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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE Principal défi de ce mardi épouvantail : préserver la sérénité interchrétienne Ziyad MAKHOUL

On pourrait épiloguer des heures et des pages sur cette grève générale, sur cette journée épouvantail de mardi. Son inutilité et sa stérilité totales. Son timing pour le moins aberrant. Le fait qu’elle intervient à 48 heures de cet événement majeur pour le Liban qu’est Paris III – on dirait un cancéreux qui décide qu’un lifting de ses paupières est plus important qu’une chimio salvatrice. Le fait qu’elle intervient en pleine décrispation : après la visite d’une haute délégation hezbollahie en Arabie saoudite et une unanimité pour refuser de mettre la moindre goutte d’huile sur le feu sunnito-chiite, Ali Larijani, sans doute d’accord avec Ryad, qui s’en va mettre un petit hola aux velléités pyromanes de Damas ; Damas qui exhibe, avec la rencontre Abbas-Mechaal, sa bonne volonté à l’adresse de l’Union européenne, et, au-delà, des États-Unis ; l’émissaire de Jacques Chirac sur le point d’atterir à Téhéran ; l’initiative arabe (ou une autre européenne ?) pour sortir le Liban de sa crise évoquée de plus en plus et avec davantage d’insistance, peut-être une solution dans la première moitié de février, un gouvernement de six technocrates chargé de préparer des législatives anticipées après avoir pavé la voie à une présidentielle précoce, comme à l’époque Sarkis-Frangié, etc. On peut épiloguer des heures sur l’essoufflement – d’aucuns parlent de banqueroute – de l’opposition et d’absence de tout résultat excepté la paralysie des institutions étatiques ; s’arrêter sur ce qui sera pour elle un véritable test de popularité, si tant est qu’elle n’use d’aucun moyen illégal. Mais il est deux défis sur lesquels il est – et il sera – impossible de faire l’impasse ; deux défis considérables, que l’opposition se devra de relever pour ne pas sombrer dans une définitive illégalité, une irrécupérable décrédibilisation, et que le pouvoir devra relever s’il veut éviter d’offrir quelque corde que ce soit pour se faire pendre. D’abord le droit de tous de s’exprimer tel qu’ils l’entendent. C’est-à-dire d’observer la grève, s’ils le souhaitent, mais aussi, et surtout, de ne pas l’observer si tel est leur vœu. Parce qu’à l’aune des prises de positions diverses et variées de ce week-end, de l’avalanche de communiqués et d’appels dans un sens comme dans l’autre, une nouvelle et éclatante preuve – en fallait-il ? – a été donnée de la division du pays en deux. Sleimane Frangié a malheureusement et sans surprise donné le ton hier : « Les gens qui ne voudront pas suivre la grève doivent savoir qu’il leur sera pratiquement impossible de se rendre à leur travail ou de retourner chez eux. » Difficile d’être plus clair. Surtout que viennent s’ajouter des informations recueillies par L’Orient-Le Jour auprès de milieux bien informés : l’opposition entend faire en sorte que mardi soit une journée impossible pour les Libanais. Que soit par exemple déversé, vite fait bien fait vers 5 ou 6 heures du matin, de grandes quantités de sable sur les axes charnières – Mkallès, Dora, BIEL, Khaldé, etc. –, de telle sorte que le temps que l’armée enlève le tout, d’infernaux bouchons auront été créés, qui décourageront sans doute les non-grévistes. On parle aussi de vans, qui circuleront par groupes de trois ou quatre, à une vitesse d’escargot, dans le même but : paralyser les axes routiers. En contrepartie, l’armée reste intraitable et prévient qu’il est hors de question de bloquer quelque route que ce soit. La réunion sécuritaire présidée aujourd’hui par Fouad Siniora (qui tiendra dans la foulée une conférence de presse très attendue) sera donc prépondérante. Deuxième défi, tout aussi crucial sinon plus : éviter tout suicide interchrétien. Le fait est que le Hezbollah, le seul à même de mobiliser, en un claquement de doigts de Hassan Nasrallah, plusieurs centaines de milliers de personnes, est particulièrement timide dans ses appels à la grève, et se contente de n’assurer que le (très) strict minimum syndical. Idem pour Amal, à l’heure où cheikh Kabalan appelle à la modération pendant la commémoration de Achoura, qui a débuté samedi, et où le doyen de l’UL annonce qu’il sera présent à son bureau... En revanche, les pôles chrétiens de l’opposition se déchaînent : que ce soit Sleimane Frangié, naturellement, ou, bien sûr, Michel Aoun, qui n’a épargné personne durant le week-end. Leur rencontre a d’ailleurs sonné comme un pied de nez à la louable initiative des évêques. Que va-t-il se passer au Kesrouan, dans le Metn, à Zghorta surtout, sachant que les composantes chrétiennes du 14 Mars se sont mobilisées tous azimuts pour que la journée de mardi soit on ne peut plus normale, et que le patriarche Sfeir a fait part de son grand agacement à l’encontre de cette lubie, cet appel à la grève à la veille de Paris III ? Que va-t-il se passer dans les universités, où les jeunes chrétiens des deux camps seront sous haute tension ? Il est sans doute dommage, mais surtout dommageable, d’avoir à ce point ignoré, de la part des leaders chrétiens de l’opposition, ces feux encore très mal éteints, alors que Hassan Nasrallah s’est bien employé à mettre l’accent, au cours de son intervention de vendredi, sur une ligne ultrarouge : éviter tout heurt sunnito-chiite. Et le fait que le patron du Hezb veuille mettre le chrétien – et probablement le sunnite : les énormes hésitations d’Oussama Saad à Saïda ne l’empêcheront sans doute pas d’annoncer le suivi de la grève, au cours d’une conférence de presse aujourd’hui – aux premières loges, n’occulte en rien une réalité qui devient de plus en plus fashion : les divisions, les calculs radicalement différents, au sein de l’opposition. Surtout que l’ultrapragmatisme persophile de Hassan Nasrallah primera obligatoirement sur cette promesse de loyauté qu’il s’est hâté de faire à l’adresse de son partenaire chrétien, parce que, doit-il se dire, péché avoué pourra être à moitié pardonné…
On pourrait épiloguer des heures et des pages sur cette grève générale, sur cette journée épouvantail de mardi. Son inutilité et sa stérilité totales. Son timing pour le moins aberrant. Le fait qu’elle intervient à 48 heures de cet événement majeur pour le Liban qu’est Paris III – on dirait un cancéreux qui décide qu’un lifting de ses paupières est plus important qu’une chimio salvatrice. Le fait qu’elle intervient en pleine décrispation : après la visite d’une haute délégation hezbollahie en Arabie saoudite et une unanimité pour refuser de mettre la moindre goutte d’huile sur le feu sunnito-chiite, Ali Larijani, sans doute d’accord avec Ryad, qui s’en va mettre un petit hola aux velléités pyromanes de Damas ; Damas qui exhibe, avec la rencontre Abbas-Mechaal, sa bonne volonté à l’adresse de...