Venise et Damas, Venise et Alexandrie, Venise et Constantinople, Le Caire ou Jérusalem... Pendant près de dix siècles, la Sérénissime a commercé avec l’Orient méditerranéen, suscitant des échanges dont chacun s’est nourri, comme le montre une exposition à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris.
«Venise et l’Orient», jusqu’au 18 février 2007, réalisée en collaboration avec le Metropolitan Museum of Art de New York (MET), a choisi de mettre l’accent sur les échanges artistiques en présentant quelque 200 œuvres d’art – verreries, cartes, tapis, peintures, armes, coffres, manuscrits – issues de 70 prêteurs différents.
Pour Stefano Carboni, un des commissaires de l’exposition et conservateur au MET, «le pragmatisme est probablement le terme qui définit le mieux les relations de Venise avec le Proche-Orient musulman». Malgré les guerres, Venise deviendra un partenaire respecté grâce à «un équilibre quasi parfait entre l’esprit religieux, une diplomatie de caméléon et un sens aigu des affaires», dit-il.
Entre les dates symboliques de 878 (arrivée des reliques de saint Marc d’Alexandrie à Venise) et 1797 (chute de la République conquise par Napoléon), l’exposition raconte comment artisans du verre, du métal, peintres ou enlumineurs, de part et d’autre de la Méditerranée, se sont connus, appréciés ou copiés.
Venise est le «premier pouvoir occidental à avoir des ambassades en Orient, dès les Xe-XIe siècles», dit M. Carboni.
Le tableau daté 1511 d’un peintre de l’école vénitienne, qui évoque une réception des ambassadeurs vénitiens à Damas, sert d’emblème à l’exposition. On y voit un envoyé du doge se présenter devant un puissant gouverneur mamelouk. Au premier plan, des hommes enturbannés discutent, des chameaux passent.
À l’arrière, on reconnaît la mosquée des Omeyyades. «Soit l’artiste connaissait Damas, soit il s’est inspiré d’ouvrages», indique Aurélie Clemente-Ruiz, adjointe au commissaire de l’exposition pour l’IMA.
Le cycle de saint Étienne par Vittore Carpaccio (XVIe) reproduit costumes et architectures musulmanes. «Les artistes s’inspiraient de dessins, d’ouvrages de pèlerinage en Terre sainte, diffusés avec des gravures. Tout le monde connaissait ces ouvrages-là», dit-elle.
Gentile Bellini fut l’un des rares peintres célèbres de l’époque à partir pour Istanbul. Il y «reste deux ans et réalise le portrait de Mehmet II, daté du 25 novembre 1480, le premier portrait d’un dignitaire musulman à la mode occidentale», dit-elle. Enlumineurs et peintres musulmans copieront le modèle.
Les artisans vénitiens ont été «particulièrement réceptifs aux arts et techniques venus d’Orient», dit M. Carboni. L’Orient invente le verre et Venise le copie, imitant formes et motifs, avant que Murano n’occupe le premier plan au XIVe.
Iznik (Turquie) exporte ses célèbres faïences. Les majoliques vénitiennes en reprennent le décor. Une épinette occidentale se pare de décors d’arabesques, reproduisant les motifs de reliures du Coran. Des boucliers de cuir, que l’on croirait musulmans, sont vénitiens. «Nous cherchons à perdre le visiteur», dit Mme Clemente-Ruiz, pour montrer ces imbrications.
L’exposition se clôt sur le XVIIIe, où le motif de «turqueries», d’un lien lâche avec la réalité, ouvre la voie à l’orientalisme.
«Venise et l’Orient» sera présentée aux États-Unis, au MET, du 26 mars au 8 juillet 2007.
(www.imarabe.org)
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«Venise et l’Orient», jusqu’au 18 février 2007, réalisée en collaboration avec le Metropolitan Museum of Art de New York (MET), a choisi de mettre l’accent sur les échanges artistiques en présentant quelque 200 œuvres d’art – verreries, cartes, tapis, peintures, armes, coffres, manuscrits – issues de 70 prêteurs différents.
Pour Stefano Carboni, un des commissaires de l’exposition et conservateur au MET, «le pragmatisme est probablement le terme qui définit le mieux les relations de Venise avec le...