Nasrallah, Joumblatt, Geagea, chacun a dit son mot, tiré ses boulets lors d’un meeting de masse comme dans la banlieue ou à Harissa, ou à l’occasion d’une rencontre de foule partisane comme à Moukhtara. Hariri a également pris part à la joute, mais dans de simples déclarations. La bataille entre le 14 et le 8 Mars bat son plein. À cette nuance près que Berry, qui appartient au deuxième camp en principe, joue la conciliation. Mission difficile, car des propos très durs ont été tenus.
Demain, c’est Aoun qui entre en lice. À l’occasion d’un meeting que son courant organise à Baabda, pour défendre la cause des déplacés. Un thème qui va permettre au CPL de dénoncer les failles, les détournements de fonds, la corruption qui marqueraient ce dossier. Le meeting va donner lieu en effet à des témoignages précis ainsi qu’à la présentation de dossiers documentés. En lancement d’une campagne au cours de laquelle les députés du Bloc du changement et de la réforme présenteront au gouvernement des questions parlementaires, susceptibles d’être transformées en interpellations en cas de réponse non satisfaisante.
Dans le cadre de son essor, le CPL prépare également un rassemblement qui aurait lieu dimanche 15 octobre. Pour commémorer le 13 octobre, quand l’armée syrienne a investi le palais de Baabda pour en déloger le général et mettre fin à un épisode qualifié par Hoss de « rébellion ». Les organisateurs du meeting aouniste souhaitent d’ailleurs le tenir dans la région, à proximité du palais.
Sur le plan politique global, les proches du leader du CPL indiquent que le discours de Aoun sera ferme et clair. Il compte répliquer aux positions du 14 Mars, en ciblant un gouvernement qui, selon lui, n’a rien fait jusqu’à présent. Et qui, d’après lui, est fondamentalement incapable d’accomplir ce que l’on en attend.
Dans le même sens, des députés du CPL soutiennent que le gouvernement n’a pu assurer ni la stabilité ni la sécurité ou la paix. Qui, au Liban, selon eux, ne se réalisent ni par la force ni à l’amiable, mais à travers un faisceau de contacts politiques élargis. Ainsi qu’à travers un renforcement du rôle des institutions. Pour ces cadres, le Liban, à l’ombre de sa gouvernance actuelle, est devenu un ensemble d’îlots d’insécurité. Et de « cantons » isolés dont les gérants ne cherchent qu’à promouvoir leurs positions. Selon ces députés, le CPL et le Hezbollah ont fait exception en signant un document préservant les liens d’ordre national et la sécurité intérieure.
Du côté du 14 Mars, on répond que la stabilité est assurée par un sain climat politique, non par les accusations de trahison et de complot. Ainsi qu’à travers le respect des règles en usage et, surtout, de la loi, dans le cadre des institutions, non en dehors. Une pierre dans le jardin du Hezbollah, notamment. On s’étonne du reste, toujours du côté du 14 Mars, que ce parti eut été favorable à Taëf quand les Syriens le géraient comme ils voulaient et que, maintenant, il y soit réfractaire. Un député de la majorité relève pour sa part que si le Hezbollah se déclare victorieux, c’est pour tenter d’en tirer profit politiquement. Il ajoute que la demande de changement de gouvernement masque une volonté de remettre sur le tapis un projet d’ensemble modifiant la configuration politique du pays. Ce qui amène un ministre à reposer la question de base : quel Liban voulons-nous ? Une question posée initialement par cheikh Pierre Gémayel en 1975, lorsque la guerre palestinienne avait éclaté, et qui est restée jusqu’à présent sans réponse.
Sur le plan global, des efforts sont déployés, en harmonie avec Bkerké, par Berry notamment. Il s’agirait, à part la relance du dialogue, de s’entendre sur un nouveau président de consensus.
Philippe ABI-AKL
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Demain, c’est Aoun qui entre en lice. À l’occasion d’un meeting que son courant organise à Baabda, pour défendre la cause des déplacés. Un thème qui va permettre au CPL de dénoncer les failles, les détournements de fonds, la corruption qui marqueraient ce dossier. Le meeting va donner lieu en effet à des témoignages précis...