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Religion Gamal al-Banna, l’islam en quête de réforme

Pour Gamal al-Banna, penseur musulman et frère du fondateur des Frères musulmans, voiler les femmes n’a rien à voir avec le Coran, pas plus que l’interdiction de fumer pendant le ramadan. À 75 ans, cet adversaire des islamistes comme de l’establishment d’al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, se décrit comme un réformiste pour qui l’islam doit « faire ce que Martin Luther réalisa avec le christianisme, il y a 500 ans ». Mais si la réforme protestante peut servir d’exemple pour se dégager, d’après lui, des « dérives de l’islam », il n’en est pas de même du pape Benoît XVI « égaré dans la philosophie grecque » et « en guerre contre les musulmans ». Condamnés avec virulence dans le monde arabo-musulman, les propos du pape soulevant à la mi-septembre la question d’un lien entre islam et violence ont cependant permis d’engager un débat sur l’évolution de la religion musulmane. C’est à Abbassiya, près du centre du Caire, que cet intellectuel, très mal vu par al-Azhar, reçoit chaleureusement dans son domicile-bureau, au milieu de 13 000 livres, religieux ou profanes. Son frère aîné, Hassan al-Banna, fut le créateur en 1928 des Frères musulmans, la confrérie matrice de l’islamisme moderne et la principale force d’opposition au régime du président Hosni Moubarak. « C’était un formidable organisateur et un être exceptionnel », dit-il. Mais Gamal n’adhérait pas à ses idées, et s’est engagé dans le syndicalisme. Il est hostile aux Frères musulmans « prétentieux » et au projet d’État islamique. Quant à son petit-neveu, Tarek Ramadan, l’intellectuel suisse musulman, il le trouve « droit mais impulsif » et considère qu’il a eu « tort de ne pas condamner totalement la lapidation des femmes ». Aujourd’hui, c’est à une grande remise en cause qu’il convie l’islam. « Revenons au Coran, rien qu’au Coran, mais à tout le Coran », dit-il, sans nier d’apparentes contradictions ou difficultés d’interprétation. Son appel pour une réévaluation de la loi islamique a fait scandale. Al-Azhar a banni son dernier livre en 1994, dans lequel il affirmait que « la jurisprudence islamique est en faillite totale par rapport au monde actuel ». Prônant un « passage au tamis », à la lumière du Coran, des « hadiths », paroles et actions attribuées au prophète Mohammad, il se situe à contre-courant de bien des préceptes défendus par les docteurs sunnites de la loi. Ainsi lui paraît-il aberrant d’imposer le voile aux femmes : « Rien d’explicite en ce sens dans le Coran, et un chapeau peut faire l’affaire », dit-il, alors que l’immense majorité des femmes sont voilées en Égypte. À la veille du Ramadan, il a fait sensation en lançant une fatwa, avis religieux, dénonçant l’interdiction de fumer pendant les longues heures du mois de jeûne. « On dit boire une cigarette en arabe égyptien, et voilà comment les gens confondent tout, alors qu’il n’y en avait pas du temps du Prophète, et que la pollution est aussi mauvaise pour la santé », dit-il. Pour ses nombreux détracteurs, Gamal al-Banna est dans le faux. Il friserait même l’apostasie, tout comme un autre penseur réformiste, Hassan Hanafi, qui a osé comparer le Coran à un « supermarché ». « Qu’il se taise, il n’a pas le droit d’émettre une fatwa : son seul diplôme est son nom de famille », tonne Abdel Sabour Shahin, professeur de charia, la loi islamique, à l’université du Caire. Un autre différend et de taille porte sur la conversion d’un musulman à une autre foi, radicalement prohibée par l’islam pour beaucoup. Mais par pour Gamal al-Banna qui privilégie le verset du Coran « pas de contrainte en religion ». Pour le recteur des collèges jésuites au Caire, le jésuite égyptien Henri Boulad, qui estime le moment venu d’une « clarification » avec l’islam, « Gamal al-Banna montre la voie du courage et de la réforme ». Si ce dernier condamne le président américain George Bush et le pape Benoît XVI, selon lui, en « guerre contre l’islam », il est aussi virulent contre le régime Moubarak ou el-Qaëda. « La démocratie, je ne vois que cela », conclut-il. Alain Navarro (AFP)
Pour Gamal al-Banna, penseur musulman et frère du fondateur des Frères musulmans, voiler les femmes n’a rien à voir avec le Coran, pas plus que l’interdiction de fumer pendant le ramadan.
À 75 ans, cet adversaire des islamistes comme de l’establishment d’al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, se décrit comme un réformiste pour qui l’islam doit « faire ce que Martin Luther réalisa avec le christianisme, il y a 500 ans ». Mais si la réforme protestante peut servir d’exemple pour se dégager, d’après lui, des « dérives de l’islam », il n’en est pas de même du pape Benoît XVI « égaré dans la philosophie grecque » et « en guerre contre les musulmans ». Condamnés avec virulence dans le monde arabo-musulman, les propos du pape soulevant à la mi-septembre la question d’un lien entre...