Les dirigeants et partis palestiniens tentent de négocier un cessez-le-feu et un échange de prisonniers avec Israël sans attendre un éventuel accord global avec le Hezbollah, de crainte d’être happés dans le conflit.
Plus d’un mois après la capture d’un soldat israélien par trois groupes armés palestiniens, dont l’aile militaire du Hamas, à partir de la bande de Gaza et deux semaines après l’enlèvement de deux autres par le Hezbollah, qui a dégénéré en crise régionale, l’espoir d’un accord général s’est estompé. « Il est trop tôt pour parler d’un échange global avec nous et le Hezbollah et il n’y a pas de formule commune pour le moment », a déclaré à l’AFP par téléphone Abou Obeïda, le porte-parole des Brigades Ezzedine al-Qassam, branche armée du Hamas, donnant la priorité à un cessez-le-feu. « Tous les efforts doivent se concentrer sur l’arrêt de l’agression au Liban-Sud et dans la bande de Gaza », a-t-il expliqué, ajoutant toutefois qu’un « accord conjoint » était toujours souhaitable. « Les trois groupes (qui ont enlevé le soldat) ont le droit de négocier et le Hamas n’a pas d’objection à prendre en charge ce dossier, car le Hamas a joué un rôle fondamental en tant que principal acteur de cette opération », a-t-il poursuivi.
Au moment de l’enlèvement des deux soldats par le Hezbollah, le Hamas ainsi que les principaux groupes armés ont souhaité que le mouvement chiite négocie un vaste échange de prisonniers avec Israël. Mais, assure Abdel Hakim Awad, un porte-parole du Fateh, le mouvement du président Mahmoud Abbas, « la majorité des Palestiniens estime qu’il y a une distinction entre les deux soldats aux mains du Hezbollah et celui aux mains du Hamas ». « Nous avons des intérêts en tant que Palestiniens. La question du Liban est complexe parce que Israël veut chasser le Hezbollah du Liban-Sud mais aussi à cause du problème du secteur de Chebaa (occupé par Israël), à savoir s’il appartient à la Syrie ou au Liban », a-t-il expliqué.
« Il n’est pas obligatoire d’établir une connexion entre les situations à Gaza et au Liban. Si nous parvenons à une bonne solution, nous pourrons résoudre le problème », a affirmé à l’AFP le porte-parole du gouvernement Hamas, Ghazi Hamad. « Si des parties internationales veulent en faire un seul accord, qu’elles le fassent », a-t-il toutefois ajouté. « Nous essayons de résoudre ce problème par des contacts avec les Égyptiens, avec le président (Abbas), avec différents partis. Nous voulons trouver une solution, mais nous ne pouvons pas prendre la décision finale parce que le soldat a été capturé par des groupes armés », a-t-il souligné. « Le gouvernement n’est pas impliqué dans les opérations militaires. »
Le responsable du Fateh, Abdel Hakim Awad, a estimé que l’existence d’une direction bicéphale du Hamas, à Gaza et à Damas, où se trouve le chef du bureau politique en exil Khaled Mechaal, compliquait une prise de décision pour sortir de la crise. « Si la solution dépend du Hamas à Gaza, il y aura une solution. Mais si c’est entre les mains de Mechaal et des Syriens, nous sommes confrontés à un véritable problème », a-t-il prévenu.
Selon Jihad Hamad, professeur de sciences politiques à Gaza, « la question a dépassé le conflit israélo-palestinien », en raison notamment du rôle joué par l’Iran auprès du Hezbollah et des États-Unis aux côtés d’Israël. « Il est sage pour les Palestiniens de séparer les deux questions, a-t-il estimé, afin de ne pas être entraînés dans une guerre sanglante à laquelle nous ne pouvons pas faire face. »
Sélim SAHEB ETTABA (AFP)
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