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La Turquie dans l’UE ? Premières négociations et déjà le blocage

Quatorze mois après l’ouverture de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, les relations entre les 25 et Ankara n’ont cessé de se détériorer et le blocage des pourparlers renforce les doutes de voir un jour ce grand pays musulman rejoindre le club européen. Preuve de cette dégradation, la Commission européenne vient d’appeler à « freiner » les négociations d’adhésion avec Ankara, alors même que les discussions, prévues pour durer au moins 10 ou 15 ans, font déjà du surplace depuis plusieurs mois. Les 25 ne sont pas tenus de suivre cette recommandation. Ils sont si divisés sur la Turquie qu’il n’est pas exclu qu’ils ne sanctionnent même pas Ankara pour son refus d’accepter dans ses ports et aéroports les navires et avions de la République chypriote grecque, entrée dans l’UE en 2004 mais qu’Ankara ne reconnaît pas. Mais la recommandation de la Commission confirme ce que tout le monde sentait depuis plusieurs mois : l’ouverture des négociations avec la Turquie en octobre 2005 n’a pas simplifié les relations de l’UE avec ce pays ; l’hostilité face à son adhésion va croissante dans certains pays membres ; et la division persistante de Chypre complique énormément les discussions. Tout le monde est pourtant d’accord sur l’importance stratégique de la Turquie, à cheval entre Europe et Asie, membre de l’OTAN, laïc mais à population majoritairement musulmane. Pays voisin de l’Irak et l’Iran, appelé à calmer les tensions entre l’Occident et le monde musulman, comme l’a rappelé le pape Benoît XVI lors de son récent voyage en Turquie. Cette position stratégique n’a fait que s’accroître avec la montée des inquiétudes des Européens sur leurs approvisionnements en gaz et en pétrole venus de Russie. Si les Européens veulent diversifier leurs achats, la Turquie, plaque tournante pour le transit des hydrocarbures venus d’Asie centrale, est incontournable. Mais la Turquie, avec ses 70 millions d’habitants, des partis politiques musulmans et nationalistes potentiellement puissants et des violations persistantes des droits de l’homme, fait peur. Une partie de la population de l’UE a déjà des états d’âme sur l’entrée dans l’UE en 2004 des anciens pays communistes d’Europe centrale, qui expliquent pour certains le rejet de la Constitution européenne par la France et les Pays-Bas. Et ne semble pas prête à repousser vers l’Orient les frontières européennes. Un sondage européen publié en juillet montrait que seuls 39 % des Européens étaient favorables à une entrée de la Turquie dans l’UE, alors que 48 % y étaient opposés, même si ce pays remplissait toutes les conditions posées par l’Union. Dans certains pays, les opposants à la Turquie recueillaient même une très large majorité : l’Autriche, l’Allemagne, le Luxembourg, la Grèce et Chypre, la Belgique. La France, dont l’Assemblée nationale a courroucé Ankara en votant en octobre une proposition de loi rendant passible de prison la négation du génocide arménien de 1915-1917, fait souvent figure d’ennemi juré à une adhésion d’Ankara. Elle n’arrivait pourtant qu’en dixième position, avec 54 % de sa population opposée à une adhésion de la Turquie. Avec un tel sondage, le scepticisme croissant de certains dirigeants européens est compréhensible, d’autant qu’ils reconnaissent que l’élargissement de 2004 a laissé des séquelles et que les futures adhésions ne se feront qu’avec le soutien de l’opinion européenne. Devant tant d’hostilité, les Turcs ne sont pas du genre à baisser la tête et à accélérer les réformes législatives qui prouveraient leur capacité à rejoindre l’UE. Au contraire, les réformes ont ralenti en 2006, même si certaines ont été adoptées récemment. Certains analystes n’excluent pas qu’ils quittent d’eux-mêmes la table des discussions avec l’UE. Les sondages confirment que la population turque est de moins en moins favorable à une adhésion à l’UE. Fin octobre, 32 % seulement des Turcs soutenaient cette éventualité, contre 57,4 % en septembre 2005 et 67,5 % en 2004.

Quatorze mois après l’ouverture de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, les relations entre les 25 et Ankara n’ont cessé de se détériorer et le blocage des pourparlers renforce les doutes de voir un jour ce grand pays musulman rejoindre le club européen.

Preuve de cette dégradation, la Commission européenne vient d’appeler à « freiner » les négociations d’adhésion avec Ankara, alors même que les discussions, prévues pour durer au moins 10 ou 15 ans, font déjà du surplace depuis plusieurs mois.
Les 25 ne sont pas tenus de suivre cette recommandation. Ils sont si divisés sur la Turquie qu’il n’est pas exclu qu’ils ne sanctionnent même pas Ankara pour son refus d’accepter dans ses ports et aéroports les navires et avions de la République chypriote grecque, entrée dans l’UE en 2004...