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L’armée américaine peine à attirer les musulmans

L’armée américaine a besoin de soldats parlant l’arabe et connaissant l’islam, mais les musulmans ne se ruent pas dans les bras de cette institution que beaucoup jugent mal disposée à leur égard. «L’armée a le même problème que des services du gouvernement tels que le FBI », estimer Ibrahim Hooper, du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR). « Les musulmans hésitent beaucoup à s’engager parce qu’ils pensent qu’on a des préjugés contre eux et que leurs perspectives de carrière sont limitées. » Selon les chiffres du Pentagone, il y a dans l’armée américaine, qui compte 1,4 million d’hommes, davantage de juifs et de bouddhistes que de musulmans. La majorité des effectifs sont de confession chrétienne. Dans le corps des marines, il y a à peine plus de musulmans que de « wiccans », qui pratiquent la sorcellerie. Dans l’armée de l’air, les « wiccans » sont deux fois plus nombreux que les musulmans. Le Pentagone recense dans ses rangs 3 386 musulmans en service actif, contre 1,22 million de chrétiens de cultes différents. Ces chiffres se basent sur les dossiers des soldats où ces derniers peuvent remplir une case « religion ». Des militaires musulmans affirment qu’ils sont en réalité plus nombreux, peut-être 10 000. La plupart d’entre eux sont afro-américains. En tout cas, le manque d’officiers et de soldats parlant l’arabe et connaissant la culture islamique est frappant dans l’armée américaine, et revient beaucoup dans les conversations des militaires rentrant de missions en Irak. Aucune campagne de recrutement ne vise spécifiquement les communautés arabo-musulmanes aux États-Unis, mais le Pentagone tente de prouver que l’armée ne confond pas islam et terrorisme et de faire en sorte que les musulmans américains puissent à la fois servir leur Dieu et leur pays. Concrètement, en juillet dernier, le corps des marines a ouvert un nouveau lieu de prière musulman sur sa base de Quantico. Un mois plus tard, l’académie de l’armée de l’air a nommé son premier aumônier musulman. En septembre, l’académie militaire de West Point, vénérable institution, a inauguré sa première salle de prières destinée aux musulmans. Les réactions suscitées par l’initiative de West Point montrent bien que le climat de suspicion à l’égard des musulmans créé par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis ne s’est pas dissipé. « L’armée américaine est très préoccupée par une éventuelle infiltration par des islamistes. Néanmoins, l’armée de terre, faisant preuve d’une tolérance aveugle, vient de faciliter ce processus en inaugurant une nouvelle mosquée à West Point », pouvait-on lire dans un éditorial du quotidien économique conservateur Investor’s Business Daily. « Construire des mosquées sur nos bases militaires et au sein de nos académies fournit un support à la construction d’une cinquième colonne au sein de notre armée. » Des compétences qui manquent à l’armée Donnant des munitions aux tenants de la théorie du complot musulman – très actifs sur Internet après le 11 Septembre – un sergent de l’armée de terre converti à l’islam, Hasan Akbar, a jeté des grenades dans les tentes de soldats endormis sur une base au Koweït en 2003, avant d’ouvrir le feu sur ceux qui tentaient de s’échapper. Bilan : deux officiers tués et 14 soldats blessés. Les avocats militaires qui ont défendu Akbar ont imputé son geste à un coup de folie résultant des moqueries incessantes dont il faisait l’objet en tant que musulman. Akbar a été condamné à mort et attend son exécution. Dans une enquête Gallup réalisée au moment de l’ouverture de la salle de prières à West Point, un tiers des sondés ont déclaré penser que les musulmans vivant aux États-Unis soutenaient el-Qaëda, réseau à l’origine du 11 Septembre. « C’est un gros problème », juge Hossam Ahmad, un colonel de réserve de l’armée de l’air, à la retraite, qui dirige les prières pour le petit groupe de musulmans se réunissant le vendredi dans une salle du Pentagone. « Personne n’avait jamais remis en question ma loyauté avant le 11 Septembre. Après, oui. » Ahmad, né aux États-Unis de parents égyptiens, assure toutefois n’avoir jamais ressenti d’effet négatif de sa religion sur sa carrière. Selon certaines estimations, l’islam est la religion connaissant la plus forte croissance aux États-Unis, sous l’effet combiné des conversions et de l’immigration. « Il y a un bon réservoir de compétence », reconnaît un officier impliqué dans les opérations de recrutement. « Des gens qui parlent des langues étrangères, des gens qui connaissent la culture. Mais nous n’avons pas encore trouvé le moyen d’y puiser des recrues. » Bernd DEBUSMANN (Reuters)

L’armée américaine a besoin de soldats parlant l’arabe et connaissant l’islam, mais les musulmans ne se ruent pas dans les bras de cette institution que beaucoup jugent mal disposée à leur égard.

«L’armée a le même problème que des services du gouvernement tels que le FBI », estimer Ibrahim Hooper, du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR). « Les musulmans hésitent beaucoup à s’engager parce qu’ils pensent qu’on a des préjugés contre eux et que leurs perspectives de carrière sont limitées. » Selon les chiffres du Pentagone, il y a dans l’armée américaine, qui compte 1,4 million d’hommes, davantage de juifs et de bouddhistes que de musulmans. La majorité des effectifs sont de confession chrétienne. Dans le corps des marines, il y a à peine plus de musulmans que de « wiccans »,...