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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE À la recherche du double mot de passe syro-iranien… Lélia MEZHER

L’aller-retour Beyrouth-Damas aujourd’hui du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, constitue une étape charnière, voire cruciale, dans l’évolution de la crise libanaise, surtout pour ce qui relève du sort du tribunal international. La toute récente visite du président syrien Bachar el-Assad à Moscou n’est d’ailleurs pas étrangère à cela. En effet, selon des sources diplomatiques, le Kremlin se serait employé à rassurer le leader syrien et lui aurait offert des garanties concernant l’impact de la création du tribunal international sur le régime baassiste. Moscou insisterait ainsi sur le fait que le tribunal spécial pour le Liban n’est pas un tribunal « politique » et qu’il ne vise nullement à juger un régime. Le deal russe est donc on ne peut plus pragmatique : la Syrie de Bachar el-Assad se doit d’interagir de manière positive avec tout ce qui touche, de près ou de loin, au dossier du tribunal international ; en échange, Vladimir Poutine offre de réchauffer les relations syro-américaines. La Russie s’emploierait ainsi à alléger la tension régionale en se posant comme intermédiaire entre le régime de Damas et les États-Unis de George W. Bush. La position de Damas bute donc sur deux points cruciaux pour l’avenir du Liban : le tribunal international et, par conséquent, la formation d’un gouvernement d’union nationale. Quant à l’Iran, qui a d’ailleurs bientôt rendez-vous avec le Conseil de sécurité de l’ONU, censé se prononcer sur son dossier nucléaire, il continue de tenir fermement entre ses mains la carte libanaise. Sur la scène locale, il n’existe par conséquent aucun espoir de voir la situation se débloquer de manière spectaculaire, pas avant en tout cas d’avoir reçu le double mot de passe syro-iranien. Cependant, cela est loin de remettre en question l’efficacité de la mission Amr Moussa à Beyrouth. D’abord, la visite du diplomate égyptien devait servir à consolider les acquis de son précédent séjour, en s’assurant que toutes les parties continuent de se conformer à ce qui avait été alors décidé. Ensuite, le secrétaire général de la Ligue arabe tenait à signifier aux dirigeants locaux que l’intérêt et les efforts arabes en direction du Liban ne se sont pas affaiblis et que les acteurs régionaux continuent de fournir le maximum d’efforts afin de mettre un terme à la crise actuelle. Enfin, il s’acharne à « acheter » du temps, en tentant tant bien que mal d’empêcher le retour au point zéro ; c’est précisément cela qui l’a poussé à aborder des détails très techniques – comme l’appartenance communautaire du ministre-roi – avec les divers responsables avec lesquels il s’est réuni durant les dernières 48 heures. Des sources de la majorité ont d’ailleurs indiqué qu’une longue réunion de l’alliance du 14 Mars avec Amr Moussa avait permis de mettre en relief quels sont les points de divergence qui subsistent entre Fouad Siniora et Nabih Berry, notamment sur la personne de ce ministre-roi ou la tenue d’une séance parlementaire extraordinaire, même si officiellement « il existe des points de convergence sur les grandes lignes ». Trois éléments positifs restent néanmoins à signaler, malgré les difficultés. D’abord, la récente débâcle électorale du camp ultraconservateur d’Ahmadinejad en Iran, et la percée des conservateurs modérés et des réformateurs. À cela viennent naturellement s’ajouter les récentes déclarations du ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, qui a laissé entendre hier sur la chaîne télévisée al-Arabiya que « si M. Moussa continuait dans cette direction, il existerait de fortes chances de parvenir à une issue à la crise ». Certaines sources ont de plus fait état d’une possible visite du ministre iranien en Arabie saoudite, et ont relevé une visite, restée secrète, d’un officiel iranien mardi à Beyrouth, où il se serait longuement entretenu avec Amr Moussa, entre autres. Il ne faut pas oublier, d’autre part, les principes sur lesquels se base le diplomate égyptien dans ses négociations avec les diverses parties : Premièrement, la présidence, le Conseil et la Chambre sont tous les trois légitimes et constitutionnels. Ensuite, la rue est incapable de résoudre les clivages politiques qui minent le pays. Et ces efforts ont pour effet d’empêcher toute tentative de faire monter les enchères, dans un camp comme dans l’autre. Il va sans dire que la décision de la majorité de faire signer, par 26 députés, une pétition accusant Émile Lahoud de haute trahison contredit par essence les efforts de M. Moussa, tout comme les menaces de l’opposition qui avait récemment annoncé qu’elle comptait passer au stade supérieur dans son action contre le gouvernement. En attendant les fruits de la visite de Amr Moussa à Damas et l’évolution d’une position iranienne qui semble de plus en plus ouverte au dialogue, et malgré le pessimisme affiché de la majorité au pouvoir, le simple statu quo auquel a réussi à parvenir le diplomate égyptien semble, à la lumière de la conjoncture actuelle, relever de l’exploit.
L’aller-retour Beyrouth-Damas aujourd’hui du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, constitue une étape charnière, voire cruciale, dans l’évolution de la crise libanaise, surtout pour ce qui relève du sort du tribunal international.
La toute récente visite du président syrien Bachar el-Assad à Moscou n’est d’ailleurs pas étrangère à cela. En effet, selon des sources diplomatiques, le Kremlin se serait employé à rassurer le leader syrien et lui aurait offert des garanties concernant l’impact de la création du tribunal international sur le régime baassiste. Moscou insisterait ainsi sur le fait que le tribunal spécial pour le Liban n’est pas un tribunal « politique » et qu’il ne vise nullement à juger un régime. Le deal russe est donc on ne peut plus pragmatique : la Syrie de Bachar...