La détente le dispute à l’escalade. On entend, de part et d’autre, autant de propos apaisants que de vitupérations. Saad Hariri a proclamé que le 14 Mars est prêt à toute « décision courageuse », entendre toute concession. Sauf sur le tribunal qui reste, selon lui, la voie de passage obligée vers toute solution. L’opposition va-t-elle faire écho favorablement à cet appel d’ouverture ? Va-t-elle enfin faire connaître quels amendements elle souhaite au juste voir apporter au statut de l’instance à caractère international ?
Concerné au premier chef par le dossier, le ministre de la Justice, Charles Rizk, souligne que tout ordre de marche qui serait donné sur le plan politique, à partir des efforts de règlement de la crise actuellement en cours, signifierait une approbation accélérée du statut dans sa forme définitive. À son avis, cela ne nécessiterait peut-être pas plus qu’une réunion entre le président Nabih Berry et le député Saad Hariri, en consultation-coordination avec Hassan Nasrallah. Le ministre ajoute que si la décision politique préalable qu’il a mentionnée tarde à être prise, il y aurait à craindre que l’on continue à tourner en rond, dans un cercle vicieux, en ce qui concerne le tribunal.
Le traitement initial qu’il évoque se déroule, on le sait, au-dehors. Notamment entre l’Arabie saoudite, l’Iran, la Syrie et la Ligue arabe. Localement, on en attend donc les résultats, avant de se (re)mettre à table. Un attentisme que confirme implicitement le leader du Hezbollah, quand, en réponse à Hariri, il avance qu’il préfère les rencontres bilatérales aux réunions générales. Car, précise-t-il, il est encore trop tôt pour reprendre le dialogue d’ensemble, qui nécessite, selon lui, une entente préliminaire sur les principes à débattre.
En tout état de cause, les mécanismes envisagés pour le tribunal s’énumèrent comme suit :
– Une commission de magistrats et de juristes, qui devrait se prononcer dans un délai d’une semaine sur les retouches réclamées par l’opposition à la lumière des précisions que fourniraient les juges Ralph Riachi et Chucri Sader qui ont préparé avec l’ONU le texte du statut. Cependant, certains pensent qu’une telle commission serait une pure perte de temps. Une façon selon eux d’atermoyer indéfiniment. Il pourrait y avoir, disent-ils, des différends, suscitant d’interminables pourparlers, sur sa composition. Surtout si, par exemple, on devait proposer la participation de Riachi et Sader, en tant que principaux connaisseurs du dossier. Puis il risquerait de se produire des litiges entre les membres du comité, qui ne pourrait pas rendre ses conclusions. Du moins à temps.
– Les négociations seraient laissées aux bons soins de Berry et Hariri, en concertation respectivement avec Nasrallah et avec Siniora-Rizk. Ils seraient assistés, et informés, dans leur approche par les juges Riachi et Sader.
– Le troisième choix serait de charger les commissions parlementaires du travail, en présence du ministre Rizk et, toujours, avec l’apport des magistrats Riachi et Sader.
– Enfin, on confierait plutôt le dossier au premier Conseil des ministres du gouvernement, après son élargissement. Solution que la majorité écarte, car l’arrangement sur le gouvernement pourrait prendre trop de temps.
Cependant, il faut tenir compte des difficultés extérieures. Il n’y a pas que l’attitude syrienne. En effet, il n’est pas certain que le Conseil de sécurité de l’ONU veuille souscrire au réaménagement que les Libanais demanderaient. Antérieurement, des cadres des Nations unies avaient indiqué qu’il serait difficile, voire impossible, de remettre en question un arrangement qui a nécessité un traitement diplomatique de plusieurs mois, avant de pouvoir être approuvé à l’unanimité des membres du Conseil. De plus, si l’ONU est disposée à apporter des éclaircissements sur plusieurs points, sur la responsabilité des supérieurs, elle n’est pas du tout prête à admettre des retouches visant à vider le tribunal de son contenu, si l’on peut dire.
Émile KHOURY
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Concerné au premier chef par le dossier, le ministre de la Justice, Charles Rizk, souligne que tout ordre de marche qui serait donné sur le plan politique, à partir des efforts de règlement de la crise actuellement en cours, signifierait une approbation accélérée du statut dans sa forme...