«C’est un complot contre Beyrouth et l’œuvre de Rafic Hariri. » Jamal Baghdadi, vendeur d’artisanat, déverse sa colère contre l’opposition menée par le Hezbollah, dont le sit-in permanent a fait en trois mois du cœur de Beyrouth un quartier-fantôme, selon un reportage de Salim Yassine pour l’AFP.
Sa minuscule boutique est située place de l’Étoile, face aux colonnes de l’antique Berytus, cité des lois de la Rome impériale. « Je tiens cette échoppe de mon père qui l’a héritée de son père. La famille l’a ouverte en 1926 sous le mandat français. Elle a résisté aux bombardements de la guerre civile (1975-90) et maintenant de vils politiciens veulent me forcer à plier bagage », s’emporte ce vieux Beyrouthin.
Aujourd’hui, Solidere, avec ses 500 boutiques de luxe et ses 120 restaurants et cafés, est coupée en deux. Le quart de sa superficie est occupé par l’opposition qui y maintient un vaste campement pour faire pression sur le gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora. Le reste n’est plus qu’une succession d’avenues et de rues quasi désertes, où les magasins encore ouverts ont accroché sur leur devanture des affiches qui résument la situation : « Liquidation totale », « Soldes : 70 % de réduction ». Dans la rue Maarad, bordée d’arcades, ce n’est qu’enfilade de tables de café vides.
« Nos commandes se comptaient par centaines. Elles sont tombées à une vingtaine par jour », affirme Hussein Moukashmar, serveur au Starbucks Café. Étudiant en hôtellerie, il compte financer ses études avec son salaire. « Si je suis licencié, c’en est fini de mon avenir », s’inquiète-t-il. Quelque 70 établissements ont déjà fermé leurs portes jetant à la rue environ 400 employés, selon le président du syndicat des restaurateurs, Paul Ariss.
Un peu plus bas, sous l’imposante bâtisse de la municipalité de Beyrouth construite au dix-neuvième siècle, Diana Batergi se morfond dans sa boutique de vêtements pour enfants : « Nous sommes au bout du rouleau. Mon chiffre d’affaires est tombé à 5 % par rapport à l’an dernier et je dois malgré tout honorer un loyer qui se chiffre à mille dollars le mètre carré, affirme-t-elle. Nous devrions jeter des pierres aux politiciens de tous bords. Je souhaite que le feu du ciel se déverse sur eux et leurs enfants », s’égosille-t-elle.
Patrick Khoury, partisan du Courant patriotique libre (CPL), tente en vain de raisonner les commerçants en colère. « Nous n’avons rien contre vous. Nous faisons pression sur ce gouvernement de corrompus. Patientez encore un peu. Si nous l’emportons, tout le monde sera gagnant », leur affirme-t-il.
Indifférent à la polémique, un vieux marchand ambulant à la bouche édentée passe en agitant, par la force de l’habitude, des dépliants touristiques pour attirer d’invisibles touristes. Il crie d’une voix nasillarde qui semble sortir d’outre-tombe et qui résonne dans les rues vides comme une prémonition : « Souvenirs de Beyrouth, souvenirs du Liban d’antan. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «C’est un complot contre Beyrouth et l’œuvre de Rafic Hariri. » Jamal Baghdadi, vendeur d’artisanat, déverse sa colère contre l’opposition menée par le Hezbollah, dont le sit-in permanent a fait en trois mois du cœur de Beyrouth un quartier-fantôme, selon un reportage de Salim Yassine pour l’AFP.
Sa minuscule boutique est située place de l’Étoile, face aux colonnes de l’antique Berytus, cité des lois de la Rome impériale. « Je tiens cette échoppe de mon père qui l’a héritée de son père. La famille l’a ouverte en 1926 sous le mandat français. Elle a résisté aux bombardements de la guerre civile (1975-90) et maintenant de vils politiciens veulent me forcer à plier bagage », s’emporte ce vieux Beyrouthin.
Aujourd’hui, Solidere, avec ses 500 boutiques de luxe et ses 120 restaurants et cafés,...