Elles m’ont accompagnée pendant de longues journées, vos larmes, Monsieur le Premier ministre. Elles étaient belles. Clémentes. Transparentes au milieu de la fumée.
Elles ont hurlé notre douleur au moment où seules les armes avaient droit à la parole.
Elles ont racheté ces petits enfants que leurs parents avaient offerts fièrement à un dieu qu’on ne connaissait pas.
Et moi qui pensais que le Minotaure avait bel et bien disparu…
C’était indicible de voir un homme pleurer pendant que les autres hommes faisaient la guerre. Ces larmes qui rejoignaient, l’espace de quelques secondes et peut-être éternellement, les mots du Prophète de Gibran, la musique de Gabriel Yared, la voix de Feyrouz et la lumière de notre ciel bleu en plein mois de février se sont confondues avec celles de cette belle figure christique d’avocat dans le film Tu ne tueras point de Kieslowski.
Oui, «tu ne tueras point», même pas ceux du camp ennemi.
«La mort d’un enfant, c’est la mort entière. N’importe quel enfant, c’est tous les enfants. N’importe qui, c’est tout le monde.» Je vous le dis, chers guerriers, et n’en soyez pas offensés, la mort des enfants et des civils de l’autre côté de la frontière ne m’a jamais consolée… J’en avais presque honte.
Si vous ne pouvez exister que «contre» cet ennemi, nous voulons, nous, vivre pour le Liban. Le protéger de nous-mêmes, de nos folies, de nos petitesses, de notre ignorance, de nos idéaux moisis. Et chercher, pour mieux la nourrir, dans ses veines, cette éternelle étincelle de vie.
Je préfère vos larmes à toutes les armes, Monsieur Siniora, et votre humilité à tout leur orgueil. Et qu’Israël rougisse de honte d’avoir enfanté des Premiers ministres monstrueux !
Je suis pourtant chiite et pas sunnite, Monsieur le Premier ministre.
Lara KANSO
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Elles m’ont accompagnée pendant de longues journées, vos larmes, Monsieur le Premier ministre. Elles étaient belles. Clémentes. Transparentes au milieu de la fumée.
Elles ont hurlé notre douleur au moment où seules les armes avaient droit à la parole.
Elles ont racheté ces petits enfants que leurs parents avaient offerts fièrement à un dieu qu’on ne connaissait pas.
Et moi qui pensais que le Minotaure avait bel et bien disparu…
C’était indicible de voir un homme pleurer pendant que les autres hommes faisaient la guerre. Ces larmes qui rejoignaient, l’espace de quelques secondes et peut-être éternellement, les mots du Prophète de Gibran, la musique de Gabriel Yared, la voix de Feyrouz et la lumière de notre ciel bleu en plein mois de février se sont confondues avec celles de cette belle figure...