Naïm Rakka, 50 ans, chef de l’équipe de la Défense civile dépêchée à Cana, s’enfonce dans la cavité pour ressortir à trois reprises en serrant chaque fois contre son cœur un enfant sans vie. Puis, brusquement, ses nerfs lâchent et il ne peut plus retenir ses larmes, rapporte Béatrice Khadige de l’AFP.
« Cessez de me poser des questions, cessez de me demander les chiffres. Vous ne voyez pas par vous-mêmes l’horreur autour de vous? » lance aux journalistes cet homme carré, aux cheveux gris et au regard direct, avant de se reprendre et de se remettre à la tâche.
Si cela fait plus de 20 ans qu’il est employé de la Défense civile et que l’horreur n’a plus vraiment de secret pour lui, ce qu’il a vu hier à Cana l’a profondément remué.
Les 25 membres de la Défense civile et les 55 volontaires de la Croix-Rouge libanaise de la région de Tyr au Liban-Sud, qui sont intrépides au feu, ont eu au total, depuis le déclenchement, le 12 juillet, de l’offensive israélienne contre le Liban, 15 blessés, en sus de deux ambulances et une pelleteuse détruites.
« Ma pire expérience a été de retirer les corps calcinés d’une camionnette à Marwahine. J’ai vu des enfants brûlés, j’ai dû retirer des bras ou des jambes. C’était insupportable. J’en fais encore des cauchemars », confie Ismaïl Chahine, 22 ans, qui, sans travail, s’est porté volontaire il y a deux ans.
Dix-huit personnes, dont onze enfants, ont été brûlées vives le 15 juillet, dans le bombardement de la camionnette à bord de laquelle elles fuyaient leur village frontalier, sur ordre de l’armée israélienne.
Tous les sauveteurs reconnaissent que le plus dur est de porter secours aux enfants.
« Mon cœur est noir de tristesse comme la chemise que je porte, et je n’ai plus de larmes car je sais que chaque fois que je trouve un enfant mort, je trouverai pire la prochaine fois », confie Abou Ali, 42 ans. Les membres de la Défense civile sont vêtus d’un pantalon et d’une chemise noirs avec des bandes jaunes.
Cet homme, qui, en 23 ans de service, a vu tous les drames de la vie, confie que le plus dur est de porter secours à des enfants blessés.
« Je vois des souffrances horribles, mais le pire ce sont les enfants, car ils ne comprennent pas ce qui se passe », assure-t-il.
« Chaque fois que j’essaie de retirer un enfant des décombres, mon cœur se brise quand il crie en se débattant : “Je veux rester avec ma mère”, et, souvent, elle a déjà rendu l’âme. C’est bouleversant », ajoute-t-il.
Alors que les dépouilles, enveloppées dans des couvertures, sont alignées dans un terrain vague à Cana et que les avions israéliens continuent à bombarder les collines environnantes, Khaled Yazbeck, 42 ans, actif au sein de la Défense civile depuis 1986, considère que cette « guerre est la pire, car la plus meurtrière ».
En 19 jours, il y a eu au moins 750 tués et plus de 2 000 blessés, la grande majorité des civils, soit 40 victimes par jour, selon les estimations officielles.
« Je n’ai secouru pour le moment que des civils et pas de combattants. La souffrance des survivants est terrible et me retourne plus encore que la vision des cadavres », dit-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Naïm Rakka, 50 ans, chef de l’équipe de la Défense civile dépêchée à Cana, s’enfonce dans la cavité pour ressortir à trois reprises en serrant chaque fois contre son cœur un enfant sans vie. Puis, brusquement, ses nerfs lâchent et il ne peut plus retenir ses larmes, rapporte Béatrice Khadige de l’AFP.
« Cessez de me poser des questions, cessez de me demander les chiffres. Vous ne voyez pas par vous-mêmes l’horreur autour de vous? » lance aux journalistes cet homme carré, aux cheveux gris et au regard direct, avant de se reprendre et de se remettre à la tâche.
Si cela fait plus de 20 ans qu’il est employé de la Défense civile et que l’horreur n’a plus vraiment de secret pour lui, ce qu’il a vu hier à Cana l’a profondément remué.
Les 25 membres de la Défense civile et les 55 volontaires de la...