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Les combattants du Hezbollah, armée de l’ombre au Liban-Sud

«Nous avons perdu neuf hommes. Mais 900 autres sont prêts à les remplacer » : Fièrement, rapporte Sylvie Groult, de l’AFP, Ibrahim désigne les neuf visages peints en noir sur le mur blanc, ses compagnons morts au combat contre Israël, nouveaux héros du village de Aïta ech-Chaab, au Liban-Sud. Âgé de 35 ans, il assure être depuis vingt ans un membre actif du Hezbollah, qui lui a fait suivre un entraînement de guérilla. Il raconte comment il a pris les armes en juillet pour défendre Aïta ech-Chaab contre l’offensive de l’État hébreu, après la capture des deux soldats israéliens par la formation chiite. Depuis le cessez-le-feu du 14 août, Ibrahim a fait comme tous ses camarades. Il a obéi aux ordres de leur chef, Hassan Nasrallah. Il a accepté la trêve et a remis son bleu de travail. Il est redevenu un civil ordinaire, ou presque : il n’a pas rendu ses armes et n’a pas l’intention de le faire. « Pendant un mois, nous avons tenu tête aux Israéliens. Dès que leurs chars s’approchaient, nous les repoussions », se souvient Ibrahim, qui affirme avoir rejoint les rangs du Hezbollah « après avoir été emprisonné par les Israéliens », pendant l’occupation du Liban-Sud, avant 2000. En un mois, les assauts répétés de l’armée israélienne ont transformé Aïta ech-Chaab, une bourgade toute proche de la frontière, en un champ de ruines chancelantes, trouées par les obus de char, criblées d’impacts ou écrasées par les bombes. Dans le sud du Liban, les armes ont disparu. Mais les combattants chiites, noyés dans la foule des villageois, refusent d’abandonner leur arsenal et menacent de repartir au combat « pour se défendre » « si Israël ne rend pas (au Liban) tous ses territoires ». « J’ai combattu, je suis prêt à continuer si Israël nous agresse », affirme Ibrahim. Hussein Srour, un homme de 72 ans, dont le fils a rejoint les rangs du parti chiite, assure qu’« un combattant n’abandonne ses armes qu’une fois mort ». Rares sont les combattants qui acceptent de braver la loi du silence qui régit cette organisation puissante et structurée. Partout dans les ruines du Liban-Sud, les habitants affichent ouvertement leurs sympathies. Ils répètent les mêmes mots, les mêmes consignes, jusqu’à s’identifier avec le parti de Dieu et son chef. « Ce n’est pas seulement Hassan Nasrallah qui défend les armes du Hezbollah, c’est toute la population du Sud », résume Jana Alaouiyé, une femme tout juste rentrée à Maroun el-Ras, autre village dévasté de la zone frontalière. « Ne croyez pas qu’il existe un seul homme de moins de 50 ans qui ne soit pas un combattant, actif ou de réserve, lance Hussein Srour, venu inspecter sa maison éventrée de Aïta ech-Chaab, une bâtisse de trois étages qu’il espère contre toute évidence reconstruire. Le Hezbollah, ce sont nos frères, nos fils, tous les villageois. » Le déploiement en cours de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) renforcée n’inspire que peu de confiance, mais le mot d’ordre est d’attendre. « Il faut laisser passer un peu de temps pour savoir s’il s’agit d’une force d’interposition ou d’une force d’occupation », estime Ibrahim. S’ils acceptent pour le moment la présence de la force internationale, le désarmement du Hezbollah, encore réclamé mercredi par le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, comme garantie de la paix constitue le point de blocage ultime. « C’est nous qui déciderons du moment où il faudra déposer les armes, ce n’est pas l’ONU, affirme Hussein Alaouiyé, directeur d’école à Maroun el-Ras. Nous n’avons pas le sentiment que l’ONU assure notre sécurité, pas plus que l’armée libanaise. Personne n’acceptera qu’on enlève les armes du Hezbollah. Notre sécurité, ce sont les armes. »

«Nous avons perdu neuf hommes. Mais 900 autres sont prêts à les remplacer » : Fièrement, rapporte Sylvie Groult, de l’AFP, Ibrahim désigne les neuf visages peints en noir sur le mur blanc, ses compagnons morts au combat contre Israël, nouveaux héros du village de Aïta ech-Chaab, au Liban-Sud.
Âgé de 35 ans, il assure être depuis vingt ans un membre actif du Hezbollah, qui lui a fait suivre un entraînement de guérilla. Il raconte comment il a pris les armes en juillet pour défendre Aïta ech-Chaab contre l’offensive de l’État hébreu, après la capture des deux soldats israéliens par la formation chiite.
Depuis le cessez-le-feu du 14 août, Ibrahim a fait comme tous ses camarades. Il a obéi aux ordres de leur chef, Hassan Nasrallah. Il a accepté la trêve et a remis son bleu de travail. Il est redevenu un...