Le patriarche cardinal souligne sans ambages qu’il est devenu très difficile de rassembler les chrétiens tellement ils sont désunis. Sans perdre l’espoir, Mgr Sfeir laisse percer beaucoup de tristesse, de douleur même, pour ce malheureux pays. Voué, au sortir d’une guerre dévastatrice, à une dangereuse crise interne.
Le prélat souffre particulièrement de voir les leaders chrétiens s’affronter, alors que la situation d’ensemble est si délicate. Comme s’ils n’avaient pas retenu les dures leçons d’un passé de divisions intestines et de heurts.
Ensuite, il relève qu’on le presse d’agir, de prendre des positions. Et quand il le fait, en conscience et en s’inspirant toujours de l’intérêt national, on se répand en critiques à son encontre ! C’est ce qui s’est produit, par exemple, lorsque le manifeste des évêques maronites, tout en proclamant son appui de principe à un cabinet d’union nationale, avait exprimé son inquiétude que cette revendication ne couvre un dessein de torpillage du tribunal international. Il s’en était suivi un tollé retentissant. Certains avaient en effet estimé que Bkerké prenait parti pour un camp contre l’autre.
Aujourd’hui, on demande à Bkerké de réunir les leaders maronites. Plus précisément, le président Amine Gemayel, le général Michel Aoun et le Dr Samir Geagea. Mais sur quelle base les faire se rencontrer sans qu’ils se séparent (politiquement) fâchés ? Il faut un minimum de dénominateurs et d’objectifs communs, pour qu’à l’issue du colloque ils puissent publier un communiqué commun utile et positif.
Aoun
Le patriarche a été extrêmement peiné d’apprendre qu’il y avait, qu’il y a toujours du reste, des frictions de rue entre les aounistes et les FL dans plus d’une région. Il a entendu les déclarations du président Gemayel et du général Aoun, qui a affirmé, sur les ondes d’al-Jazira, et en référence à la force des mouvements en présence : « Tout le monde connaît la scène et son volume précis. Je ne veux pas entrer dans les évaluations numériques. Nous savons quels sont les vrais chiffres. J’espère que nul ne se trompera au sujet des dimensions. Nous disposons d’une estimation exacte. »
Gemayel
Quant à l’ancien chef d’État, il a répondu, d’une manière indirecte mais claire, que le changement et la réforme (devise des aounistes) véritables consistent à coopérer pour l’élection d’un nouveau président de la République. Il s’est ensuite demandé comment le général Aoun peut, naturellement, s’allier avec des partis opposés au double concept de la souveraineté et de l’indépendance du Liban. Des formations qui ne vouent nullement une allégeance totale à la patrie. Comment le général Aoun, s’est encore interrogé le président Gemayel, peut-il se retrouver dans une même tranchée avec le PSNS et le Baas. Pour coordonner, à partir d’une salle d’opérations commune, en vue d’organiser des manifestations. M. Gemayel a appelé le CPL à un retour de conscience à ses principes et à sa lutte d’avant. Affirmant que le général Aoun sera en mesure de jouer un rôle s’il revient à sa vérité et à ses convictions antérieures. Pour conclure que les parties avec lesquelles le général Aoun coopère profitent de la sorte d’une couverture qu’elles ne méritent pas.
Le tribunal
Cependant, des conciliateurs et des modérés s’efforcent de réduire le clivage au sein de la collectivité chrétienne. Sinon pour réunifier les rangs, du moins pour qu’il y ait rencontre autour d’un objectif commun. Ils suggèrent ainsi que les protagonistes tombent d’accord pour considérer que le tribunal international constitue la toute première priorité du moment. Car, sur ce dossier, il n’y a pas mésentente.
L’on a pu ainsi entendre, à Bkerké, le député aouniste Nehmetallah Abi Nasr (parlant il est vrai en son nom personnel) inviter les ministres démissionnaires à mettre de côté leur retrait. Pour participer à une séance du Conseil des ministres approuvant le statut du tribunal. Il a de même pressé le président Berry de convoquer une séance de la Chambre, afin de ratifier le texte. Le but étant de réunifier les Libanais tant autour de la quête de la justice que pour mettre un terme au cycle des attentats et des assassinats terroristes.
Une position que le général Aoun ne partage pas tout à fait. Après avoir réuni son bloc, il a déclaré qu’il reste pour la création du tribunal. Ajoutant toutefois qu’on ne lui a pas transmis le texte et se demandant si le peuple libanais attend de son groupe qu’il vote aveuglément. Sa position semble dès lors plus proche de celle du Hezbollah, qui veut atermoyer, que de celle de Bkerké.
Ravages
Où l’on s’inquiète, autant que dans les milieux économiques, des ravages que pourraient causer une mobilisation de la rue et des manifestations susceptibles de provoquer des heurts, notamment entre FL et aounistes. L’économie nationale, déjà exsangue, s’effondrerait tout à fait, avertissent les organismes économiques. Quant à la collectivité chrétienne, elle risquerait de revivre ce que l’on avait appelé la guerre de suppression, entre les fidèles du général Aoun et les FL. Il convient de relever à ce propos qu’il est bien vain de souligner, comme le font certains, la responsabilité des forces de l’ordre, car qu’y pourraient-elles en cas d’explosion. Ou même en cas de brusque attaque de vandales comme cela s’est produit à Achrafieh le 5 janvier dernier.
Le patriarche Sfeir et nombre d’évêques ont demandé au général Aoun de ne pas recourir à la rue, par souci de la sécurité autant que de l’économie. Certains des députés appartenant à son bloc ont répondu favorablement à cet appel. Mais le général continue pour sa part à répéter que son mouvement est fin prêt pour des manifestations pacifiques.
Émile KHOURY
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