«La grandeur d’une nation et son progrès moral peuvent être appréciés par la façon dont les animaux y sont traités. »
Cette célèbre phrase du Mahatma Gandhi ne peut que nous laisser songeurs, face à la recrudescence des cas d’empoisonnement de chiens domestiques au Liban.
Les cas les plus récents remontent à une semaine. Deux petits chiens de race, promenés par deux domestiques philippines, effectuaient ensemble leur promenade quotidienne dans le quartier d’Achrafieh, dans les parages de l’avenue de l’Indépendance. Quand le plus petit a soudainement été pris de convulsions, et s’est mis à écumer abondamment. Ramené aussitôt chez sa maîtresse qui s’est empressée de contacter le vétérinaire, le chien n’a pas tardé à succomber. Le tout n’aura duré que 5 minutes. Mais 5 minutes d’atroces souffrances pour la petite bête que ses maîtres chouchoutent depuis une dizaine d’années.
Le second chien vivra les mêmes souffrances, durant 10 interminables minutes, avant de succomber à son tour.
Le lendemain, dans le même quartier, c’est un chien-loup qui présentera les mêmes symptômes. Mais plus grand, donc plus solide, il sera sauvé in extremis par le vétérinaire.
Même scénario dans la région de Jounieh où un couple de chiens domestiques a agonisé dans d’horribles souffrances, laissant derrière lui 6 chiots, encore trop jeunes pour être sevrés.
Ces cas seront diagnostiqués par le vétérinaire Nagib Berbéri comme étant des empoisonnements. « Il suffit d’ailleurs pour un chien de marcher sur le poison pour risquer l’intoxication et la mort », précise-t-il. Diagnostic repris par Beta, une association beyrouthine pour le traitement éthique des animaux, dont la responsable, Helena Husseini, affirme aussi que « certains préposés municipaux ont été vus tirant sur les chiens errants et les achevant à coups de bâtons ».
Quant aux propriétaires des chiens, dont certains sont des enfants, ils sont encore sous le choc. D’avoir vu leurs compagnons mourir sous leurs yeux, dans des conditions insupportables. D’avoir réalisé qu’au Liban, l’on jette du poison dans les rues pour exterminer les chiens. Parce qu’on n’en supporte ni les aboiements, ni les excréments, ni même la vue.
Montrées du doigt, les municipalités, et plus spécifiquement celle de Beyrouth, soupçonnées de jeter du poison dans les rues de la capitale, pour éliminer les chiens errants. Une mesure qui avait été autorisée il y a quelques années, par décret, par le ministère de l’Intérieur, au même titre que celle d’abattre les chiens errants.
« Façon barbare de la part des autorités de vouloir traiter un problème, observe encore le vétérinaire, alors qu’il existe d’autres façons plus scientifiques et moins atroces de le régler. »
De son côté, la municipalité de Beyrouth, par la voix de son président, Abdel Menhem Ariss, réfute ces accusations et certifie que « les seules mesures prises à l’encontre des chiens errants consistent à les attraper et à les remettre à des associations ».
Mais personne n’est dupe, et les chiens domestiques continuent d’être la cible d’actes cruels et barbares dans les rues de Beyrouth.
Grandeur et progrès moral feraient certes mieux d’attendre que la société libanaise apprenne à mieux traiter ses bêtes.
Anne-Marie EL-HAGE
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