Comment résoudre une équation aussi contradictoire ? D’un côté ceux qui mènent campagne contre le gouvernement, en exigeant son départ avant d’accepter de débattre du sort de l’hôte de Baabda. En face, le 14 Mars qui réclame un changement présidentiel avant toute négociation ministérielle. Ce camp précise, dans son manifeste du Bristol, qu’il faut corriger la situation aberrante que produit le vide institutionnel au niveau de la première magistrature, son absence dans une participation effective aux décisions d’ordre national. En soulignant qu’un président qui perd la légitimité locale en même temps que la reconnaissance internationale ou arabe ébrèche du même coup les équilibres constitutionnels prévus, édictés dans Taëf. Pour conclure que la priorité revient au sauvetage, donc à la correction de l’anomalie. Le président Lahoud a répondu en déclarant que « la priorité va à l’action pour la libération de la partie de notre terre qui reste occupée par l’ennemi. Et non à ce dédale de politique intérieure qui ne sert pas les orientations nationales qu’il convient d’assurer pour faire face aux retombées de la guerre. Et qui requièrent, de ma part, encore plus d’engagement en faveur de la préservation de l’unité nationale, terre, peuple et institutions. Cela jusqu’au dernier instant de mon mandat, pour protéger le processus de paix civile et d’entente ».
Le président Fouad Siniora, dans une proclamation similaire sur le plan chronologique mais diamétralement opposée sur le fond politique, affirme pour sa part que le gouvernement reste. Tant qu’il bénéficie de la confiance de la Chambre, où, comme on sait, il dispose de la majorité.
Les deux camps principaux, le 14 et le 8 Mars (auquel les aounistes se trouvent alliés) affichent donc des positions inconciliables. Ce qui plonge le pays dans un cercle vicieux, qu’il faudrait gommer d’urgence, mais qui semble devoir durer. Probablement, pense-t-on, jusqu’à la fin du mandat du président Lahoud. Il est évident que la poursuite du bras de fer est loin de servir l’intérêt national bien compris. Le redressement est, pour ainsi dire, impossible à l’ombre de deux autorités qui se déchirent, paralysant l’État, bloquant les décisions nécessaires. La sagesse voudrait que l’on mette un terme rapidement à la controverse sur la poule avant l’œuf ou l’inverse.
Bons offices
C’est bien pourquoi certains développent, loin des feux de la rampe, des contacts intensifiés. En vue d’un règlement global de ce que l’on qualifie souvent de crise de pouvoir. Dans le cadre d’un seul et même package deal, incluant la succession rapprochée du président Lahoud et un changement de cabinet. Et allant jusqu’à l’accord sur la loi électorale, ce qui permettrait d’organiser des législatives anticipées.
Pour ces personnalités, il ne serait pas raisonnable de porter le président Lahoud à partir avant de s’entendre sur son successeur. Car cela ouvrirait la voie à un vide institutionnel. Il est vrai, disent ces médiateurs, que l’article 62 de la Constitution confie les pouvoirs de la présidence, en cas de vacance, au Conseil des ministres. Mais cela ne devrait être que provisoire, car l’intérêt du pays en souffrirait. D’autant qu’une démission dans un climat conflictuel exacerbé ne manquerait pas de se répercuter sur le gouvernement. Avec la perspective de voir les ministres d’une communauté déterminée claquer la porte. De plus, si le retrait de M. Lahoud a lieu avant qu’on ne s’entende sur son successeur, il deviendrait difficile de procéder à une élection présidentielle, car l’opposition est en mesure de provoquer un défaut de ce quorum fixé aux deux tiers.
Mais ce cas de figure n’est-il pas également envisageable une fois que le mandat du président Lahoud aura pris fin ? Plus difficilement, répondent ces sources, en soutenant que la partie qui assumerait une telle responsabilité aurait à en répondre devant l’opinion. Car elle entraverait délibérément le cours normal des procédures institutionnelles, au détriment évident de l’intérêt national. D’ailleurs, la Constitution prévient ce risque. En édictant (art.73) qu’ « un mois au moins et deux mois au plus tard avant l’expiration des pouvoirs du président de la République, la Chambre se réunit, sur convocation de son président, pour l’élection du nouveau chef de l’État. À défaut de convocation, cette réunion aura lieu de plein droit le dixième jour avant le terme de la magistrature présidentielle ».
Selon ces défenseurs de l’idée d’un arrangement, il est évident que, tout comme pour la succession présidentielle, il faudrait un accord préalable sur la composition du gouvernement, avant d’en changer. Car on ne devrait pas faire courir au pays le risque d’une crise ministérielle, ou de pouvoir, prolongée. L’entente devrait porter sur le nom du président du Conseil, rendant ainsi les consultations présidentielles-parlementaires purement formelles. Mais aussi sur la répartition des maroquins (notamment des postes-clés) entre les forces politiques et sur les noms des ministres. Et sur les grandes lignes de la déclaration ministérielle qui doit constituer une sorte de programme commun renforçant l’unité nationale. Sans oublier, répètent ces sources, l’élément fondamental que reste la loi électorale, l’accord devant surtout porter sur le découpage, toujours délicat, des circonscriptions. Dans ca cadre, il faudra voir, en son temps, si la nouvelle loi serait promulguée normalement, par vote de la Chambre. Ou, pour gagner du temps et puisque les blocs seraient représentés au gouvernement, par décret-loi.
Les pôles qui s’activent pour un panier global réussiront-ils leur gageure ? Pour l’heure, l’impasse persiste.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Comment résoudre une équation aussi contradictoire ? D’un côté ceux qui mènent campagne contre le gouvernement, en exigeant son départ avant d’accepter de débattre du sort de l’hôte de Baabda. En face, le 14 Mars qui réclame un changement présidentiel avant toute négociation ministérielle. Ce camp précise, dans son manifeste du Bristol, qu’il faut corriger la situation aberrante que produit le vide institutionnel au niveau de la première magistrature, son absence dans une participation effective aux décisions d’ordre national. En soulignant qu’un président qui perd la légitimité locale en même temps que la reconnaissance internationale ou arabe ébrèche du même coup les équilibres constitutionnels prévus, édictés dans Taëf. Pour conclure que la priorité revient au sauvetage, donc à la correction de...