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Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Les affrontements de jeudi, un simple test ou les prémices d’un embrasement ?

Si la journée de jeudi a montré une chose, c’est bien que tous les Libanais sont logés à la même enseigne. Après la grève de mardi, qui avait dérapé dans les zones chrétiennes, ravivant dans les esprits des images que tous préféraient oublier, les scènes d’affrontements et d’insurrection dans les rues de Beyrouth-Ouest (pour reprendre une terminologie que l’on croyait effacée à jamais) ont montré que la discorde confessionnelle entre sunnites et chiites n’est plus une vague menace, mais un risque bel et bien réel. En quelques minutes, un incident entre étudiants a dégénéré en combats de rue. Les affrontements ont duré plusieurs heures et même les unités de l’armée n’ont pas pu rétablir l’ordre rapidement, entamant des contacts avec toutes les parties pour pouvoir décréter un couvre-feu pendant la nuit. Hier, le calme est revenu, mais de l’avis de toutes les parties, il s’agit d’une pause-bilan, non des prémices d’une solution. Depuis la journée de grève de mardi, les réunions d’évaluation sont d’ailleurs ininterrompues. Du côté du Hezbollah, on considère que ce qui s’est passé jeudi est la continuation des incidents de mardi. Selon ce parti, la majorité voulait montrer que « les foyers de troubles sont partout au Liban » et elle voulait surtout « pousser l’opposition à dévier de son action de protestation pacifique ». Les sources proches de la formation chiite affirment que la majorité a été « choquée par les résultats de la grève de mardi, notamment dans les régions à majorité sunnite ». Le gouvernement aurait même, selon ces sources, « adressé un appel au secours à l’Arabie saoudite, qui serait aussitôt entrée en contact avec le président de la Chambre, Nabih Berry, pour lui demander de calmer le jeu », l’informant dans ce cadre de la visite de l’émir Bandar ben Sultan à Téhéran. Les sources proches du Hezbollah estiment que « certaines parties locales et internationales dans l’orbite des forces du 14 Mars n’étaient pas favorables à ce rapprochement saoudo-iranien et ont fomenté un plan pour saboter tout accord entre ces deux pays sur la situation au Liban, qui doit forcément passer par des concessions de la part de la majorité ». Les mêmes sources précisent que « les incidents de jeudi étaient donc préparés, et le bâtiment de l’Université arabe de Beyrouth a été sciemment choisi car cette université regroupe de nombreux étudiants proches d’Amal et du Hezbollah et elle est située à proximité des régions à dominante sunnite, comme Tarik Jdidé ». Les sources proches du Hezbollah racontent que « les étudiants chiites ont été victimes d’un véritable guet-apens, mais les partisans des forces du 14 Mars auraient été surpris par leur résistance et par l’arrivée rapide de renforts venus de la banlieue sud ». Et pour montrer que les partisans d’Amal et du Hezbollah n’étaient pas les agresseurs, les mêmes sources rappellent que les trois victimes appartenaient à l’opposition, ainsi qu’un grand nombre de blessés. Elles ajoutent que les étudiantes chiites ont été agressées dans l’enceinte de l’université, avant d’être emmenées vers des lieux sûrs dans des camions. Mais chacune d’elles a pu contacter un frère, un père ou un ami qui ont aussitôt rappliqué sur les lieux. Les sources proches du Hezbollah estiment que ce test a dû être concluant pour les forces du 14 Mars : d’abord, les affrontements se sont déroulés dans les régions sous leur contrôle et ce sont leurs quartiers qui ont subi des dommages matériels. Ensuite, toujours selon les mêmes sources, le Hezbollah et Amal se sont certes défendus, mais « ils ont évité le piège de laisser s’étendre la discorde confessionnelle, tout comme ils ont tenu bon, refusant de céder à la demande insistante d’arrêter le sit-in au centre-ville, en contrepartie de la cessation des affrontements ». Les sources proches du Hezbollah estiment que les journées de mardi et de jeudi ont montré que « l’opposition est solidaire et unie et qu’elle est efficace sur le terrain, puisqu’elle est en mesure d’agir sur l’ensemble du territoire, tout en sachant s’arrêter à temps ». Elle a aussi montré « le refus de l’opposition de se laisser entraîner dans une guerre confessionnelle, en dépit des provocations ». Toutefois, de l’avis de tous, l’alerte a été chaude et l’arme de la discorde confessionnelle est à double tranchant. En tout cas, elle peut faire mal à toutes les parties. Dans ce contexte complexe, la question cruciale est la suivante : les affrontements de jeudi étaient-ils un simple test, une tentative de montrer qui contrôle la rue sunnite, comme le disent les sources proches du Hezbollah, ou bien étaient-ils les prémices d’un embrasement généralisé visant à neutraliser l’armée, pour faciliter le chaos ? À ce stade, nul n’a de réponse claire. Les prochains jours devraient permettre de clarifier la portée de ces journées mouvementées qui ont failli replonger le Liban dans la tragédie. Scarlett HADDAD

Si la journée de jeudi a montré une chose, c’est bien que tous les Libanais sont logés à la même enseigne. Après la grève de mardi, qui avait dérapé dans les zones chrétiennes, ravivant dans les esprits des images que tous préféraient oublier, les scènes d’affrontements et d’insurrection dans les rues de Beyrouth-Ouest (pour reprendre une terminologie que l’on croyait effacée à jamais) ont montré que la discorde confessionnelle entre sunnites et chiites n’est plus une vague menace, mais un risque bel et bien réel.
En quelques minutes, un incident entre étudiants a dégénéré en combats de rue. Les affrontements ont duré plusieurs heures et même les unités de l’armée n’ont pas pu rétablir l’ordre rapidement, entamant des contacts avec toutes les parties pour pouvoir décréter un couvre-feu...