La chaîne satellitaire qatariote al-Jazira, qui irrite souvent par son franc-parler, a de nouveau été une source d’ennuis pour le Qatar après la diffusion d’un entretien avec un opposant tunisien, amenant Tunis à fermer son ambassade à Doha. La décision de Tunis fait suite à la diffusion, le 14 octobre, d’un entretien de l’opposant tunisien Moncef Marzouki, appelant à la « résistance jusqu’à ses ultimes limites possibles » contre le pouvoir en place à Tunis. Elle intervient seulement trois semaines après le rappel par la Jordanie de son ambassadeur au Qatar pour consultations, Amman ayant accusé Doha d’avoir œuvré contre le candidat jordanien dans la succession du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.
Le gouvernement du Qatar, qui n’avait toujours pas réagi hier soir à la décision de fermeture de l’ambassade tunisienne, affirme à chaque incident que la chaîne ne s’exprime pas en son nom. D’ailleurs, le directeur général d’al-Jazira, Waddah Khanfar, a également souligné jeudi que la chaîne « n’exprimait aucunement la position politique du Qatar ». « Nous recevons un soutien financier du gouvernement du Qatar, mais celui-ci garde une distance vis-à-vis de la ligne éditoriale de la chaîne », a-t-il ajouté dans un commentaire à l’AFP. M. Khanfar a précisé que le ministre des Affaires étrangères du Qatar, cheikh Hamad ben Jassem ben Jaber al-Thani, avait formulé des « réserves sur certaines émissions d’al-Jazira, mais cela n’a pas donné lieu à une intervention qatariote officielle dans notre politique éditoriale ». « Nous n’avons pas de programme politique contre la Tunisie ou contre une quelconque autre partie. Nous regrettons la décision tunisienne et réaffirmons que nous nous engageons à (servir de plate-forme) à des opinions différentes », a déclaré M. Khanfar.
Les autorités du Qatar ont constamment essayé de se démarquer de la chaîne, et le chef de la diplomatie qatariote a admis une fois dans le passé qu’al-Jazira « est une source de maux de tête » pour Doha. Mais les tentatives du Qatar de se démarquer d’al-Jazira ne semblent pas avoir convaincu le gouvernement du président Zine el-Abidine ben Ali. En annonçant la fermeture de l’ambassade, le ministère tunisien des Affaires étrangères a dénoncé « une campagne hostile destinée à nuire à la Tunisie ».
Critiques de la presse
tunisienne
La presse tunisienne n’a pas ménagé ses critiques d’al-Jazira et des autorités du Qatar.
« Il est devenu impossible d’accepter la thèse de l’indépendance de la chaîne sous le slogan de la liberté d’information au moment où cette chaîne, entièrement financée par l’État du Qatar, assaille notre pays à coups de propagande et de provocations continues », a écrit jeudi le journal Le Temps (privé). Le quotidien de langue arabe Echourouk (privé) s’est notamment demandé « quelle liberté d’expression pouvait transformer une chaîne d’information en une tribune appelant à la zizanie (...) et incitant à la sédition ».
Depuis son lancement en 1996, al-Jazira s’est imposée comme un sérieux rival face aux plus grandes chaînes d’informations mondiales, mais ses émissions ont irrité plusieurs gouvernements arabes. Ainsi, les relations entre le Qatar et l’Arabie saoudite s’étaient détériorées après la diffusion, en juin 2002 par al-Jazira, d’une émission au cours de laquelle des intervenants avaient avec virulence critiqué la famille royale saoudienne. Ryad avait ensuite rappelé son ambassadeur au Qatar, qui n’est plus revenu à Doha. « Le monde arabe ne s’est pas habitué à la présence d’une chaîne indépendante émettant depuis une capitale arabe », estime un professeur de sciences politiques à l’Université du Qatar, Mohammad al-Misfer. « Personne ne proteste contre Londres », au sujet d’émissions diffusées par la BBC, ajoute M. Misfer en soulignant que « la BBC ne s’exprime pas au nom du gouvernement britannique ».
Fayçal BAATOUT (AFP)
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Le gouvernement du Qatar, qui n’avait toujours pas réagi hier soir à la décision de fermeture...