Les pays occidentaux ont peut-être présumé de leurs forces en Afghanistan, en Irak et au Liban et leur échec dans ces pays ne pourrait que renforcer les islamistes, redoutent des analystes européens.
En Irak, l’opération de 2003, « de plus en plus strictement anglo-américaine », selon M. Molni, a été menée de manière unilatérale. En Afghanistan, deux coalitions dirigées par les États-Unis (depuis 2001) et l’OTAN (à partir de 2003) collaborent. Au Liban, c’est sous le chapeau de l’ONU que la Finul a été renforcée cette année.
L’insistance de Washington et de Londres à obtenir des renforts dans le sud afghan face à des talibans revigorés, les inquiétudes de Paris au sujet d’une reprise du conflit israélo-libanais dans les mois à venir, et le sentiment généralisé d’une sanglante impasse en Irak sont autant de signaux alarmants. « Le risque est énorme que cela tourne au piège. L’issue des trois opérations n’est pas garantie », observe ainsi Jean-Pierre Molni, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales (IRIS), basé à Paris. En cas d’insuccès, « il faut espérer qu’il n’y aura pas d’interprétation globale antioccidentale dans le monde musulman... Côté européen, on a intérêt à bien distinguer les trois dossiers pour qu’il n’y ait pas d’amalgame », avertit M. Molni.
Pour M. Molni, « en Irak, le désastre est déjà consommé. Les troupes américaines et britanniques vont se retirer, laissant derrière elles une situation de guerre civile ». « L’Irak est un bourbier et l’Afghanistan est en train d’en devenir un, si cela continue », reconnaît Rik Coolsaet, directeur du département Sécurité et gouvernance mondiale à l’Institut royal des relations internationales (IRI) de Bruxelles.
En Afghanistan, en effet, où les talibans relèvent la tête, le trafic d’héroïne bat tous les records, de l’aveu même de l’ONU. Le pays est gangrené par la corruption et les forces étrangères confrontées à une impopularité grandissante. Selon M. Coolsaet, il règne même dans les milieux militaires une certaine « panique » que reflètent les appels au secours lancés par les Canadiens et les Britanniques confrontés dans le sud afghan à une résistance acharnée des talibans.
Visiblement inquiets de la tournure des événements, les alliés ont invoqué des engagements lourds dans les Balkans, en Afrique ou au Liban, pour justifier leurs hésitations. D’autant que la présence occidentale pourrait s’y prolonger 10 ou 15 ans.
Au Liban, c’est dès le départ que l’opération d’interposition sous l’égide de l’ONU est menacée d’impuissance, selon les analystes.
Dans le sud du pays, où des milliers d’Européens, Français et Italiens en tête, sont présents sous le drapeau onusien, le désarmement du Hezbollah n’est pas à l’ordre du jour. Pour M. Williams, un « nouveau conflit » paraît même probable entre le Hezbollah et Israël, au vu de la « faiblesse de la Finul ». Selon M. Molni, si les hostilités reprennent, les Casques bleus en seront réduits « à compter les coups », car « les clés d’un règlement au Moyen-Orient sont dans les mains des États-Unis et non des Européens ».
Pascal MALLET
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En Irak, l’opération de 2003, « de plus en plus strictement anglo-américaine », selon M. Molni, a été menée de manière unilatérale. En Afghanistan, deux coalitions dirigées par les États-Unis (depuis 2001) et l’OTAN (à partir de 2003) collaborent. Au Liban, c’est sous le chapeau de l’ONU que la Finul a été renforcée cette année.
L’insistance de Washington et de Londres à obtenir des renforts dans le sud afghan face à des talibans revigorés, les inquiétudes de Paris au sujet d’une reprise du conflit israélo-libanais dans les mois à venir, et le sentiment généralisé d’une sanglante impasse en Irak...