La lecture… Un loisir, un plaisir, parfois même un voyage. Encore faut-il avoir l’esprit et les bagages légers et un cadre propice pour le faire. Durant ces 33 jours maudits, qui n’en finissent pas d’en finir, ceux qui lisaient ont continué à le faire, avec encore plus d’assiduité. Les autres ont préféré s’adonner aux jeux, mots croisés, mots fléchés et sudoku pour tromper la longue attente. Les librairies, et avec elles la culture, ont elles aussi, une fois de plus, essuyé de grosses pertes.
Redonner le goût de la lecture aux Libanais a toujours été le souci des libraires, défendant avec les mots des autres présentation d’ouvrages, signatures, conférences, ateliers et activités diverses, une culture qui leur tenait à cœur. Les mois de juillet et d’août, habituellement réservés aux Libanais de l’étranger et aux touristes de passage, ont été sévèrement touchés. «Les guides, car le Libanais est un grand voyageur, les ouvrages et livres d’art sur le Liban ainsi que les nouveautés constituent le point fort de nos ventes en cette saison», précisent en chœur les principales librairies de la ville. «À cela il faudrait ajouter le parascolaire et le scolaire», soulignent les librairies Orientale et Antoine. Oubliés donc les devoirs de vacances et autres livres à lire, conseillés par l’école.
L’annonce de la rentrée, fixée au 9 octobre, sonne comme un rappel à l’ordre. «Nous avions déjà reçu une partie des livres scolaires, explique Maroun Nehmé, propriétaire de la Librairie Orientale et président du syndicat des importateurs de livres. Pour le reste, nous avons travaillé à sensibiliser, très vite, le Service culturel de l’ambassade de France et la Centrale d’édition en France. Nous espérons qu’ils nous aideront à obtenir un soutien exceptionnel au transport. Les livres seront ainsi acheminés par avion, mais sans frais supplémentaires pour nous.»
Quant à l’avenir, ce libraire, également et surtout éditeur, avoue avec réalisme: «Nous ne pouvons plus prendre de risques sur place, il nous faut délocaliser. Les investissements sont gelés. Nous devons pouvoir servir nos marchés en Afrique du Nord et aux Émirats grâce à des structures légères qui seront plus proches d’eux et plus stables.»
Outre ses points de vente «classiques» à Hamra, Achrafieh et Sin el-Fil, et dans les deux supermarchés Bou Khalil de Baabda et de Tripoli qui ont, durant ces derniers événements, ouvert pour la plupart presque tous les jours de 8 heures à 14 heures, la Librairie Antoine a surtout réalisé des ventes à l’ABC Dbayé et Achrafieh ainsi qu’au Metro superstore. Après le cessez-le-feu, l’activité a repris à 30%. Au top cinq des meilleures ventes, même timides : les best-sellers, les jeux, la vie pratique, les guides sur le Liban et surtout les livres de cuisine. «Si l’aéroport reprend son activité normale, tout ira en s’améliorant», confie un responsable.
Davantage de contraintes
Pour la Librairie al-Bourj et le Virgin Megastore, les problèmes se sont posés depuis l’assassinat de Rafic Hariri. Le centre-ville devenant le cœur d’un printemps en colère, puis un espace interdit à tous en raison des réunions politiques, dialogue national et autres Conseils des ministres qui ont paralysé le cœur de Beyrouth, l’accès y devenait quasi impossible. «Il fallait insister pour venir, souligne Michel Choueiri, directeur de la librairie al-Bourj. L’ambiance, le choix, le lieu ne suffisaient plus. Mais cela allait bien quand même.» Pour cet espace qui ne connaît pas d’horaires d’été, «nous avons fermé les 10 premiers jours avant de reprendre jusqu’à 15 heures. Certains jours ont été vraiment difficiles...». Les plus vendus, «des cartes du Liban! Nous nous sommes surtout chargés, durant cette période, de donner des livres à des bibliothèques qui les redistribuaient à des associations pour les enfants déplacés». Depuis le cessez-le-feu, les ventes ont atteint 30%. «À partir de ce lundi 28, nous ouvrons, comme avant, de 9 heures à 21 heures. Le fait que les restaurants aient repris leur activité et que Solidere ait ouvert à tous et gracieusement le parking de la place des Martyrs va beaucoup aider.»
Le bilan du Virgin Megastore, qui a ouvert durant un mois au Mzaar (Faraya), est encore plus sombre. «Notre magasin du centre-ville, explique Johanne Karkour, directrice des opérations, représente 60% du chiffre d’affaires. Le Virgin Megastore a accusé une chute nette de 10,3 millions de dollars de son chiffre d’affaires 2006. En juillet, cinq de nos points de vente ont fermé: celui du centre-ville et quatre points de vente à l’aéroport. Cela représente 78% de notre chiffre d’affaires. Trois étaient ouverts, à l’ABC, au City Mall et à Tripoli, mais d’une manière irrégulière et en fonction des événements. Sachant que l’été et le mois de décembre représentent les meilleures ventes de l’année, on peut dire que la saison est perdue.» Après un début de juillet favorable, l’optimisme est tombé quelques jours plus tard. À l’heure des comptes, force est de constater les dégâts et la révolte qui pourrait suivre. «Pour les seuls mois de juillet-août, nous avons perdu approximativement 1,7 millions de dollars… Mais nous gardons espoir», conclut vaillamment Johanne Karkour.
Carla HENOUD
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Redonner le goût de la lecture aux Libanais a toujours été le souci des libraires, défendant avec les mots des autres présentation d’ouvrages, signatures, conférences, ateliers et activités diverses, une culture qui leur tenait à cœur. Les mois de juillet et d’août, habituellement réservés aux Libanais de...