Curieux timing. Amr Moussa jette l’éponge au moment précis où le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution qui sanctionne mollement l’Iran pour ses projets nucléaires militaires.
« Je laisse aux parties libanaises le soin de résoudre les causes de la crise », a ainsi affirmé le secrétaire général de la Ligue arabe depuis le Sérail. L’air grave arboré par le diplomate arabe ne présage rien de bon. Il traduit de manière assez précise le pourrissement de la scène politique locale, mais aussi des mouvements populaires organisés çà et là, par les deux camps rivaux. Deux camps qui continuent à vouloir, envers et contre tout, tirer la « rue » chacun de son côté, à vouloir s’arracher tour à tour l’unique couette qui pourrait encore les tenir au chaud et les préserver des tempêtes.
Les mouvements populaires, une joyeuse découverte pour l’ensemble de la classe politique libanaise. Une heureuse surprise, comme lorsque l’on réussit à surmonter un traumatisme profond, une phobie insupportable et que l’on réalise enfin que cette peur, on peut la dompter et même en tirer profit pour avancer. L’opinion publique libanaise, longtemps absente car délibérément marginalisée, maltraitée et bâillonnée, est soudainement courtisée, chouchoutée par une classe politique qui s’est ingéniée, des années durant, à faire fi de ses aspirations et de ses revendications. Mais l’exploitation politique a vite fait de venir à bout de cet embryon de « libre-arbitre » citoyen qui ne demandait qu’à se développer pour, un jour peut-être, parvenir à inculquer aux Libanais ce sentiment d’appartenir à un système citoyen, dans lequel l’individu a une valeur intrinsèque, indépendamment de ses appartenances religieuses, communautaires et sociales.
Mais le Liban, pays d’impensables miracles, est aussi un terreau de déceptions vives et douloureuses. Les mouvements populaires se sont retrouvés piégés par le pourrissement politique. L’instrumentalisation et l’exploitation sont en effet passés par là. Exit l’esprit du 14 mars 2005, exit l’esprit même de la « mouqawama », cette résistance chère aux cadres du Hezbollah. Des deux côtés, les calculs régionaux et internationaux ont faussé la donne et ont brouillé les cartes, de telle sorte que l’expression politique des revendications, d’un côté comme de l’autre, s’en trouve brouillée, défigurée.
D’un côté, un centre-ville devenu très vite fête foraine et camping de fortune, loin de l’essence du parti de Dieu dont la principale raison d’être – du moins officiellement – est de croiser le fer avec Israël et de rassurer les Sudistes quant à l’avenir de leurs terres. De l’autre, des non-événements à travers tout le pays, des simili-14 Mars en chaîne qui ne font qu’affaiblir de plus en plus un camp qui avait, au départ, toutes les chances d’imposer sa vision et de rassembler les Libanais autour d’un projet qui se promettait d’édifier un État, avec tout ce que cela suppose comme institutions et lois modernes, dignes d’un État de droit.
Amr Moussa a le droit de se laver les mains de l’inextricable vase libanaise. Bien sûr, doit-il se dire, la priorité est au tribunal international. Mais laisser trois jours à l’opposition avant de tenir une session en Conseil des ministres, trois jours pour traduire l’avant projet du tribunal en langue arabe, ces trois jours-là auraient permis à la majorité de montrer aux Libanais les réels desseins de l’opposition et du Hezbollah, en particulier. D’autre part, il doit se dire que le retour des ministres démissionnaires, pour une seule séance, en Conseil des ministres afin de voter le décret adoptant la création du tribunal, ne relève pas, techniquement, de l’impossible. Amr Moussa doit se demander pourquoi, des deux côtés, les dirigeants préfèrent jouer aux Néron locaux plutôt que de tomber d’accord sur une de ses propositions.
Ne pas perdre de vue l’objectif ultime. Et cet objectif, c’est le tribunal, aujourd’hui. Mais ne pas perdre de vue non plus le rôle précurseur du Liban, qui inaugure une notion inconnue des dirigeants de la région : celle d’« accountability », de reddition de comptes. En soi, cela est une victoire pour la démocratie et pour l’État de droit que se promet de devenir le Liban.
Il ne faut donc pas s’étonner de la violence des réactions régionales et du vent de colère qui souffle de Téhéran et de Damas. Ce vent de colère, les forces du 14 Mars ne le connaissent que trop bien car il ne leur a coûté que trop cher. Et c’est précisément pour cela que les modifications réclamées au document sur le tribunal doivent être prises en considération, si elles permettent la mise en place de cette instance et de juger les coupables directs, tant ceux qui ont donné les ordres que ceux qui les ont exécutés. Car c’est là le but ultime, et non de laisser libre cours à des velléités de vengeance qui, l’histoire l’a trop souvent montré, ne finiront que par se retourner contre un petit pays qui, trop souvent aussi, ne parvient à survivre que grâce à la « bonté » de la conjoncture régionale et internationale.
Ce qu’il faudrait, c’est tirer profit de la main qui nous est tendue.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Curieux timing. Amr Moussa jette l’éponge au moment précis où le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution qui sanctionne mollement l’Iran pour ses projets nucléaires militaires.
« Je laisse aux parties libanaises le soin de résoudre les causes de la crise », a ainsi affirmé le secrétaire général de la Ligue arabe depuis le Sérail. L’air grave arboré par le diplomate arabe ne présage rien de bon. Il traduit de manière assez précise le pourrissement de la scène politique locale, mais aussi des mouvements populaires organisés çà et là, par les deux camps rivaux. Deux camps qui continuent à vouloir, envers et contre tout, tirer la « rue » chacun de son côté, à vouloir s’arracher tour à tour l’unique couette qui pourrait encore les tenir au chaud et les préserver des tempêtes.
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