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Actualités - Reportage

La pauvreté absente de la campagne électorale

Deux mots tagués sur un bateau resté en plan dans une rue de La Nouvelle-Orléans annoncent la couleur : « No Politicians » (interdit aux politiciens). Rien ne permet d’affirmer que l’embarcation est restée là depuis que les eaux drainées lors du passage du cyclone Katrina ont reflué. Le message, cependant, est clair : les hommes politiques n’ont pas été à la hauteur de la situation chaotique générée par l’ouragan en Louisiane. « Ils ont envoyé des garçons livrer en Irak une guerre qui n’en finit pas. Pourquoi n’ont-ils pas plutôt envoyé de l’argent pour les Américains qui souffrent ?» interroge Gwen Brown, 51 ans, dont le domicile de La Nouvelle-Orléans a été inondé au passage de Katrina. Cette tempête a contribué à exposer au monde entier une image des États-Unis d’autant plus violente qu’elle était dissimulée, reflet d’une frange très pauvre et totalement vulnérable de la société. Un an après, l’image reste vivace. Les sinistrés de La Nouvelle-Orléans évoquaient davantage un pays du tiers-monde que la nation la plus riche de la planète. Le chaos générait des comportements dignes de situations de guerre civile. Pourtant, à l’approche des élections du 7 novembre, la question de la pauvreté est absente du débat politique. « Après l’ouragan, cela a été plus facile (d’intéresser les gens à la pauvreté), mais il est très difficile de maintenir cette attention, à moins que les autorités ne s’emparent du problème », note l’ancien sénateur démocrate John Edwards. Il avait brigué l’investiture démocrate en 2004 en parlant des deux Amériques, celle des riches et celles des exclus. Battu par John Kerry, il avait accepté d’être sur son « ticket ». Il n’a pas levé le voile sur ses intentions pour 2008. Depuis la « guerre contre la pauvreté » déclenchée par Lyndon Johnson en 1964, la pauvreté est un thème cher aux démocrates. Mais, selon Edwards, à trop prôner l’aide aux plus pauvres, ils craignent désormais qu’on attaque leur caractère dépensier. Harold Ford, qui brigue un siège de sénateur dans le Tennessee, est l’illustration de ces contradictions. S’il fait campagne en faveur d’une réforme des systèmes de santé, il défend également des positions plus républicaines comme l’opposition au mariage homosexuel ou la baisse des impôts. Le pasteur Jesse Jackson, chef de file du mouvement pour la défense des droits civiques, a, en outre, plusieurs fois mis en garde les démocrates contre la tentation de renoncer au combat pour la justice sociale. « Nous avons besoin d’hommes politiques qui défendent des positions qui soient porteuses d’une amélioration des choses, et non qui prônent une adaptation au pire des statu quo », dit-il. Un Américain sur huit en situation de pauvreté À en croire des statistiques officielles publiées en août, un Américain sur huit et un Noir sur quatre vivaient l’année dernière dans une situation de pauvreté. Au total, 37 millions d’Américains vivent avec un revenu annuel inférieur à 10 000 dollars pour une personne ou 20 000 dollars pour une famille de quatre. Robert Rector, de la fondation conservatrice Heritage, conteste l’emploi du terme « pauvreté » comme un abus de langage en faisant valoir que peu d’Américains vivent dans une véritable situation de pauvreté car la plupart ont une maison, une voiture, une télévision et un accès aux médicaments. Lui accuse les démocrates de jouer sur la corde sensible en employant ce terme, auquel il privilégie l’expression de « bas revenus ». Cet argument a trouvé un écho certain dans une société fondée sur la compétition et l’émulation et où travailler dur passe pour le plus sûr vecteur de réussite. Il serait dès lors hasardeux d’un point de vue politique de faire une bataille nationale de l’aide aux pauvres. D’autant que la droite religieuse a choisi de miser sur les questions morales, telle l’opposition à l’avortement, plutôt que sur la thématique sociale. Pourtant, 85 % des Américains considèrent la pauvreté et la question de l’accès aux soins comme des sujets plus importants que l’avortement ou le mariage homosexuel, à en croire Jim Wallis, chef de file d’une association chrétienne défendant la justice sociale. « La sagesse populaire veut que la pauvreté n’est pas un thème sexy et que personne ne souhaite en parler, dit-il. Il faut des dirigeants politiques qui aient le courage de démonter cette position. » Pas sûr cependant que la notion de courage politique ait encore prise chez tous les habitants de La Nouvelle-Orléans. Près de l’embarcation abandonnée, le propriétaire d’une maison qui vient d’être reconstruite a érigé un faux cimetière après le passage de Katrina. Des pierres tombales portent les épitaphes d’hommes politiques locaux et nationaux. « Ci-gît Bush, qui a reconstruit Bagdad », lit-on sur l’une d’elles. Matthew BIGG/Reuters
Deux mots tagués sur un bateau resté en plan dans une rue de La Nouvelle-Orléans annoncent la couleur : « No Politicians » (interdit aux politiciens).
Rien ne permet d’affirmer que l’embarcation est restée là depuis que les eaux drainées lors du passage du cyclone Katrina ont reflué. Le message, cependant, est clair : les hommes politiques n’ont pas été à la hauteur de la situation chaotique générée par l’ouragan en Louisiane.
« Ils ont envoyé des garçons livrer en Irak une guerre qui n’en finit pas. Pourquoi n’ont-ils pas plutôt envoyé de l’argent pour les Américains qui souffrent ?» interroge Gwen Brown, 51 ans, dont le domicile de La Nouvelle-Orléans a été inondé au passage de Katrina.
Cette tempête a contribué à exposer au monde entier une image des États-Unis d’autant plus violente...