans le chaos d’une guerre fratricide.
Ces jeunes, de bons citoyens avant la guerre, ont fini par être ce que cette photo exprime. Personnellement, je ne commente pas, je préfère prier afin qu’aucun photographe du monde ne puisse prendre de photos pareilles, bientôt au Liban.
Je ne suis pas voyeur, mais grâce à la science, à la connaissance et à l’expérience, je me permets de m’adresser à Rodrigue (de l’UL) et à des centaines de Rodrigue comme lui, de toutes les factions, pour leur dire que cette fois, la guerre populaire qu’ils envisagent ne mènera les Libanais qu’à des massacres au sein de chaque confession, ad intra, sans merci. Et je me permets de prévoir, étant bien conscient de ce que je dis, que les fidèles de toute autre confession, musulmane comme chrétienne, auraient pitié les uns des autres, quelle que soit leur étiquette politique, à l’exception des maronites. La baie de Jounieh se teindra de rouge, et je crains que des photos comme celle-ci ne sauraient être prises qu’au sein de l’enclave maronite.
Je m’adresse donc à tous les Rodrigue pour leur dire: à bas à la guerre! Hobbes a bien dit que l’unique droit que nul ne peut retirer à l’homme c’est de se suicider, mais personne n’a le droit de mener les autres au suicide. À bas toute activité, tout discours qui le suscite! Envisageons un discours de vie et non de mort. Ce que ni Hobbes ni d’autres que lui n’ont pu contredire, c’est que l’arrêt d’une guerre, des hostilités n’est jamais entre les mains de celui qui les a entamées.
Au nom du Christ dont nous venons de fêter la Résurrection, je prie tous les leaders maronites de ne plus permettre des abus d’expression en n’importe quel domaine et surtout dans le domaine universitaire.
Que les âmes des 200000 martyrs de la guerre – qui n’a jamais fini d’ailleurs – reposent en paix. Et que Dieu accorde patience aux 300000 personnes perdues, mutilées et handicapées, comme aussi à leurs parents. Que Dieu protège le Liban.
Père Michel ROUHANA
Ordre des antonins maronites
Deir Mar Chaaya
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