Quel immense gâchis que ce conflit dans lequel, voulant détruire un adversaire, Israël militairement, mais les États-Unis politiquement détruisent le seul allié qu’ils pourraient avoir contre cet adversaire.
À moins qu’on ne soit en présence d’une grande duperie, et que l’objectif dernier du conflit soit la modification de la géographie politique du Moyen-Orient, il est impératif que la communauté internationale offre à Fouad Siniora une carte qu’il puisse jouer face au Hezbollah, dans le volet interne de cette crise, qui est tout aussi important que son volet externe. Et une carte de paix, non de guerre. Cette carte ne peut être que celle de la pleine souveraineté sur Chebaa et des autres demandes dont le Premier ministre souhaite qu’elles soient prises en compte. Des demandes qui, au fond, ne sont que justice.
Fouad Siniora fait figure, en ce moment, d’un commerçant qui vend ce qu’il ne possède pas, dit-on, d’un funambule qui avance sur une corde raide, s’il en fut. C’est parfaitement vrai. C’est pourquoi, pour faire équilibre à l’espèce de parité militaire réalisée par le Hezbollah au Sud, il faut que le Premier ministre puisse obtenir, par la négociation, ce que le Hezbollah n’a pu obtenir par la guerre. Alors seulement, il sera à même de négocier un nouvel équilibre politique interne où le principe d’une extension de l’autorité de l’État pourrait prévaloir sur la logique de la force. Ce sera l’inversion même de l’argument brandi par Damas et Téhéran pour rejeter le nouveau projet de résolution.
Que deviendra l’armement du Hezbollah en pareille situation ? Que fera ce parti ? Relèvera-t-il la donne pour justifier la poursuite de sa guerre ? Tout laisse croire qu’il le fera ultérieurement et qu’il inscrira le droit de retour des réfugiés, conformément à la résolution 194 de l’ONU, sur la liste des revendications à satisfaire, pour que toute hostilité cesse. Cette revendication tirera sa légitimité du fait que, ce faisant, le Liban défend sa souveraineté contre le projet israélien d’implantation des Palestiniens dans les pays d’accueil.
Il y a donc, effectivement, sur ce plan, une inconnue, mais si l’on veut épargner au Liban un surcroît de destructions inutiles, si l’on veut éviter que le Liban soit un jour « le remords du monde », selon la parole de Jean-Paul II, la seule carte à jouer consiste à accorder au Premier ministre ce qu’il demande.
En revanche, continuer à affaiblir Fouad Siniora, c’est continuer à affaiblir le Liban tout entier. C’est affaiblir l’identité profonde du Liban, qui consiste à être un médiateur entre les civilisations, un pont entre les cultures. Il ne s’agit pas là d’une image. Sans le Liban, les néoconservateurs de Washington, les sionistes messianiques et les islamistes qui préparent le terrain au Mehdi, l’imam caché, se retrouveront face à face.
Avec le Liban, subsistera la voie qui transcende la lettre de toutes les religions, y compris celle des fondamentalistes chrétiens et des millénaristes de tous crins, la voie de l’amour – traduire démocratie, alternance, libertés –, par opposition à la loi du plus fort et à l’autodestruction morale et physique des sociétés.
Fady NOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Quel immense gâchis que ce conflit dans lequel, voulant détruire un adversaire, Israël militairement, mais les États-Unis politiquement détruisent le seul allié qu’ils pourraient avoir contre cet adversaire.
À moins qu’on ne soit en présence d’une grande duperie, et que l’objectif dernier du conflit soit la modification de la géographie politique du Moyen-Orient, il est impératif que la communauté internationale offre à Fouad Siniora une carte qu’il puisse jouer face au Hezbollah, dans le volet interne de cette crise, qui est tout aussi important que son volet externe. Et une carte de paix, non de guerre. Cette carte ne peut être que celle de la pleine souveraineté sur Chebaa et des autres demandes dont le Premier ministre souhaite qu’elles soient prises en compte. Des demandes qui, au fond, ne sont que...