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Lettre ouverte à nos «représentants» Dr Christian HOMSY

La situation politique et les discours de nos « représentants » (j’utilise ce terme sur un mode ironique, est-il besoin de le souligner ?) font clairement apparaître une divergence fondamentale dans la conception de nation. Je ne vais pas m’appesantir une fois de plus sur l’axiome de Georges Naccache « Deux négations ne font pas une nation », mais la seule voie de sortie de façon permanente de notre situation actuelle réside dans la définition de notre pacte fondateur. S’éloigner enfin de l’aberration du modèle de coexistence de 1943 qui, dans sa définition même, suppose l’existence au-delà du concept de la nation, de groupes qui doivent ou veulent coexister. Allons plus loin et subordonnons la notion de groupe à celle de citoyen et de nation. Le besoin fondamental qu’a un pays pour exister ne veut absolument pas dire la négation de l’appartenance religieuse, ethnique ou clanique, mais seulement l’affirmation que ce qui nous réunit est primordial et transcende ce qui nous différencie. L’heure est grave et exige cette démarche, loin des surenchères verbales, dans la volonté mutuelle de comprendre les ingrédients essentiels pour chaque composante de notre peuple. Y a-t-il un plus petit dénominateur commun autour duquel nous pouvons construire sur des bases solides ? Allons-nous nous entendre autour de la notion même de nation ? Allons-nous nous entendre autour de la définition du citoyen, de ses droits et de ses devoirs? Ce n’est pas faute de grands penseurs, de philosophes ou de savants… Notre peuple regorge de ressources capables, loin des rancœurs accumulées depuis notre indépendance, de trouver le noyau de base pour autant qu’il existe. Si la composante chiite s’allie avec l’Iran et la Syrie, quelles en sont les causes profondes ? A-t-on seulement essayé de comprendre le pouquoi de cette fuite en avant ? Si les autres composantes du tissu social libanais se rapprochent de l’Occident et du reste du monde arabe, y a-t-il une antinomie par rapport à la première ? Est-on citoyen libanais avant d’être milicien, avant d’être chrétien, musulman, druze ou athée, avant d’être prosyrien, ou pro-iranien, ou proaméricain ? Qu’est-ce qu’être libanais? Quelle est notre identité ? Se construit-on cette identité en négation de l’autre, ou de façon positive et intégratrice ? Est-ce une « identité meurtrière», pour reprendre le titre du livre d’Amin Maalouf, ou une identité créatrice? Malheureusement, je ne pense pas que nos « représentants » soient capables d’innover, mais peut-être peuvent-ils accepter cette limitation et confier cette tâche à la nouvelle génération. Je verrai bien une conférence nationale, parrainée par nos instances politiques et religieuses, mais laissant à une nouvelle génération le soin d’écrire ce fameux pacte fondateur, sans aucune interférence et à huis clos. Après tout, ce sont eux qui devront vivre ensemble, à l’ombre de ce pacte. Pour modérer cette table ronde, des personnalités libanaises, occidentales ou arabes, hors du monde politique, des personnes au-dessus de tout clivage ou connotation, qui aideraient nos jeunes à trouver ce fameux dénominateur commun. Utopie ? Il n’y a pas d’alternative… il nous faut remettre tout à nu, donner à nos jeunes l’envie de créer une nation, d’y vivre en harmonie et de montrer au monde que notre utopie fondatrice est viable. Il nous faut un consensus qui éloignera à jamais le spectre de la guerre civile, qui résoudra par là même les faux problèmes de loi électorale ou de représentation communautaire. Il est temps que nous devenions adultes. Article paru le Jeudi 28 Décembre
La situation politique et les discours de nos « représentants » (j’utilise ce terme sur un mode ironique, est-il besoin de le souligner ?) font clairement apparaître une divergence fondamentale dans la conception de nation. Je ne vais pas m’appesantir une fois de plus sur l’axiome de Georges Naccache « Deux négations ne font pas une nation », mais la seule voie de sortie de façon permanente de notre situation actuelle réside dans la définition de notre pacte fondateur. S’éloigner enfin de l’aberration du modèle de coexistence de 1943 qui, dans sa définition même, suppose l’existence au-delà du concept de la nation, de groupes qui doivent ou veulent coexister. Allons plus loin et subordonnons la notion de groupe à celle de citoyen et de nation. Le besoin fondamental qu’a un pays pour exister ne veut...