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Bush et Ahmadinejad : deux tigres blessés Émilie SUEUR

A priori, tout les sépare. Le premier, George W. Bush, est né en 1946 dans le Connecticut et a grandi au Texas. Il est issu d’une grande famille dont le pedigree est assuré aussi bien sur le plan politique que sur celui des affaires. Au niveau académique, Bush se décrit lui-même comme un étudiant moyen, et sur le plan militaire, il a essuyé une vague de critiques pour avoir échappé à la guerre du Vietnam. Le second, Mahmoud Ahmadinejad, est né sept ans plus tard dans la banlieue de Téhéran, et a grandi dans la capitale iranienne. Son père est forgeron. En 1987, il décroche un doctorat en ingénierie et planification des transports. Parallèlement, il s’engage activement dans la guerre contre l’Irak, d’abord comme combattant, puis en tant qu’officier des gardes révolutionnaires et enfin comme ingénieur militaire. Malgré leurs origines culturelles et sociales différentes, les deux hommes se retrouvent pourtant sur différents points. En matière de religion, l’engagement d’Ahmadinejad pour l’islam politique rejoint l’intérêt de Bush pour la philosophie chrétienne, version « born again christian ». Les deux hommes semblent entretenir, en outre, un lien étroit avec le divin. Alors que l’Iranien aurait déclaré lors d’un iftar être en relation directe avec Dieu, l’Américain appréhende le monde en terme de Bien et de Mal. Selon des déclarations du négociateur palestinien Nabil Chaath, Bush aurait même affirmé être conduit par « une mission divine ». Des propos démentis par la Maison-Blanche, mais qui ne sonneraient pas vraiment faux dans la bouche du président américain. Sur le plan de la carrière politique, les deux hommes partagent également des points communs. Outre le fait d’avoir été élus à la présidence de leurs pays, ils ont également décroché des postes de gouverneurs. Aujourd’hui, politiquement, Bush et Ahmadinejad sont également tous deux sur la défensive dans leur propre pays. Le président iranien est en effet en butte à des critiques ouvertes et dures au sein de la République islamique. De nombreux analystes, responsables ou intellectuels iraniens, condamnent la rhétorique outrancière de leur président, notamment en matière de nucléaire. Selon eux, les envolées lyriques d’Ahmadinejad, comme la métaphore « du train sans frein ou marche arrière » utilisée pour parler du nucléaire iranien, desservent la cause iranienne. « Cette rhétorique ne convient pas à un président et n’a pas de place dans les cercles diplomatiques », déclare ainsi Mohammad Atrianfar, un analyste politique proche de l’ancien président Hashémi Rafsandjani, cité par le Guardian. Les conservateurs sont également montés au créneau, puisque l’on pouvait lire récemment, selon le Guardian, dans le journal Resalat, qui soutient pourtant, généralement, Ahmadinejad : « Ni la faiblesse, ni l’inexpérience, ni la rhétorique agressive superflue ne sont acceptables dans notre politique étrangère. » Au niveau des urnes, ce mécontentement s’est traduit, en décembre dernier, par la défaite des alliés du président aux élections municipales, aussi bien à Téhéran qu’en province, ainsi qu’aux élections pour l’Assemblée des experts. Un sérieux revers puisque le scrutin était considéré comme un test de popularité. Côté américain, le tableau n’est pas beaucoup plus rose pour le pouvoir, qui paie le prix du chaos irakien. Après la défaite des républicains aux élections de mi-mandat, le président Bush, en chute libre dans les sondages d’opinion, doit notamment faire face à l’opposition des démocrates, majoritaires au Congrès, à sa stratégie sur l’Irak. Sur la scène internationale, les déclarations bellicistes des États-Unis sur le dossier iranien passent en outre beaucoup moins bien qu’en 2003, à la veille de l’invasion de l’Irak. Aujourd’hui, l’affaiblissement des deux hommes pourrait avoir des conséquences opposées. Face à la montée des critiques, ils pourraient être tentés de revoir leurs options, et de jouer la modération. Ils pourraient également choisir la fuite en avant. La semaine dernière, Hashémi Rafsandjani mettait en garde contre « le tigre blessé américain ». Un avertissement qui pourrait également s’appliquer, en miroir, côté iranien.
A priori, tout les sépare. Le premier, George W. Bush, est né en 1946 dans le Connecticut et a grandi au Texas. Il est issu d’une grande famille dont le pedigree est assuré aussi bien sur le plan politique que sur celui des affaires. Au niveau académique, Bush se décrit lui-même comme un étudiant moyen, et sur le plan militaire, il a essuyé une vague de critiques pour avoir échappé à la guerre du Vietnam.
Le second, Mahmoud Ahmadinejad, est né sept ans plus tard dans la banlieue de Téhéran, et a grandi dans la capitale iranienne. Son père est forgeron. En 1987, il décroche un doctorat en ingénierie et planification des transports. Parallèlement, il s’engage activement dans la guerre contre l’Irak, d’abord comme combattant, puis en tant qu’officier des gardes révolutionnaires et enfin comme ingénieur...