La dictature de la mauvaise foi
Qu’on ne s’étonne pas que les Libanais aujourd’hui soient sans voix.
La mauvaise foi, ça écœure… Pas de dialogue possible. Au contraire, elle n’invite que la violence. Heureusement, nous avons appris à garder notre
sang-froid.
La journée de mardi, cette soi-disant « expression populaire, démocratique et pacifique » aura été par excellence l’exercice de la mauvaise foi érigée en dictature politique. « J’ai le droit de faire la grève… Je vais vous prouver que je ne suis pas seul… Toi, reste chez toi ou gare à toi... » Pour joindre le geste à la parole, les routes sont prises d’assaut par des voyous-lanceurs-de cailloux et des pollueurs-brûleurs-de-pneus. La fête quoi !
La majorité est d’autant plus silencieuse qu’elle est révoltée. Par le retour de méthodes qu’on croyait révolues et par ce qu’on fait subir au pays avec le monde entier à son chevet. La honte quoi.
Petite question à ces leaders bien inspirés :
– Si cette grève devait être aussi innocente que vous le prônez, pourquoi n’y avait-il pas une femme dans les rues ?
Ne dites rien, j’ai compris. La peur et la mauvaise foi.
Et vous dites que c’est les autres qui brandissent l’épouvantail…
Moi je vous dis : menteurs !
Gaby BUSTROS
Démocratie, dites-vous ?
Mardi matin, le 23/01/07, mon dernier jour d’examen à la faculté. À mon réveil, j’ai senti l’odeur des pneus de voitures brûlés ; odeur qui me disait que les rues entourant mon quartier étaient fermées.
En effet, l’opposition impose une grève à ceux qui la soutiennent ainsi qu’à ceux qui, simplement, s’opposent à elle, faisant ainsi de celui (ou celle) qui a osé imaginer sortir de sa maison ce mardi matin une proie idéale poursuivie par des bandes irritées. On les entend parler de manifestations pacifiques alors qu’ils brûlent des pneus et coupent les rues principales du pays !
« La grève est une expression de démocratie », les entend-on dire. Où est la démocratie dans leurs actions ? Démocratie, alors qu’on impose une grève à celui (ou celle) qui essaie d’exprimer son opinion démocratiquement !?
Je ne soutiens ni l’opposition ni ses actions. Malgré cela, j’ai été obligée de rester cloîtrée chez moi. « On » m’a interdit de gagner mon université pour présenter mon dernier examen, et cela pour me transformer, dans leurs calculs, un nombre de plus qui a « choisi » la grève, réclamant ainsi la démission du gouvernement « illégitime »...
Nisrine Ibrahim CHAMSEDDINE
Un appel aux leaders
Chaos, anarchie, désordre, affrontements dans les rues, agressivité meurtrière ; telle est la situation actuelle au Liban. Le pays est devenu des pièces de puzzle éparpillées qu’il s’avère difficile de regrouper. Généralement, les leaders d’un pays démocratique s’entraident à créer la prospérité. Au Liban, on suit aveuglément nos leaders selon notre confession, ce qui nous mène à la déchéance. Le Liban n’est plus une unité ; il est plusieurs entités, des pions ballottés au gré des humeurs des leaders. Le pays est désormais divisé en deux camps. Chacun veut s’agripper au pouvoir par tous les moyens possibles, chacun menace l’autre et veut lui imposer ses propres idées. Ils veulent le dialogue, prétendent-ils, alors que cette notion n’existe pas dans leur esprit.
À ces leaders, je m’adresse du fond de mon cœur déchiré de voir la ruine de mon pays, de le voir se vider de ses jeunes. Je vous demande de songer au bien du pays et non de vos intérêts.
Lama BADRAN
Amère et déçue
J’ai passé la plus grande partie de ma vie à l’étranger et, de mon propre gré, je suis rentrée il y a quelques années au Liban, parce que j’aime ce pays. Politiquement, j’avoue que je ne suis pas très impliquée, mais je reste informée et je suis modérée dans mes idées et dans l’expression de celles-ci. Je ne vous cache pas, mon général, qu’en temps normal, je souscris à vos idées que je considère souvent éclairées. Aujourd’hui, je suis une citoyenne non seulement désenchantée, mais perturbée, surtout après les événements qui ont eu lieu mardi. C’est amer, mais je ne suis plus sûre de m’identifier à vous, mon général. Face aux manifestations du 23 janvier, j’étais déçue, non parce que je suis en désaccord avec les préceptes sur lesquelles elles sont fondées, mais parce que leur forme était grossière et frôlait la barbarie. Le déroulement de ces manifestations était loin de la sagesse que je vous attribuais.
Je ne remets pas en cause la raison de ces manifestations, mais souvent l’erreur est commise dans la forme et non pas dans le fond. À mon humble avis, ce n’est pas en en recourant à des actes démesurés que l’on réussira à atteindre nos objectifs. Ce n’est pas en créant une simili-révolution qu’une vraie révolution aura lieu. N’a-t-on rien appris du passé de ce pays ? N’a-t-on pas appris que la politique est un enjeu (et plutôt jeu) où les risques sont toujours plus élevés que les gains et où seule la patience est reine ?
Je vous écris parce que je garde encore un peu d’espoir et parce que je n’ai pas complètement perdu espoir que l’on puisse encore corriger le mal qui a été fait hier et tout le mal du passé.
J’espère que je n’ai pas commis une erreur en rentrant au Liban il y a quelques années et que vous puissiez me rassurer de mon choix. Mon général, je ne veux pas devenir une simple statistique dans le bilan des immigrés de mon cher pays ?
Katia ABOURIZK
J’en ai marre…
J’en ai marre d’être libanaise, marre d’être associée à la communauté chrétienne sur ma carte d’identité, marre d’accepter de vivre encore dans un pays régi par les lois de l’obscurantisme. Marre de me résigner à « vivoter pourvu qu’on me laisse tranquille », marre de me complaire dans l’incertitude de lendemains soumis à l’humeur paralysante des uns et des autres. Marre d’être à la merci des fauteurs de troubles, des fossoyeurs de vies, de toutes ces revendications d’appartenance qui n’ont, pour seigneur et maître, que l’attrait du pouvoir et la servitude à une idéologie venue d’ailleurs. Marre d’être citoyenne dans un pays qui n’a rien d’une nation et qui n’en connaît ni les lois ni les valeurs. Marre d’être un banal morceau de puzzle exploité dans une mosaïque de communautés dont la cohérence n’est bâtie que sur la haine de l’autre. Marre de subir cette cacophonie audiovisuelle de slogans qui verse dans une schizophrénie pathétique. Marre que nos dirigeants n’aient pas encore appris la leçon ; marre que l’histoire se prépare à se répéter et qu’on lui balise le terrain de nos propres mains. Marre pour le Liban, éternellement ballotté par les intérêts étrangers qui l’utilisent comme arène à leurs âpres combats ; marre que nous tombions dans chaque piège qui nous est tendu, marre d’être un peuple de marionnettes dont un cirque de province n’en voudrait pas. Marre de donner au monde l’image d’un quart monde. Marre que Paris III veuille encore se pencher sur un moribond pour lequel l’euthanasie reste le meilleur devenir possible. Marre de susciter paradoxalement la pitié et le dégoût d’être née libanaise ; marre que le confessionnalisme aveugle et sauvage reste la seule valeur retenue.
Marre d’avoir cru un jour que le Liban pourrait enfin devenir un État de droit. Démocrate. Laïc. Indépendant. Libre.
Marre de faire partie de la majorité silencieuse et de continuer à me taire.
Bélinda IBRAHIM
La vengeance est un plat qui se mange froid
Bravo, mon général ! Je ne peux que vous tirer mon chapeau. Vous et vos alliés vous rendez un immense service à la Syrie. Elle doit jubiler, exulter, ne pas en croire ses yeux. Elle savoure sa vengeance. Les Libanais et surtout les chrétiens (qui, un 14 Mars, l’ont chassée du pays) se retrouvent en train de se battre à coups de bâton (les insultes et disputes quotidiennes sont dépassées). La haine refait surface. Le pays est au bord de la guerre civile. Car vous êtes passé maître dans l’art de diviser pour mieux régner.
Pour un siège tant convoité, vous avez une fois de plus semé la haine et la discorde entre chrétiens. Vous nous faites revivre les horreurs des années 90, quand, je vous le rappelle, vous aviez déclaré la guerre à la Syrie que vous invitez à revenir aujourd’hui.
Vous prétendez combattre la corruption. Je suis contre la corruption et le vol. Mais il y a une célèbre phrase qui dit : « Que celui qui n’a pas péché lui jette la première pierre. » Revoyez vos accords mon général…
Vous prétendez avoir gagné le droit à la grève. Bien sûr que c’est facile de gagner par la force et la terreur. Cela nous rappelle un certain régime qui nous avait gouvernés plus de 15 ans, ce même régime qui avait battu et maltraité des jeunes qui vous défendaient justement. Ah ! Ils doivent jubiler, car la vengeance est un plat qui se mange froid, et cette vengeance, vous la leur offrez sur un plateau d’argent.
Entre-temps, c’est une maman libanaise (et je suis sûre je ne suis pas la seule), dégoûtée mais surtout révoltée d’avoir à revivre une fois de plus le spectre de la guerre et de la mort, de voir renaître la haine dans le cœur de nos jeunes. C’est tout ce que vous avez à leur apprendre, mon général ?
Eh bien heureux temps où vous étiez encore en exil. À nos yeux, vous représentiez encore ce général tant admiré et respecté.
Lamia DAROUNI
Fumée toxique
Quelqu’un pourrait-il expliquer aux voyous hilares qui ont envahi nos rues combien la fumée des pneus brûlés est toxique ? Sils veulent finir en enfer, tant pis pour eux. Mais tous les enfants naissent innocents et moins endurcis. Un tour dans les centres anticancéreux devrait être organisé pour les adultes ignares.
Nauf HAMZA
Lettre à nos aînés
Je suis une adolescente de 15 ans et je vous écris pour transmettre aux Libanais adultes ce que nous, les adolescents libanais, pensons. Comme vous le savez, les écoles sont aujourd’hui mixtes, et donc on y trouve des personnes de toute religion et opinion politique. Nous avons appris à vivre ensemble, en nous respectant mutuellement. Pour cela, notre but est d’éviter une possible guerre civile dans ce pays, qui en a connu beaucoup. Or, les grands ne nous prennent pas au sérieux, car on nous prend pour des enfants qui ne comprennent rien. Je dois admettre que nous n’avons pas beaucoup d’expérience dans la vie, mais il n’y a pas un âge précis pour vouloir sauver la patrie ?
Je voudrais dire à tout le monde que nous sommes tous Libanais et que la guerre ne sert à rien. Nous devons rester unis, abolir tous les tabous de la religion, se regarder en tant que Libanais et non en tant que musulmans, chrétiens, druzes... Car il faut admettre que la faute est celle des parents qui veulent enseigner et imposer leur point de vue à leurs enfants tout en dénaturant les faits. Vous détruisez notre avenir. Et puisque c’est notre avenir, c’est à nous de le décider.
Mariam KANDIL
Divisés
Quinze ans qu’on n’avait pas vu la rue chrétienne ou les membres d’une même famille dans deux camps différents. M. Michel Aoun, vous êtes parti sans crier gare il y a plus d’une décennie après la guerre la plus cruelle que le camp chrétien ait subie dans son histoire. Vous êtes revenu acclamé par une foule qui cherchait à trouver en vous le leader que les autres communautés avaient trouvé.
Le résultat : nous voilà divisé en « X » camps : les chrétiens du Nord (Marada), le CPL, les Forces libanaises, les pro 14 Mars.
À vouloir sans cesse donner des leçons de morale à tout le monde, vous nous avez plongés dans une journée noire, ce mardi 23 janvier 2007, une journée que l’histoire n’oubliera jamais.
Des médecins qui ne pouvaient arriver aux hôpitaux, des élèves interdits de suivre des cours, un peuple qui ne sait plus à quel saint se vouer. De la vengeance, de la cruauté, de la sauvagerie, de la barbarie, voilà ce qui nous a été offert.
Une manifestation pacifique ? Une manifestation démocratique ? Une manifestation civilisée ?
Là où vous avez avec panache réussi M. Aoun, c’est aujourd’hui entre chrétiens, à l’intérieur d’une même famille, entre collègues, là où, même entre amis, nous nous haïssons.
Toutes les raisons ou toutes les idées que vous défendiez M. Aoun, après cette sanglante journée, n’ont plus aucune valeur.
C’est avec colère que nous avons été obligés de rester dans nos maisons.
M. Aoun, ce n’était pas pour appuyer votre manifestation. Parce qu’on n’a plus envie de sang, on n’a plus envie de violence. Oui, nous voulons vivre, « Badna Niich »... tout court. Vous avez été hébergés en France et vous avez vécu décemment durant votre séjour, alors que nous on subissait l’humiliation de l’occupation syrienne...
Raymonde AYOUB
Les pollueurs
Je suis offusqué par la situation au Liban. Déjà qu’elle n’avait rien d’extraordinaire, mais avec notre fameux « mardi noir », elle va encore empirer. Avant, les « gentils gars du centre-ville » se complaisaient dans leur ardeur à pourrir le lieu avec leur présence en faisant de grandes harangues à tel ou tel leader dit charismatique. Du haut de leurs perchoirs, chacun sur sa colline, du Chouf au Kesrouan, au Nord, ils invitent à la grève tout le peuple libanais. C’est une première ! Ils ont bloqué les rues et les avenues, bloqué les accès aux entreprises, bloqué l’économie du pays, rivalisant à qui détruirait. Hier, le ciel était encore bleu ; aujourd’hui, il est noir de suie et de carbone. Ça ne leur suffisait plus de polluer le centre-ville ; ils ont étendu leur agression à tout un pays. Le nationalisme consiste-t-il à laisser les jeunes barrer les routes avec des bâtons ? Et ont prétendu que c’est ce que le peuple veut ! Et le peuple, qui le représente ? Des mercenaires, des pollueurs, des gens qui plaident l’entraide nationale des pollueurs de rue et d’air, des casseurs.
Attendons-nous au pire, car le sens du mot « civilisé » a apparemment disparu de leur dictionnaire. Autrefois, Einstein affirmait : « Les USA sont passés de la démocratie à la décadence sans passer par la civilisation. » Eh bien, chez nous, les factions destructrices ont suivi ce même parcours.... pour le peu d’esprit démocratique que leurs pères (souvent brillants diplomates et politiciens d’ailleurs) leur ont légué.
Jean-Paul MOUBARAK
L’air de la liberté
Dans un pays où le taux de pollution flirte allègrement avec les lignes rouges, où la moitié de la population souffre de problèmes respiratoires, séquelles de cet été maudit, fallait-il, messieurs de l’opposition, utiliser des moyens si peu écologiques et si peu respectueux des autres, pour manifester ? Il n’y a plus que les pays du quart monde pour brûler des pneus, asphyxier sa propre population, vouer à des maladies certaines les enfants, les vieillards et les fragilisés ! Qui payera la note ? Celui qui est dans son bunker ou celui des hauteurs de Rabieh ?
Honte à vous ! Fasse le ciel que vous payez un jour pour tout le mal que vous laissez dans votre sillage odorant et toxique.
Nayla DEBS
Avant qu’il ne soit trop tard
J’en appelle aux chiites modérés.
Organiser un sit-in illimité, occuper des places, des rues, des parkings, des propriétés privées, lancer des menaces, des insultes, appeler à la rébellion dans tout le pays, cela c’est la liberté d’expression, nous dit-on.
Au lieu d’arrêter tout cela, une fois de plus je dis : Honte à vous, messieurs !
Mais ce qui rassure, c’est de voir que le Libanais a conscience de ce qui se passe, et il en a assez d’exécuter vos ordres. Le Libanais, qu’il soit musulman ou chrétien, veut avancer dans la vie, travailler, assurer l’avenir de ses enfants et le sien, dans son pays. Il veut vivre en paix et libre, tout simplement.
Ne vous en déplaise, je suis une chiite du Sud, et je suis contre votre courant qui menace mon pays d’une république islamique à laquelle vous aspirez. J’en appelle à tous les chiites modérés : faites-vous entendre, rassemblez-vous, ne craignez rien. D’ailleurs, de quoi auriez-vous peur ? Des armes, de la Syrie et de l’Iran ?
De grâce, messieurs, c’est au nom du Liban et de la démocratie dans notre pays que vous devez agir aujourd’hui. Alors, réveillez-vous avant qu’il ne soit trop tard.
Randa CHAHINE
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