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Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Fatwas en série sur l’Internet à l’occasion du ramadan

Durant le long mois du ramadan, des centaines d’internautes musulmans pressent le site « IslamOnline », dont le siège est au Caire, de leur dire par des fatwas (avis religieux) ce qui est licite et illicite. «Nous n’arrêtons pas, on sort trois cents fatwas par jour, contre cinquante à nos débuts en 2000 », assure Ragab Abou Malih, le chef du service des fatwas et responsable de leurs mises en ligne. Créée par le prédicateur islamiste Youssef al-Qaradawi, vedette de la chaîne al-Jazira, ce site au succès grandissant a été le premier à diffuser, avec des sessions de questions-réponses, des fatwas à la chaîne en arabe et en anglais. Durant le jeûne, de l’aube au coucher du soleil, on ne peut manger, ni boire, ni faire l’amour, c’est évident, mais fumer est-il interdit, comme avaler sa salive, se faire une piqûre ou encore avoir des rêves érotiques ? Ce docteur en charia, la loi islamique, est catégorique : « C’est parfois difficile de répondre, jamais impossible. » Il a dix collaborateurs, « diplômés en théologie », et il s’appuie sur un réseau mondial de cent cheikhs ou muftis. À l’étage « fatwa » de l’immeuble du quartier résidentiel de Dokki qui abrite IslamOnline, des fanions colorés sont accrochés au plafond, en signe de fête. Aux murs, voisinent autocollants « antisionistes » et antitabac. Si le consensus est absolu pour vouer aux gémonies Israël, une voix dissidente s’est élevée cette année en Égypte pour défendre la cigarette. « Fumer pendant le ramadan, pourquoi pas ? » a lancé le penseur Gamal al-Banna. « On dit boire une cigarette en arabe égyptien, et voilà comment les gens ont confondu », explique-t-il. La « fatwa al-Banna », contrecarrée par une antifatwa, n’est pas du goût de Abou Malih. « C’est haram, interdit. Pendant le jeûne, l’homme doit lutter contre ses caprices », dit-il, qualifiant avec mépris al-Banna « d’intellectuel ». Grâce à un fonds électronique de fatwas, il récuse l’expression « banque de données » et assure qu’on peut se pulvériser des gouttes dans le nez, si on ne les avale pas, et se faire piquer pour des soins, mais « sans vitamines ». Il y a aussi des sessions spéciales, avec un internaute intervenant en direct. Ainsi, Azim, habitant au Royaume-Uni, s’est demandé dimanche dernier si faire des rêves à contenu sexuel valaient rupture de jeûne. « Non, si vous ne passez pas aux actes », lui a répondu à la minute cheikh Mohammad al-Moktar al-Shinqiti, directeur du Centre islamique de South Plains, dans le Texas. Pour Abou Malih, il n’y a pas de question taboue. Seule une demande de fatwas sur dix porterait sur le sexe, dit-il, rappelant que cheikh Qaradawi n’a pas condamné la fellation « si les deux époux sont d’accord ». Beaucoup moins réactifs, « mais de référence » selon lui, sont le site officiel de la plus haute instance sunnite, al-Azhar, et celui du grand mufti de la République, Ali Gomaa, « la maison des fatwas ». « Et nous avons l’avantage de ne pas être liés au régime, ce qui rend nos fatwas indépendantes », dit-il, citant le soutien apporté à sayyed Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, lors du conflit au Liban. Depuis la vague d’islamisation de l’Égypte, dans les années 1980, les quotidiens ont publié un « courrier des lecteurs » centré sur ces questions pendant le ramadan, suivis par les télévisions avec des prédicateurs stars. « C’est devenu omniprésent et étouffant, peste la cinéaste Asma Bakri, très isolée dans son militantisme laïc. On demande même l’avis des cheikhs pour s’épiler les sourcils, et ils répondent, au lieu de se borner au spirituel. » « La fréquence des questions sur le sexe ou le corps reflète une angoisse que ne calment pas des réponses simplistes », dit-elle, estimant que « c’est une spirale intégriste finalement encouragée par un régime sans projet ». Alain NAVARRO (AFP)

Durant le long mois du ramadan, des centaines d’internautes musulmans pressent le site « IslamOnline », dont le siège est au Caire, de leur dire par des fatwas (avis religieux) ce qui est licite et illicite.

«Nous n’arrêtons pas, on sort trois cents fatwas par jour, contre cinquante à nos débuts en 2000 », assure Ragab Abou Malih, le chef du service des fatwas et responsable de leurs mises en ligne.
Créée par le prédicateur islamiste Youssef al-Qaradawi, vedette de la chaîne al-Jazira, ce site au succès grandissant a été le premier à diffuser, avec des sessions de questions-réponses, des fatwas à la chaîne en arabe et en anglais.
Durant le jeûne, de l’aube au coucher du soleil, on ne peut manger, ni boire, ni faire l’amour, c’est évident, mais fumer est-il interdit, comme avaler sa salive, se faire...