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Actualités - Opinion

Pour l’opposition, il ne reste qu’une cartouche à tirer

La discipline, dit l’adage, est la reine des armées. Partant, l’indiscipline peut être présentée comme l’impératrice de la politique. Et il arrive qu’on passe de l’une à l’autre. Ainsi, le président Émile Lahoud s’affiche-t-il aujourd’hui comme le pionnier, le fer de lance de l’insubordination dont les prosyriens brandissent la menace. En confirmant son intention de désobéir non pas seulement aux lois ordinaires, comme les fonctionnaires du même nom pourraient y être invités, mais aussi à la Constitution elle-même. Il annonce en effet qu’il ne compte pas quitter Baabda à l’expiration de son mandat prorogé, pour ne pas céder les rênes au gouvernement Siniora. Mais ces coups d’éclat, ou de force, et les vitupérations de certains, masquent mal le fait que l’opposition n’a plus en pratique qu’une seule cartouche à tirer. Après le fiasco de ses salves successives appelées sit-in des tentes (trois mois sans effet), grève générale, routes coupées, violences de rue, il ne lui reste plus en effet que cet appel à la désobéissance civile dont elle parle tant. Sans se résoudre à le lancer. Une attente motivée par les raisons suivantes : – Laisser leur chance, sans les entraver par une escalade, aux efforts de conciliation en cours, afin de ne pas se voir reprocher de les avoir fait capoter. – Ne pas prendre le risque d’un effritement des rangs antigouvernementaux. C’est-à-dire s’assurer que toutes les composantes de ce camp sont bien d’accord pour recourir à la désobéissance civile, avant que d’en lancer l’ordre. Il se répète en effet que nombre de députés du bloc aouniste du changement et de la réforme s’opposent à une telle mesure, dirigée à leurs yeux non pas contre le gouvernement, mais contre l’État en tant que tel, ce qui n’est jamais admissible. Ils ajoutent que si les institutions publiques devaient s’effondrer, l’économie et les finances suivraient à coup sûr. D’autres pôles se disent réservés et voudraient connaître plus en détail les effets de l’initiative envisagée avant de l’adopter. Mais il y a, bien sûr, des radicaux qui veulent foncer, coûte que coûte. – Un autre point de discussion au sein de l’opposition : faut-il appeler à une désobéissance civile générale, complète, dès le premier jour, ou procéder par paliers et par secteurs ? C’est-à-dire, par exemple, doit-on ou non y inclure les militaires ? – Comment réagir si les autorités ripostent en prévenant les fonctionnaires que leurs salaires seraient retenus, leurs téléphones coupés et leurs impôts accumulés, pour qu’ils aient plus tard à débourser une lourde facture ? À propos du fisc, c’était ce qui s’était passé à la suite de la guerre de 1975, quand la perception des taxes avait dû être interrompue. – Pour ne pas aller droit dans le mur, et subir de nouveau un lamentable fiasco, il faut d’abord, relèvent des opposants, tenter de savoir dans quelle proportion un appel à la désobéissance civile serait suivi. Et de savoir si elle serait suffisante pour paralyser les administrations. En tenant compte du fait que les cadres de ces services dégagent un excédent de personnel qui pourrait compenser l’inactivité des rebelles. – Faut-il englober les établissements publics d’enseignement, et priver les élèves de leur année scolaire ? Faut-il, de même, étendre l’ordre aux institutions de la santé publique, aux médicaments délivrés par l’État pour les cas médicaux difficiles, aux dispensaires et aux hôpitaux gouvernementaux ? Et que doit-il en être des services de première nécessité comme l’électricité, l’eau, le téléphone ou les travaux publics ? – L’opposition peut-elle assumer la responsabilité non seulement de paralyser l’État et le pays, mais également de diviser dangereusement les institutions, en portant à son comble le risque d’affrontements à caractère confessionnel. En exposant le Liban à un danger de dislocation, de morcellement. Sans parler de l’implantation des Palestiniens, que tout le monde refuse et que rien ne pourrait plus empêcher. Réflexion Ces raisons, et d’autres, portent l’opposition à bien étudier le dossier avant d’agir. En pesant bien la gravité d’une décision de désobéissance civile et les conséquences qu’elle peut entraîner. Cela pour éviter le saut dans l’inconnu, l’aventurisme pouvant déboucher sur un désastre pour tous les Libanais. Les chefs religieux, faut-il le rappeler, lancent à ce propos autant de mises en garde que les organismes économiques ou les ministres et députés. La question est donc de savoir si l’opposition reste résolue à une escalade en ne tenant pas plus compte, finalement, du sort du pays que de l’État. Et en foulant aux pieds la loi et les fondements de l’ordre public, afin de prendre le pouvoir. Le sit-in des tentes dans le centre-ville n’a pas fait chuter le gouvernement, mais réduit à la fermeture les restaurants, les cafés, les établissements divers dont les gestionnaires ont subi des pertes considérables. La grève, les routes coupées, les violences n’ont eu, non plus, aucun effet sur le gouvernement. Il est à craindre que la désobéissance civile, si elle venait à être ordonnée, n’ait pour double résultat désastreux que d’exposer l’État, serviteur de la nation, à l’effondrement. Et d’attiser les risques pesant sur la stabilité intérieure, pour ne pas dire sur la paix civile. Un ministre souligne dans ce cadre que les forces s’équilibrant à peu près, aucune partie ne peut décrocher la palme, imposer sa seule volonté, en recourant à la rue. Il rappelle que la grève, par exemple, n’a été suivie que par la moitié des Libanais. Et qu’il en va de même pour les manifestations de masse. Ce qui permet de déduire que l’ordre de désobéissance civile ne devrait affecter que la moitié des fonctionnaires. Pour ce ministre, il est donc clair qu’aucun camp ne doit tenter de passer en force. Car cela serait la destruction, comme ce fut le cas à partir de 1975 et jusqu’à ce que les protagonistes se décident à dialoguer, à travers la réunion de Taëf. Il est donc nécessaire, à son avis, de respecter encore une fois la règle de ni vainqueur ni vaincu. Et de récuser tout extrémisme. Émile KHOURY
La discipline, dit l’adage, est la reine des armées. Partant, l’indiscipline peut être présentée comme l’impératrice de la politique. Et il arrive qu’on passe de l’une à l’autre. Ainsi, le président Émile Lahoud s’affiche-t-il aujourd’hui comme le pionnier, le fer de lance de l’insubordination dont les prosyriens brandissent la menace. En confirmant son intention de désobéir non pas seulement aux lois ordinaires, comme les fonctionnaires du même nom pourraient y être invités, mais aussi à la Constitution elle-même. Il annonce en effet qu’il ne compte pas quitter Baabda à l’expiration de son mandat prorogé, pour ne pas céder les rênes au gouvernement Siniora.
Mais ces coups d’éclat, ou de force, et les vitupérations de certains, masquent mal le fait que l’opposition n’a plus en pratique...