Les évêques maronites se réunissent demain mercredi, sous la houlette du patriarche Sfeir, pour publier leur manifeste traditionnel portant sur les problèmes de l’heure, tant sous l’angle national que communautaire. On sait, à ce propos, que la hiérarchie développe une initiative de rapprochement entre leaders rivaux, invités, dans un premier temps, à signer un pacte d’honneur de retenue et d’apaisement. Le général Michel Aoun et M. Sleimane Frangié s’y sont pliés, ensemble. Il reste à savoir si les intéressés des deux bords vont poursuivre le trajet menant sinon à une réunification des rangs du moins à un accord sur la définition de l’objectif national à atteindre. Autrement dit, à un ralliement effectif et non plus uniquement verbal, aux constantes libanaises énoncées, défendues, et répétées depuis tant d’années par le patriarcat.
Il est évident, relèvent nombre d’observateurs, qu’il faut tout d’abord prendre garde à ne pas réduire le pacte d’honneur à l’état de simple chiffon de papier. Il est d’autant plus nécessaire de lui donner corps, de cesser donc vraiment de polémiquer, que l’esprit d’indépendance, dont tous se réclament, commence d’abord par là. Autrement dit, que les divergences de vues, les dissensions, les tiraillements, les rivalités ne doivent plus s’articuler ou s’aligner, de part et d’autre, sur la lutte des axes extérieurs opposant les Américains aux Syro-Iraniens.
À l’origine, la bannière de l’indépendance, brandie le 14 mars 2005, avait rassemblé les forces militant depuis des années pour le retrait syrien, dont Kornet Chehwane ou le CPL. Ainsi que des fractions qui, après l’assassinat du président Hariri, avaient ouvert les yeux et quitté la ligne prosyrienne qu’elles suivaient jusque-là. Ces éléments conjugués avaient gagné les élections, obtenu une majorité parlementaire et ministérielle. Mais non sans équivoque ou séparation. Car les alliances électorales, mélangées, distinctes, avaient mis en opposition les tenants de la ligne indépendantiste initiale. Paradoxalement, en passant des accords avec les têtes de lance du camp prosyrien, nommément avec le Hezbollah et Amal, et en lâchant les aounistes, le groupe mené par les haririens avait pratiquement jeté ces derniers dans les bras du 8 Mars. Ce qui débouchait pratiquement sur une jonction objective avec l’axe syro-iranien, bien que les aounistes s’en défendent toujours, en soutenant qu’ils restent fermement indépendantistes. C’est en tout cas complexe, embrouillé. Sauf qu’il y a d’un côté les loyalistes et de l’autre les opposants. Et on sait bien qui appartient à tel ou tel camp, qui s’en réclame ou non.
Forcing
Ainsi, avant même la guerre de juillet dont le Hezbollah se proclame victorieux, les aounistes ont signé un document d’entente avec ce parti, qui de fait tient le haut du pavé au sein du front opposant. Une coalition qui a reçu manifestement des directives pour renverser la table et les rapports de force, afin de décrocher la majorité et de transformer du même coup le 14 Mars en minorité à la Chambre, via des législatives anticipées, et du même coup au sein de l’Exécutif, présidences de la République et du Conseil confondues. Une campagne que le président syrien Bachar el-Assad a lancée en personne, en qualifiant la majorité libanaise actuelle d’illusoire-provisoire, allant jusqu’à l’accuser de collusion avec Washington, voire avec l’ennemi israélien. Un refrain repris, avec quelques variations, par tous les piliers de l’opposition.
Bref, tout a été fait, se trouve fait ou sera fait, en vue d’évincer le gouvernement Siniora. La démission des ministres chiites et d’un ministre lahoudiste n’y a pas plus suffi que le sit-in de deux mois, la grève générale du mardi, l’embrigadement de la CGTL, les routes coupées ou les incidents violents de deux journées noires. Et encore moins l’assertion de MM. Émile Lahoud et Nabih Berry que le gouvernement n’est plus valide, légal et légitime. Car la Constitution est claire : pour que le cabinet soit gommé des tablettes, il faut que le tiers plus un de ses membres ait démissionné. Ce qui n’est pas le cas. L’équipe Siniora continue donc d’être reconnue sur le plan international ou arabe. Et avec quel éclat, quel réconfort, comme en témoigne Paris III.
Cependant, la crise, néfaste, lourde de menaces, persiste en présentant pour le moment un caractère d’impasse. Pour en sortir, et pour la sortir de la rue, le gouvernement et les loyalistes demandent que l’on replace le débat entre les mains des institutions constitutionnelles, site naturel pour discuter des différends et les régler. Mais en face, on souhaite garder la possibilité d’utiliser de nouveau la rue comme moyen de pression en laissant entendre que pour le moment on laisse les choses en suspens en attendant de voir ce que les initiatives extérieures, notamment arabes, vont donner, l’Iran semblant désireux de jouer l’apaisement ou de parvenir à un arrangement.
C’est en partie de ce tableau d’ensemble que devrait dépendre l’évolution au sein de la collectivité chrétienne. Il faut espérer qu’elle aille, avec le concours et le secours des évêques, dans le bon sens. Vers la détente et le rapprochement, sinon vers l’unité des rangs, entre les leaders concernés.
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