« Géographiquement et historiquement, le Touran s’oppose à l’Iran. L’Iran, c’est le plateau de Perse, c’est la race indo-européenne, c’est le sédentaire, le cultivateur ; c’est le civilisateur. Le Touran, ce sont les steppes de l’Asie centrale et septentrionale, c’est la race ouralo-altaïque, c’est le nomade, pasteur et guerrier ; c’est le destructeur. Iran contre Touran, c’est l’histoire éternelle de ces contrées. »
René Pinon, La liquidation de l’Empire ottoman (1919)
Les informations publiées hier par le quotidien al-Akhbar concernant le séjour de Naïm Kassem, numéro deux du Hezbollah, et Mohammad Fneich, ministre démissionnaire de l’Énergie, en Arabie saoudite ont un temps fait croire à une éventuelle possibilité de dégel entre le royaume saoudien et le Hezbollah. « Ce qui est ressorti de cette rencontre, c’est la disponibilité des deux parties à améliorer les relations, mais elle n’a pas débouché sur des résultats tangibles », a-t-on néanmoins précisé de source informée, alors qu’aucun commentaire n’a été fait côté saoudien.
Des sources proches du Bloc du futur ont immédiatement tenu à minimiser l’importance de cette visite et ont d’autre part souligné que l’initiative n’était pas venue de l’Arabie saoudite, comme cela avait été véhiculé par les médias, mais bien du Hezbollah lui-même qui cherche désormais à sauver son image et sa crédibilité auprès des pays arabes. Autre point important pour le Hezb, toujours selon des sources proches de Koraytem : essayer de contenir les tensions intermusulmanes qui semblent de plus en plus exacerbées au fur et à mesure que le sit-in se prolonge. La saison du pèlerinage à La Mecque est donc tombée à point nommé pour permettre aux deux responsables hezbollahis de se rendre en Arabie.
Du côté de Moukhtara, l’accent est mis sur le fait que le chef du Bloc du Rassemblement démocratique, Walid Joumblatt, « avait été informé de la visite de cheikh Kassem et M. Fneich ». Officiellement donc, le bloc n’a pas été surpris par les informations parues hier dans al-Akhbar et continue d’estimer d’autre part que « la balle est dans le camp du Hezbollah ».
Mais de toute façon, a souligné Walid Joumblatt à L’Orient-Le Jour, « si le Hezbollah tient à donner sa version des choses, le roi Abdallah est clair et catégorique sur la question du tribunal ».
L’attaché de presse du Hezbollah, Hassan Rahhal, s’est pour sa part refusé à tout commentaire tant sur le meeting de Djeddah que sur les motifs exacts de la visite du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Ainsi, aux côtés de l’Arabie saoudite qui a mis tout son poids dans une initiative – celle du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa – qui n’a toujours pas réussi à se concrétiser, un autre acteur se prépare désormais à jouer un rôle de poids sur le plan régional : la Turquie. Même si la visite de M. Erdogan n’a pas eu pour but de livrer aux responsables locaux une initiative en bonne et due forme, il n’empêche qu’Ankara est conscient du rôle qu’il est dorénavant susceptible de jouer au Liban et dans la région, un rôle qui serait un contrepoids à l’Iran et la Syrie. Tard en soirée, Walid Joumblatt a affirmé à L’Orient-Le Jour que la majorité souhaitait que la Turquie « joue un rôle régional et non qu’elle se contente d’être un simple médiateur, car la Syrie ne comprend que par la manière forte » (Voir par ailleurs).
Pour le député PSP, Waël Bou Faour, il est en effet de plus en plus évident, dans une perspective ultraréaliste, que « la Turquie sera amenée à compléter la médiation amorcée par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa ». Ce qui expliquerait sans doute que l’initiative du président de la Chambre, Nabih Berry, ait été, au moins temporairement, reléguée au placard, avant même d’avoir vu le jour. M. Bou Faour souligne à cet égard que le Rassemblement démocratique « n’a pas été informé de manière officielle de la teneur de l’initiative de M. Berry ».
Dans ce cadre, selon les milieux proches du Courant du futur, la visite du Premier ministre turc « fait peur à la Syrie » et constitue donc un message fort à l’adresse de Damas, mais indéniablement aussi à Téhéran. Cette mise à l’écart du rôle syrien a aussi été soulignée par le Courant patriotique libre qui met en exergue le fait que les États-Unis sont soucieux de favoriser l’influence turque dans la région.
Même si la Turquie ne pourra pas « parrainer » à elle seule une solution à la crise libanaise, il n’en reste pas moins qu’elle sera amenée à faire partie de l’équation régionale « avec l’Iran », toujours selon un responsable du CPL.
L’Iran, dont le ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, est prochainement attendu à Ryad, sera bientôt à Beyrouth, officiellement pour convier le Liban au congrès de l’OCI qui se tiendra à Téhéran. Désormais, les velléités impériales iraniennes, nostalgie de l’empire perse oblige, devront compter, à leurs dépens, avec ce qu’elles ont réveillé : un appel d’empire, celui des Ottomans et du pantouranisme.
Lélia MEZHER
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René Pinon, La liquidation de l’Empire ottoman (1919)
Les informations publiées hier par le quotidien al-Akhbar concernant le séjour de Naïm Kassem, numéro deux du Hezbollah, et Mohammad Fneich, ministre démissionnaire de l’Énergie, en Arabie saoudite ont un temps fait croire à une éventuelle possibilité de dégel entre le royaume saoudien et le Hezbollah. «...