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Aïn Ebel, un village chrétien vidé de ses habitants

«Je vais rester ici. C’est l’endroit où je suis née. C’est mon pays ! » Thérèse Sleimane peine à retenir ses larmes. Cette femme âgée de cinquante ans est l’une des dernières résidentes de Aïn Ebel à ne pas avoir quitté ce village chrétien situé à cinq kilomètres de la frontière israélo-libanaise. La grande majorité des 8 000 habitants, qui peuplent le petit village durant les mois d’été, a plié bagage, vers Rmeich, vers Tyr ou vers Beyrouth. À l’entrée du village, Joseph pulvérise du désinfectant dans une petite épicerie, le supermarché Saint-Élie. Le magasin étant abandonné, les produits ont pourri. Une odeur pestilentielle en émane. Pour combler les manques de nourriture ou de médicaments, certains habitants, comme Yasser Sader, font la navette entre Rmeich et Aïn Ebel. Un voyage court mais risqué. Hier matin, la route a été bombardée par l’artillerie israélienne. Pour Thérèse, il n’est toutefois pas question de quitter sa maison, touchée, il y a sept jours, par plusieurs obus. « Regardez les murs, ils sont complètement brûlés », s’exclame-t-elle. Quatre trous sont visibles dans les murs noircis de la petite pièce. « L’attaque s’est produite à 6 heures du matin. Une vingtaine d’enfants et moi dormions dans l’abri, sous la maison. Mon mari et sa sœur étaient dans la maison. Dieu soit loué, ils n’ont quasiment rien eu », ajoute-t-elle, contenant à peine sa colère. « Aujourd’hui, je suis fâchée contre tout le monde. On se sent vraiment abandonné ici », affirme-t-elle. Après avoir fait un tour de la maison, touchée en différents endroits par les obus israéliens, Thérèse craque complètement. « On vit comme des animaux ici », affirme-t-elle en pleurant. Dans le salon de la maison, l’archevêque maronite de Tyr, Nabil Hajj, écoute les doléances des derniers résidents de Aïn Ebel. Ils ont besoin de pain, ils ont besoin d’expliquer leur situation, ils ont besoin que le monde se soucie de leur cas, ils ont besoin d’être évacués. « Ici, les gens sont perdus. Ils ne savent pas ce qui va se passer demain. Ils ont peur que la situation ne s’aggrave et qu’ils restent coincés dans le village », explique l’homme de religion, visiblement ému par les témoignages recueillis. « Je vais parler au patriarche Sfeir, au président de la République, Émile Lahoud. Il faut faire quelque chose, lâche-t-il. Je prie pour que le Liban soit protégé et reste ce message dont parlait le pape Jean-Paul II lors de sa visite chez nous, il y a quelques années. » Assis sur un fauteuil à côté de lui, des hommes du village roulent des cigarettes. De la terrasse, on peut apercevoir un champ de tabac et une serre sous laquelle sèchent de grandes feuilles. « Nous n’osons même plus descendre récolter le tabac », explique Thérèse Khalil Maroun, 72 ans, la belle-sœur de Thérèse Sleimane. « Les miliciens du Hezbollah lancent leurs roquettes à partir de la vallée. Les Israéliens répondent en tirant sur nous », indique-t-elle. De fait, de larges portions de terre sont brûlées. Mais sur le sujet, on reste prudent. « On ne peut pas parler de ça, explique un villageois. On ne sait pas comment la situation va évoluer. » Près de trois semaines après le début des hostilités, le village peut toutefois se réjouir de ne pas avoir eu de tués. Selon les habitants, environ huit personnes ont été légèrement blessées. Mais, l’exode n’en finit pas. Un convoi de voitures traverse le village. De larges pans de tissu blanc sont accrochés sur les toits de véhicules visiblement fatigués. Ces hommes et ces femmes profitent des dernières heures du cessez-le-feu de deux jours annoncé lundi par Israël pour quitter l’enfer du Sud. Cessez-le-feu bien précaire en fait. En fin de matinée, Aïta el-Chaab, un village chiite situé sur la colline faisant face au village, commençait à être soumis à un bombardement intensif de l’artillerie israélienne. La réponse d’Israël à une attaque revendiquée par le Hezbollah. Le parti de Dieu affirmait hier avoir neutralisé un char et un bulldozer israéliens et tué trois soldats israéliens. Émilie SUEUR
«Je vais rester ici. C’est l’endroit où je suis née. C’est mon pays ! » Thérèse Sleimane peine à retenir ses larmes. Cette femme âgée de cinquante ans est l’une des dernières résidentes de Aïn Ebel à ne pas avoir quitté ce village chrétien situé à cinq kilomètres de la frontière israélo-libanaise. La grande majorité des 8 000 habitants, qui peuplent le petit village durant les mois d’été, a plié bagage, vers Rmeich, vers Tyr ou vers Beyrouth.
À l’entrée du village, Joseph pulvérise du désinfectant dans une petite épicerie, le supermarché Saint-Élie. Le magasin étant abandonné, les produits ont pourri. Une odeur pestilentielle en émane.
Pour combler les manques de nourriture ou de médicaments, certains habitants, comme Yasser Sader, font la navette entre Rmeich et Aïn Ebel. Un voyage court...