Frappera, frappera pas… Depuis l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités entre Israël et le Hezbollah, il y a deux semaines, les Libanais retiennent leur souffle et scrutent les informations distillées à la presse aussi bien par les dirigeants israéliens que par le Hezbollah pour savoir si « le ciel leur tombera sur la tête » une deuxième fois, comme ce fut le cas subitement en ce funeste 12 juillet, du fait du casus belli du parti chiite.
Le maintien du blocus aérien et maritime imposé par Israël ainsi que le refus du Hezbollah de se retirer militairement (et clairement) du sud du Litani, comme le stipule la résolution 1701, entretiennent une inquiétude certaine sur la scène locale. Une lecture lucide et rationnelle des développements en cours permet toutefois de clarifier quelque peu la situation présente et d’avoir une vision sereine, autant que faire se peut, de l’évolution possible sur le terrain, à court ou moyen terme.
À la lumière des données objectives disponibles, il apparaît que le risque d’un éventuel dérapage ne se situe plus désormais au Liban-Sud mais plutôt dans la Békaa, plus précisément le long de la frontière avec la Syrie.
Dans les faits, l’envoi de près de 15 000 militaires de l’armée libanaise au Sud, appuyés par autant de Casques bleus, dont non moins de 8 000 soldats européens, devrait avoir pour résultat, en un court laps de temps, de sécuriser dans une large mesure la région méridionale. Cette stabilisation sur le terrain est d’autant plus en bonne voie que la Finul II se déploiera sous peu le long de la frontière avec Israël, parallèlement aux forces régulières libanaises, ce qui diminuera dans une large mesure, voire éliminera carrément, tout risque d’escalade militaire au Sud.
La véritable bombe à retardement qui constitue une épée de Damoclès pour le Liban est incontestablement le problème du contrôle des frontières avec la Syrie, plus précisément le dossier de l’embargo sur les armes qui risquent encore d’être acheminées au Hezbollah ou aux organisations palestiniennes via la Syrie. L’une des principales dispositions-clés de la résolution 1701 est l’interdiction de toute livraison d’armes ou d’équipement militaire à des parties présentes sur la scène locale, autres que les forces régulières ou la Finul. Certains milieux diplomatiques occidentaux estiment à cet égard qu’au stade actuel, l’armée n’est pas encore en mesure d’assurer d’une manière efficace et sûre le contrôle des frontières libano-syriennes. Dans l’attente que la troupe soit suffisamment entraînée, encadrée et (surtout) équipée pour mener à bien cette tâche, certains pays occidentaux sont d’avis qu’une contribution, ou plus précisément, une présence physique de Casques bleus le long de la frontière avec la Syrie s’impose afin d’empêcher l’acheminement illégal de matériel militaire à destination, notamment, des combattants chiites. Et c’est là que se situe la bombe à retardement. Car la Syrie menace de fermer ses voies de passage avec le Liban si des unités onusiennes se déploient le long de la frontière est.
Face au chantage syrien, le gouvernement de Fouad Siniora a officiellement annoncé la semaine dernière qu’il n’avait jamais envisagé l’envoi de Casques bleus dans les secteurs limitrophes de la Syrie et qu’il se contenterait du matériel et de l’équipement sophistiqué que l’Allemagne fournira à l’armée. Ce dispositif risque toutefois de tarder à être mis en place. D’ici là, la seule présence physique de militaires libanais suffira-t-elle pour appliquer l’embargo sur les armes prévu par la résolution 1701 ? Et s’il y a flottement sur ce plan, la Syrie en profitera-t-elle pour concrétiser sa capacité de nuisance en réarmant le parti chiite ou les organisations radicales palestiniennes ? Si tel est effectivement le cas, Israël pourrait difficilement rester les bras croisés, craint-on dans certains milieux politiques locaux. Le Liban-Sud aurait ainsi été sécurisé, mais le talon d’Achille du gouvernement aurait été transposé dans la Békaa, le long de la frontière avec la Syrie.
Il reste que pour faire la guerre, il faut être deux. La question qui se pose à ce sujet est de savoir si les propos tenus dimanche par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah – qui a écarté catégoriquement un deuxième round de combats – est une position purement médiatique ou ponctuelle (destinée à permettre au parti chiite de réorganiser ses rangs) ou si, au contraire, ils traduisent réellement un changement de cap de la part de l’allié de Téhéran, sous le poids du prix démesuré supporté par le Liban du fait du dernier conflit. Il est, certes, encore trop tôt de lever l’incertitude qui plane à ce sujet. Mais quelles que soient les intentions des uns et des autres, les différentes composantes socio-communautaires du pays se trouvent, une fois de plus, face à un choix en tout point historique : mettre de l’ordre dans la maison libanaise, ou continuer à jouer les Don Quichotte en prenant des initiatives aventurières aux conséquences incalculables et, surtout, incalculées.
Michel TOUMA
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Le maintien du blocus aérien et maritime imposé par Israël ainsi que le refus du Hezbollah de se retirer militairement (et clairement) du sud du Litani, comme le stipule la résolution 1701, entretiennent une inquiétude certaine sur la scène locale. Une lecture lucide et rationnelle des développements en cours permet toutefois de clarifier quelque peu la situation...