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JAPON Resserrement monétaire risqué dans un pays au seuil de la déflation

La décision de la Banque du Japon (BoJ) de relever ses taux d’intérêt, alors que la deuxième économie mondiale est au seuil de la déflation, n’est pas sans risque, estiment les économistes, qui soupçonnent l’institut d’avoir surtout agi par velléité d’indépendance. Un mois après avoir été accusée de céder à de vives pressions du gouvernement en laissant ses taux inchangés, la BoJ a rehaussé hier le loyer de l’argent d’un quart de point à 0,50 %, excipant de la bonne santé de l’économie japonaise. Mais elle a dans le même temps concédé que l’inflation « pourrait être proche de zéro sur le court terme, principalement en raison de la chute des prix du pétrole brut », même si les prix devraient se redresser sur le moyen terme. Le relèvement des taux a été décidé à la majorité de huit voix contre une par le comité de politique monétaire. Seul le gouverneur adjoint Kazumasa Iwata, un puriste pour qui les hausses de taux doivent avoir pour seul objectif de juguler l’inflation, s’y est opposé, brisant la règle non écrite qui veut que le gouverneur et ses deux adjoints votent toujours en bloc. Relever les taux alors que la déflation menace est en effet une décision peu orthodoxe et plutôt périlleuse, relèvent de nombreux économistes. « La Banque du Japon est avant tout la gardienne de la stabilité des prix au moyen de sa politique monétaire. Elle devrait s’abstenir de tout mouvement précipité », juge Yasunari Ueno, économiste chez Mizuho Securities. « Plutôt qu’un taux d’inflation zéro, nous prévoyons que les prix chuteront d’environ 0,2 % en mars. Cela sera particulièrement problématique pour la Banque centrale », avertit Glenn Maguire, économiste à la Société générale. Certes, la BoJ s’est montrée « particulièrement courageuse » et a prouvé qu’elle n’était pas à la botte du pouvoir. Mais en contrepartie, « elle portera seule le chapeau du retour à la déflation au premier trimestre. Dans les faits, elle permet au gouvernement de s’en laver les mains », analyse M. Maguire. « La décision laisse un goût amer. Les raisons du maintien du statu quo en janvier et du mouvement de février restent obscures », souligne Takehiro Sato, économiste de Morgan Stanley. « Relever les taux peut être un problème alors que grandit le spectre d’un taux d’inflation négatif. Les politiciens vont redoubler leurs attaques » contre la Banque centrale, prédit-il. Selon M. Sato, la BoJ semble avoir fondé sa décision uniquement sur les bons chiffres de la croissance au quatrième trimestre 2006, alors qu’elle se targue de pratiquer une politique monétaire « orientée vers l’avenir », supposée être basée sur l’évolution attendue de l’économie dans les prochains mois et non sur les statistiques du trimestre précédent. « La crédibilité de la BoJ prend un nouveau coup après cette décision », tranche Richard Jerram, économiste chez Macquarie Securities. « Il n’y avait aucune raison de prendre une décision différente de celle d’il y a un mois. Ce qui tend à confirmer que la décision de maintenir les taux en janvier était bien le résultat des pressions politiques et non celui de l’analyse économique », explique-t-il. M. Jerram déplore également que les médias japonais aient une nouvelle fois annoncé, plus d’une heure avant le communiqué officiel, que le gouverneur de la BoJ Toshihiko Fukui avait proposé au comité un relèvement des taux. « Après les fuites aux médias avant la réunion de janvier, il est clair que la structure actuelle (de la BoJ) nécessite une profonde réforme », plaide-t-il.

La décision de la Banque du Japon (BoJ) de relever ses taux d’intérêt, alors que la deuxième économie mondiale est au seuil de la déflation, n’est pas sans risque, estiment les économistes, qui soupçonnent l’institut d’avoir surtout agi par velléité d’indépendance.
Un mois après avoir été accusée de céder à de vives pressions du gouvernement en laissant ses taux inchangés, la BoJ a rehaussé hier le loyer de l’argent d’un quart de point à 0,50 %, excipant de la bonne santé de l’économie japonaise.
Mais elle a dans le même temps concédé que l’inflation « pourrait être proche de zéro sur le court terme, principalement en raison de la chute des prix du pétrole brut », même si les prix devraient se redresser sur le moyen terme.
Le relèvement des taux a été décidé à la majorité de...